‹ PoésiesChapitre 58 sur 75 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

(es eaux qui du soleil réfléchissaient la flamme »

<t qui sembaient couler pour désaltérer rame ,

In jour dont notre jour ne serait qije la nuit,

It le bonheur sans fin et pourtant sans ennui ,

<t des palais flottants aux socles de nuages

dessinant sur le ciel leurs brillantes images ,

>ù des encensoirs d'or, des harpes de saphirs

iandonnent au gré du souffle des zéphyrs

' ne sais quoi dont l'âme est toute réjouie ,

lui délecte à la fois l'odorat et l'ouïe ;

'es émanations d'ineffables encens

lui, dans l'être ravi, révèlent d'autres sens.

'es esprits parcouraient Tair de cet empyrée

omme de blanches nefs sur la mer azurée ;

t j'étais en extase ; et , dans un saint émoi ,

i me suis écrié : <n Mon ange , accordez-moi y.

3Cordez-moi de vivre en cet heureux asile !

me semble que l'àme y doit être tranquille l •

me semble qu'enfin mon œil y reverra

!ux qu'avec amertume autrefois il pleura ,

amour et d'amitié ravissantes étoiles

le le trépas jaloux me cachait sous ses voiles ;

îs amis toujours prêts à me donner secours,

qui, dans les mauvais comme dans les bons jours,

istes de ma tristesse ou joyeux de ma joie,

) ma maison jamais n^oubUërent la voie ;

ces êtres encor plus voisins de mon cœur

le ta main m'enleva, mon Dieu, dans sa rigueur.

^^ IS D£Bfîl£& JOC&.

Et dont les souvenirs, tristes-et doux mystères, Remplissant le sommeil de mes nuits solitaires. Me firent tant de fois, quand Faabe se levait. Au réveil décevant pleurer sur mon chevet!

Mais, comme une planète emporte un satellite,

Mon ange, dans son vol, allant encôr plus vite.

M'entraîne en d'autres lieux des mêmes régions

Où radiaient du ciel les dominations.

Les vierges, les martyrs, séraphiques phalanges,

Les cercles infipis des myriades d'anges

Dont les ailes , changeant aux rayons d'un jour pur,

Émerveillaient les yeux d'or, de pourpe et d'azur,

Et qui, se renvoyant leurs gloires mutuelles ,

De célestes clartés faisaient commerce entre elles;

Visages enivrants où le doigt créateur

Des deux sexes a fait un mélange enchanteur.

Ou qui plutôt, n'offrant ni l'homme ni la femme,

Dans un charme inconnu suspendaient l'œil de l'âme.

Et je te vis aussi, rosedu mont Carmel,

Tabernacle où jadis résida l'Éternel,

O vierge, la plus belle entre les filles d'Eve,

Toi qu'avec l'œil du cœur, si souvent dans le rêve,

J'aperçus, m'invitant de ton regard si doux

GUAIIT TROISIÈME. X(5

A reposer mon froat sur tes sacrés genoux, Alors qu'une douleur trop fortement sentie Inclinait sur mon sein ma tète appesantie^ Et que, loin de venir consoler mon émoi, Toute' humaine pitié se retirait de moi.

Enfant, tu me charmais dans ces saintes images Où Fange te salue et t*offre ses hommages, Où ton front inondé par les rayons divins S'humilie au-devant de les futurs destins.

Jeune homme, tu devins mon amante mystique :

En toi jusqu'à ton nom tout me fut sympathique Sans que mon cœur trop plein fût prêt à déborder, Jamais, jamais mes yeux n'ont pu te regarder Même en ces traits où Fart, avide de ta peindre. Aspire à ta beauté, mais sans pouvoir l'atteindre. Juge de mon extase, alors que je te vis Au jour pur et réel du céleste parvis ; Lorsque je contemplais, que j'adorais sans voiles Ton front qui fait p&Ur sa couronne d'étoiles ; Ta main pleine de dons, ton pied éblouissant Par qui fut écrasé le dragon rugissant.

Oh ! béni soit celui qui met pour ravir l'âme Tant de perfections au type de la femme !

Émeraude divin, dont les rayons vainqueurs Brûlent et font tomber en de saintes langueurs, La grâce du Seigneur sur toi s'est reposée Ainsi que sur un lis la goutte de rgsée.

Ah! si je n'ai jamais perdu ton souvenir,

%A LB DERNIER KMDfR.

Seul lunour que mon cœur n*a pas senti mourir; Quand Tire du Seigneur grondera sur* sa tète, Viens en aide, A Marie ! à ton pauvre poète.

De Tocéan sans fin de la ftlicité Les flots sans horizons s'offraient de tout côté : Des âmes sous mes pieds, des toies sur ma tète Entonnaient Fhosanna de rétemelle fôte;' Leur extase rendait grâces au Tout-Puissant De répreuve passée et du bonheur présent.

Pour mieux s'en délecter, mon Ame recueillie Entre leurs chants divers partage son ouïe ; Et voici ( mais ma voix le rendra faiblement) Ce qu'en a pu garder mon vague entendement :

l'ame d'une épouse.

Grâces à vous. Seigneur, dans mon humble retraite Le monde en vain jeta le reflet de sa fête ;

J'ai bravé son illusion.

De pudeur et d'oubli vous m'avez couronnée ; Soyez béni, Seigneur ; ma' chambre d'hyménée

Connaissait à peine mon nom.

Grâces à vous, Seigneur, j'ai, d'une humeur égale^ Bu dans la coupe nuptiale L'absinthe et le miel tour à tour ;

CHAUT TftOlfilÈlAl. m

orsque mon époux me ftdsait mi jour sombre , iriant devant lui , j*allais pleurer dans Tombre , Sans rien perdre de mon amour.

Et maintenant je suis noyée is une volupté sans bornes et payée

Par quelques peines d'un moment

! malgré les hauteurs où son désir s'élance, monde n'en saurait avoir Tintelligence :

C'est une éternelle espérance

Satisfaite éternellement !

l'ame d'un enfant.

Vous qui , sur la terre marâtre , Fûtes l'égide d'un enfant, Oh ! soyez béni ! sans combattre Vous m'avez rendu triomphant.

Que votre vouloir s'accomplisse Et sur la terre et dans les cieux !

J'adore de votre justice Les coups miséricordieux.

Ha maison , hélas ! ne présente Que de lugubres appareils ; Vous me cueillîtes sur ma plante , A peine à mes premiers soleils.

56 LE DBBIOBR JOUR

Mon père à votre loi divine De jour en jour perdait. sa foi; Mon &me allait être orpheline Et vous eûtes pitié de moi....

Mais à la fleur rendez sa tige , Auteur de mon souverain bien , Et dans le père qui s^aiflige Faites renaître le chrétien !

l'ame d'un savant.

Pour sonder , ô mon Dieu , ta puissance infinie , L'innocence du cœur vaut mieux que le génie ;

L'amour peut seul te découvrir.

Objet de mes veilles sans nombre

Et de mon plus ardent désir ,

Je te contemple enfin sans ombre , Toi que j'entrevoyais et ne pouvais saisir.

Délivré d'une angoisse amère , Comme l'agneau qui retrouve sa mère,

Pôle ineffable des esprits , Mon âme te possède , ô vérité suprême , Miroir où ma raison se réfléchit et s'aime , * Et dont le monde , hélas ! depuis son anathème

N'avait que de tristes débris.

CHANT TROISUSHB. 57

Voyageurs de rintelligenoe , espace dévoré sous vos pas recommence , t recule les eaux qui fascinaient vos yeux ; 3lles que vous cherchez ne sont pas sur la terre «

Et l'esprit ne se désaltère

Qu'aux pures sources de ces lieux.

Dans cette pénible carrière

Que vous parcourez ardemment ,

L'orgueil soulève une poussière

Qui vous frappe d'aveuglement ;

Et si votre marche intrépide ^couvre par hasard dans le désert aride

Un filet d'eau qui resplendit , ^os triomphes encor ressemblent aux défaites ;

Vous avez tourmenté vos tètes W trouver à la fin , insensés que vous êtes,

Ce que la foi vous avait dit.

^our sonder , 6 mon Dieu , ta puissance infinie., ^'innocence du cœur vaut mieux que le génie ;

L'amour peut seul te découvrir.

Objet de mes veilles sans nombre

Et de mon plus ardent désir,

Je te contemple enfin sans ombre , oi que j'entrevoyais et ne pouvais saisir.

58 LB lARKIBS lODK.

L'AME d'un nfSENSÉ.

Ob ! de quels rêves misérables

Je fus délivré par la mort !

Sur la terre, avec mes semblables.

Je cherchais vainement à me mettre en accord ; Ma présence appelait le sdurire à leur lèvre ;

Et, dans mon âme replié,

Je me dévorais ; et ma fièvre Faisait, autour de moi, redoubler la pitié.

Trister captive du délire, Ma pensée à rebours s'échappait de ma voix ; Ma douleur s'exhalait par un éclat de rire ; Mes organes étaient semblables à la lyre Qui tromperait toujours l'espérance des doigts, Et vous seul, ô mon Dieu, connûtes mon martyre.

Mais d'un corps imparfait j'ai secoué le poids; Je vibre maintenant de toute ma puissance,

Toute mon âme est dans ma voix.

Chantons l'hymne sans fin de la reconnaissance !

Dans ce cercle de maux que le monde décrit

Pour châtiment de sa malice, Les uns souffrent du corps, j'ai souffert de l'esprit

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