CHANT TROISIÈME
Mon mystérieux sacrifice L si grand que jamais Fenfer ne me surprit ; jez béni, Seigneur, de ma folie amère ! nuit expiatoire a conquis la lumière, d'un corps imparfait j'ai secoué le poids ; vibre maintenant de loute ma puissaace !
antons Thymne sans fin de la reconnaissance !
Toute mon &me est dans ma voix.
l'ame d'un pauvre.
De toute convoitise mflme.
Mon Dieu ! tu délivras mon âme Quand le besoin m'avait courbé ; Que j'ai de gr&ces à te rendre !
Ha faiblesse ne peut comprendre Gomment je n'ai pas succombé.
A lutter contxe l'indigence Mes bras et mon intelligence Voulurent en vain s'obstiner ; Je voyais sécher mes artères A rendre fertiles des terres Que d'autres venaient moissonner.
J'ai vu l'opulence assouvie Dans les délices de la vie
60 LE DEÙXIER JOUR
D'un œil sec regarder mes maux ; Et, niant ma faim manifeste, Me refuser jusqu'au vil reste Du repas de ses animaux.
Hélas ! et, plus affreux martyre Que ma lèvre n'ose redire, Héme dans ces lieux triomphants.
Je sens que mon cœur se resserre Quand je pense que ma misère Bénit la mort de mes enfants.
Hais, au sein de tant de souffrance, Je ne perdais pas Fespérance ; Ta croix souvent tarit mes pleurs ; Gr&ce k son aspect tutélaire, J'ai, sans envie et sans colère, Mapgé le pain de mes douleurs.
Eternité, couche ineffable Pour la repos du misérable.
Flots de rOcéan éthéré.
Qu'en vous mon passé s'engloutisse !
Mon cœur eut soif de la justice, Et le voilà désaltéré !
CHANT TEOISliME. 6i
l'ame d'un poéetb oublié.
liorsque Tesprit des cha;nts se posa sur ma tftte le te priai, mon Dieu, de le faire envoler ; [^partout le dédain accueillait le poète, St ce n'est qu'au désert que je pouvais parler.
Tous les types du beau que tu mis dans mon &me le les ai vainement répandus au dehors, Toute nuit fut rebelle aux clartés de ma flamme , Et mon doute pour elle alla jusqu'au remords.
Oh ! que de fois j'ai dit anathème à la lyre Qu'attirait sous mes doigts un invincible aimant , Et cru , triste jouet de son fatal empire , Que la folie était dans mon entendement !
On jour , dans la torpeur qui succède à Fivresse , le regardai la mort avec avidité , I^our savoir si le feu qui me brûlait sans cesse Etait venu du ciel ou de ma vanité ! .
"ais ta bonté pour moi dévoUa le mystère , Stjevis, relevé de mon accablement, îu'afin de recueillir tout hymne solitaire ^on oreille est penchée au bord du firmameut.
Oh ! t^nédiction à ma longue souffrance !
Les faveurs de la terre auraient terni ma foi ; Comme Fencens jeté dans Fume qu*on balance, Tu consumas mon cœur pour relever vers toi.
Et celui que le monde a foulé dans la fange , Celui qui se fitisait à lui*-même pitié Est maintenant choisi pour chanter ta louange; Tu fais un séraphin du poète oublié ! ^
l'ame d on roi.
La couronne me fîit fatale ; L'ange des expiations Versa dans ma coupe royale Des flots d'humiliations.
D'un peuple avide de tout rêve Et que le moindre vent soulève Le malheur , hélas ! me fit roi ; Et ce peuple , dans son délire , Voulut d'après lui se conduire , Et non , Seigneur , selon ta loi. *
Pour dissoudre l'antique chaîne Qui me liait à mes sujets , f Je vis l'imposture et la haine Dénaturer tous mes projets ;
CHAMT TEOISIÊBIB. 63
Quand , dans Tombre et dans le silence , Je m'inclinais en ta présence , On redoublait d'affronts mortels , Et , fouillant dans ma vie intime , On osait m'imputer à crime Jusqu'à Fombre de tes autels.
Mon trône , au souf&e populaire .
Mîouyrit ses ais de sapin ; Je subis jusqu'à la colère De ceux qui mangeaient de mon pain ; Mais , que ta bonté soit bénie , Mon Dieu ! de la force infinie Qu'en ce moment tu m'accordas , Alors qu'en ma douleur immense Tu fis descendre la clémence Pour tant de baisers de Judas ! •
Ma race , qu'on voysât naguère
Tout éblouir de ses splendeurs ,
Fit voir à l'envieux vulgaire
Ce qui couve au fond des grandeurs.
L'exil reçut mon agcmie ;
Et ma triste cendre bannie
Apprend à tout superbe orgueil
Que, dans sa misère profonde ,
Un des plus grands maître du monde
Reçut l'aumône d'un cercueil.
64 LE BERNlSa JOUR.
Mais mon âme enfin affranchie Quitta ce globe désolé Où , même au sein d'une patrie , L'homme est encore un exilé ; Et , dans sa bonté sans mesure , Mon Dieu me rend avec usure Les vains honneurs que j'ai perdus ; Mon front retrouvé un diadème Que la révolte , le blasphème Et les siècles n'atteindront plus !
l'ame d'un guerbier.
L'univers dans le crime était enseveli :
Il fallait un fléau ; je sortis de l'oubli, Et tamain me sacra le christ de ta colère, Et j'allais en fauchant et Mauchant la terre.
Et, lorsque le mal eut pâli.
Je lus me reposer au bivouac funéraire.
Et mon nom est encor l'horreur du ge^re humain;
On me pèse dans la balance
Que l'mjustice ou l'ignorance
Tiennent d'une débile main.
Mais la tienne. Seigneur, n'opère pas de même,
Ses poids sont plus judicieux :
CHANT TROISIÈMB. 65
Celui sur qui le monde a lanoé TanaUième A trouvé place dans les cieux !
l'ahb d'un prêtre.
Afin d'en extirper tout germe qui Taltère, Être le sel divin répandu sur la terre, Le candélabre unique en ses ombres sans fin ; Tenir les cle& des cieux et celle&des abîmes, Être homme et s'élever à des hauteurs sublimes Interdites au vol du plus grand séraphin ;
• Père et vierge» enfanter à la vie étemelle'
Des âmes que la mort dérobait sous son aile :
Être Fanneau qui Joint la terre avec le ciel ;
Asile permanent de sa splendeur suprême,
Comme à son serviteur commander à Dieu môme»
Et le faire d'un mot descendre sur Tautel.
Et pourtant, au milieu de ce grand apanage.
Tenir incessamment Torgueil en esclavage ; Vivre au milieu du monde et rester pur encor ; Défendre sans effroi comme sans arrogance Les droits du misérable auprès de la puissance, Répondre par Tamour aux menaces de mort;
66 JUB DSRNISR JOUE.
Donner, prêchant d^exemple ainsi que de parole, Son dernier vêtement et sa dernière obole, Et se donner soi-mëpe alors qu'on n'a plus rien; De peur d'en recevoir récompense sur terre, Pour que le sacrifice au ciel soit salutaire. Couvrir d'obscurité ce qu'on a fait de bien ;
Voilà la mission magnifique et terrible Dont je sentis. Seigneur, Finstinct irrésistible ! Je prêtai mon serment et j'en fus effrayé ; Contre mes passions je combattis sans cesse, Et, ta force venant en aide à ma faiblesse, Sous le &rdeau divin l'homme n'a point ployé.
Béni soit le Seigneur dont j'enseignais les voies! Mon âme réunit et sent toutes les joies
De ceUes que ma main a conduites ici :
Dilatez-vous, mon cœur, grandissez vos abîmes; Jusques à l'infini portez vos soifs sublimes , L'inépuisable en dons est à votre merci !
Et j'entendais ainsi , sans jamais se confondre , De tous les points du ciel l'un l'autre se répondre Ces hymnes qui pourtant, dans leur diversité , Ordonnés par Tamour, enfantaient l'unité.
Je sentais , au contact de ce bonheur suprême ,
CHANT TROlSIÂm. 67
Mon esprit délivré de Tennui de lui-même ; Tous les troubles du monde y mouraient tour à tour Afin d'y faire place à l'ineffable amour , Comme une onde coulant sur un lit moins rapide Laisse tomber sa vase et devient plus limpide ; Et , miroir fortuné de Tastre éblouissant , Participe du ciel en le réfléchissant.
NOTES
nu OBAVT THOXSXiME
NOTE I"
Ma volonté suffit pour franchir la distance , Sans que Faile ou le pied prêtent leur assistance.
(Page 5o, vers 5 et 6.)
Ce qui se passe quelquefois dans les songes donne une idée de rétat des corps ressuscites, glorieux, spiritualisés, diaphanes, privés de leur pesanteur, et rapides comme l'éclair. Ecoutoot M. Demaistre :
<c Les jeunes gens, surtout les jeunes gens studieux, et surtout encore ceux qui ont eu le honheur d'échapper k certains dangers, sont fort sujets À songer durant le sommeil qu'ils s'élèvent dans les airs et qu'ils s'y meuvent k volonté ; un homme de beaucoup d'esprit et d'un excellent caractère, que j'ai beaucoup vu jadis, mais que je ne dois plus revoir, me disait un jour qu'il avait été si souvent visité dans sa jeunesse par ces sortes de rêves, qa'll s'était mis à soupçonner que la pesanteur n'était pas naturelle à
NOTES DU QUANT TROISliME. 69
l'homme. Poar mon compte, je puis voas assurer que rillusion chez moi était quelquefois si rort«, que j^étais éveillé depuis quelques secondes avant d'être bien détrompé. »
Après avoir parlé du ravissement matériel de saint François (avier, de saint Philippe de Néri^ de sainte Thérèse, etc., l'auleur igoute :
a Mais il 7 a quelque chose de plus grand que tout cela. Lorsque le divin auteur de notre religion eut accompli tout ce qu'il devait encore faire sur la terre après sa mort, lorsqu'il eut donné à ses disciples les trois dons qu'il ne leur retira Jamais : l'intelligence , la mission et l'indéfectibillté , alors, tout étant consommé dans un nouveau sens, en présence de ses disciples qui venaient de le toucher et de manger avec lui, l'homme- Dieu cessa de peser et se perdit dans les nues. » ( Soirées de Saint'Pétershourg, lO» entretien. )
Un célèbre philosophe allemand, M. Baader, ne croit pas non plus que la pesanteur et l'opacité soient naturelles aux corps. L'homme, selon lui, en se détachant par le péché du centre divin, aurait entraîné le monde dans sa chute, et la matière alors, en se précipitant, aurait subi un épaississement et acquis sûpesanieur. La résurrection de nos corps, dans ce cas, ne serait qu'un retour À Tétat'primitif et natwrei de la matière, toujours, sans doute, opéré par un moyen surnature^ la gbace de Jésus- Christ.
NOTE II
Il me faudrait avoir ce verbe des esprits.
(Page 5o, Ters i5.)
Langue non articulée, mais simptement intelligible, rapide comme la pensée, douce comme l'amour, qui n*est plutôt qu'une mutuelle intuition d'esprit h esprit, au moyen de laquelle la vérité déviant une commune possession où iU puiient des lumières
70 LE dërnibr jour.
sans bornes et des Télicités sans mesure. Selon quelques auteun, Adam avait reçu, quoique à un degré inférieur , la connaissance de cette langue des anges pour entretenir ses rapports avec Dieu , en même tenips que Dieu lui-même lui enseigna un idiome sensible pour entretenir d^autres rapports avec les créatures.
NOTE III
Un Joar dont notre jour ne serait que la nuit , Et le bonheur sans fin et pourtant sans ennui.
(Page 5 ly vers 3 et 4.)
Dans le ciel, la contemplation éternelle, Famour étemel, la louange éternelle ne Tatigueront pas, parce que tout cela se fert par un acte unique et pur de Fesprît. La fatigante succession des temps ne sera plus, et cette répétition d'actes qui use lesorgaoet n'aura plus lieu :
L'éternité pour moi ne sera qu'un monient , a dit J.-B. Rousseau.
NOTE IV
Où des encensoirs d'or, des harpes de saphirs.
(Page 5i, vers 7.^
Dans la langue apocalyptique, les encensoirs désignent lei adorations el les prières dont les anges et les saints présentent l'hommage h l'Etemel. Les harpes signifient la joie céleste, Fharmonie qui régne entre toutes les hiérarchies , et le parfait accord des passions el de la raison dans les bienheureux élus.
NOTES MX CHANT TROISIÈBIE. 71
NOTE V
séraphiques phalanges
Les cercles infinis de myriades d'anges.
(Page 52, vers 9 et 10.)
« Les premiers essais et les plus grands efforts de la peinture et de lasculpture représentèrent jadis les héros et les dieux. A la renaissance des'arts, le Christ et ses Aerof s'offrirent à Timagination des artistes, et lui demandèrent des chefs-d'œuvre d'un ordre supérieur. L'art antique avait senti et rendu le beau idéal; le christianisme exigea un beau céleste, et il en fournit des modèles dans tous les genres ; ses vieillards, ses jeunes gens, ses enfants, ses femmes» ses vierges sont des êtres nouveaux qui semblent défier le génie... La beauté mâle dans sa fleur respire sur la figure des anges; en eux se réunit la grâce sans mollesse et la vigueur sans rudesse ; ils n'ont pas les deux sexes comme le dégoûtant hermaphrodite ; ils ont la beauté des deux sexes , et cependant ils n'ont point de sexe. Le goilit même se croirait cou^ pable s'il y pensait. Une étemelle adolescence brille sur ces visages célestes ; jamais ils n'ont été enfants » jamais ils ne seront vieillards; en les contemplant, nous avons une idée de ce que nous serons lorsque nos corps se relèveront de la poussière pour n'y plus rentrer.
« L*enfance surnaturelle se montre déjÀ dans ces inimitables chérubins que Raphaël a placés au-dessus de la reine des anges dans l'un de ses plus beaux tableaux. Ces têtes sont pleines d'intelligence, d'amour et d'admiration. C'est la grâce des amours fondue dans l'imiocence et la sainteté. » (Demaistbb : Examen de la philosophie de BUeon. )
72 LE DBBNIBR JOUR,
NOTE VI
Entonnaient l'hosanna de Véternelle flte.
(Page 54, vers 7.)
« Nous louerons Dieu ; mais de quoi le louerons-nous ? de ce que nous verrons en lui, de ce qui nous rayira, de ce qui fera notre félicité : car nos louanges ne seront que Teffusion de nos transports et de nos ravissements. Nous célébrerons les merveilles de son être, nous chanterons ses immortels attributs, nous exalterons ses redoutables justices, nous bénirona^ses divines miséricordes. Toutes ses perfections, multipliées aux regards étonnés des saints, nous fourniront des sujets infinis de louanges; en sorte que la louange, dit saint Augustin, n'aara pas plus de bornes que sa grandeur.
«Nous raconterons la force et la splendeur de son régne dans Vétemité ; nous nous entretiendrons de la gloire de sa majesté et de la magnificence de ses œuvres ; nous ferons éclater au dehors, avec des cris de joie, le souvenir des effets de sa bonté souveraine ; nous le louerons des soins qu*il a eus de rechercher ses élus, d*avoir fait tant de merveilles pour eux, d'avoir tiré le monde du néant, d'avoir donné son Fils pour leur salut; et en parcourant les degrés admirables par lesquels il a amené la perfection de ses desseins, de la création À la grâce, de la grâce à la gloire^ de la gloire k Funion béatifique, nous le remercierons, par de continuelles actions de grâces, des communications mystérieuses de sa nature ; et si c'est peu de chose â Dieu d'être loué par des hommes, dit Bossuet, comme il aura fait de noas des dieux, il s'obligera par là à faire cas de nos louanges
« Tout notre être lui rendra solennellement hommage : nos pensées et nos sentiments seront comme autant de hérauts de sa gloire ; nos souvenirs et nos prévoyances révéleront les profondeurs de sa sagesse, et toute notre éternité ne sera qu'on éternel alléluia. Ravissante harmonie qui sortira de Dieu et de
NOTES DU CHANT TROISlÈlIg. 75
nous pour réjouir la cité céleste; cantiques délicieux par lesquels nous exprimerons et le triomphe et le bonheur; louanges divines qui ne seront interrompues, si elles peuvent Fétre, que par des silences d'admiration et des extases d^amour ! dîtesnous ce que vous en avez entendu de ces chants ineffables. » {Sermxm inédit,)
NOTE VII
Sur la terre, avec mes semblables,
Je cherchais vainement à me mettre en accord.
(Page 58, vers 3 et 4*)
Qiil pourrait aflSrmer que rhomme atteint de folie n*a pas le sentiment de Timpuissance où il est de se mettre en rapport avec ses semblables ? Une h-appante analogie nous fait conjecturer ce qui peut se passer, à cet égard, dans le sanctuaire le plus reculé de rame» Cette analogie ressort d'une comparaison Tort juste employée par quelques auteurs anciens, et reproduite de nos jours par un physiologiste combattant les doctrines matérialistes de Broussais.
^- « Notre âme est comme un musicien, et notre cerveau
comme Tinstrument dont il se sert. Si cet instrument est bien
préparé, si toutes.les parties qui doivent Je composer ont entre
elles les rapports et les proportions convenables, les sons qui en
émaneront seront harmonieux et réguliers; si, au contraire, Fin-
strument est défectueux, les sons le serontégalement, quels que
soient â^ailleurs les talents de Farliste qui Femploie. Il pourra
même arriver qu'on n'en puisse tirer aucun son, malgré tout
Fart du musicien. On serait soi-même insensé si l'on concluait
de là que les causes qui ont altéré ou détruit FinStrument ont
altéré ou détruit la musique en elle-même; car celle^i reste
sans trouble ni confusion dans l'esprit de Fartiste. Eh bien! il
en est de même de l'âme : elle reste sans altération au milieu
des plus grands désordres du corps *. » —
1 Annales de philosophie chrétienne, tom. t.
74 LE ÛERIinSII JOUR.
ttest vrai que te pouvant communiquer avecreitérleur ^} agir que par le moyen (tu cerveau, si ce mojen^ cet intermède, eet instrument est lésé, il en résultera^ dana beaucoup de cas» un dérangement dans les manifestations de l'èmie; mais est-ce à dire, pour cela, que cette âme, intelligente de sa nature, se repliant sur elle-même, ne s'apercevra paa du désaccord de s^ organes avec ses sublimes aptitudes, sans le secours de ces mêmes organes et par uM intuittea purement intellectnelle? Kadmet-on pas cette intuition purement intellectaelle, soit icibas dans l'inspiration prophétique et dans TeitaiMiy, sait apiiès la mort, lorsque rame sera dépiHÛUée de» s/m» daaaia vMan béatifique?
Mais allez plutM dans une maison de fous : suivez cet ins^Mé, «t voyez comme, après un accès de la ftdie la plus, brayama et la plus gaie, il rentre sans transiaoft dan» un. état de réflexion morne et de tristesse» Il vous paraîtra évident qu'il ne peut ètri alors que sous une sombre pNocflupattoii deaon infertuiie.
OWi4ik9%t 2^.
ARGUMENT
e des anges gardiens des mondes. — lU supplient Jéhova d'en endre la destruction. — La Yengéauce divine. — Les fléaux. Jondamnatiou de l'univers. •— Retour des anges vers leur »e. — L*arciitfoge Michel parle à celai qui me conduit.
nous étions fixés dans ce lieu d'allégresse , on ange pourtant était dans la tristesse ; vis arriver des anges comme lui ;ur leur front penché portaient le même ennui, multitude croît comme les grains de sable ; sposent en rond leur nuée innombrable, îilieu de leur cercle un trône s'éleva ; •iangle de flamme où je lus : Jéhova, e. A sa subite et terrible étincelle , ce qui fut au ciel se voila de son aile ; voyais courir un subit mouvement les brillants lointains du vaste firmament , lie dans un clin d'œil le fluide électrique e touchant qu'un seul à tous se communique.
78 LE DEaNIBR lOOR.
Gomme, & Tordre du chef, Tacier des légions Dans la nuit des fourreaux éclipse ses rayons Lorsqu'aux champs belliqueux la roysde revue De cavaliers sans fin émerveille la vue.
Et, sur la mélopée analogue aux douleurs , J*entendis ce cantique accompagné de pleurs :
Quand ton ombre, Seigneur, seule, errant dans le vide, Féconda le néant, et de son gouffre aride Fit sortir la matière encor dans le chaos; Lorsqu'on mondes divers tu &çonnas sa masse, Et que, par milliers les lançant dans Tespace, De ta sjdendeur sur eux tu répandis les flots;
Lorsque ton doigt divin dans Téther sans limite Leur eut tracé le cercle où leur route est prescrite ; Quand le temps échappé de Téternel présent Pour la voir expirer sonna Theure première ; Lorsque ton œil eut vu la nuit et la lumière Se révéler au son de ton verbe puissant ;
Quand la mer, étendant sa solitude immense, Eut fait contre ses ))ords rugir son impuissance. Comme un lion captif à travers ses barreaux ; Quand les bois eurent pria le reste de la sphère ; QumA la nue au soleil brilla dans Tatmosphèrë ; Quand la vie eut doté Tair, la terre et les eaux ;
CHANT QUATUÉHB. 79
Lorsqtt'a]M>ârut le Mmbre au langage céleste. Afin qa*à tout esprit Tesprit^ manifeste Et que le doute fuie & son signe éolatant ; Lorsque pour f admirer ttt te créas dans rhomme, Colosse inteHigefit, imperceptible atome Qui plia sous son joug jusqu'à Léviathan ,
Alors, comme aux saints lieux la myrrhe orientale
Retombe et vient couvrir le vase qui l'exhale,
En voyant qu'à ton œuvre il ne manquait plus rien ,
Ton esprit glorieux replia sur lui-même
En flots adorateurs son essence suprême,
Tu te rendis hommage et tu te dis : C'est bien.
Et maintenant ton œil regarde avec colère
Cette création à ton amouf si chère :
Sphères dont notre main tient les rênes de feux.
Cantique éblouissant dont Tharmonie immense
Délecte les regards comme Fintelligence
Et remplit de ton nom tous les vides des cieux !
Et déjà le Aéam^ dans ^ lugubre joie, Se balaûoe sur eux oomme sur une proie ; La terreur a saisi \mts pâles habitants ; La planète aux forêts ne donne plus de sève ; La vie a disparu de ("ak* qui la soulève, Et les tristes soleils ne marquent plus le temps.
Grâce ! grâce pour eux ! et surtout pour la terre! Pour la terre où Tamour accomplit son mystère, Où ton Fils bien-aimé s'est revêtu de chair.
Où sa Mère ineffable eut ce premier sourire Qui des noirs réprouvés suspendrait le martyre, Si jamais devant lui pouvait s'ouvrir Tenfer !
Par le sang des martyrs et par le sang suprême De celui dont la mort terrassa la mort même.
Et qui sur les autels chaque jour coule encor, Grâce! grâce, Seigneur, pour Thomme et sa demeure! De leur destruction daigne retarder l'heure î Souvent un jour de plus amène le remord !
Mais devant ton vouloir le nôtre s'humilie ; La raison de celui qui le juge est folie ; Nous recevrons toujours tes arrêts à genoux : Quel murmure opposer à ta sagesse immense ?
Oh ! nous t'exalterons. Seigneur, dans ta clémence, Et nous te bénirons encor dans ton courroux !
A l'esprit trois fois saint ainsi parla mon ange ; Et dès lors j'eus la clef de sa douleur étrange. Et tous ses compagnons, dans un hymne pareil, Défendent tour à tour leur monde ou leur soleil.
Mais à peine leur voix tomba dans le silence Que, le regard en feu, l'ange de la vengeance