‹ PoésiesChapitre 65 sur 75 · QUATRIÈME PROPOSITION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PROPOSITION

«Cependant, comme la faute qui a dépouillé la nature humaine de Tattribut accidentel auquel était attachée la vie éternelle, n'est propre aux enfants qui meurent ' sans cette réhabilitation qu'en tant qu'ils ont hérité de leur père une telle nature , souillée de la violation de la grâce divine , et dépouillée, à cause de cela, de ce don surnaturel, nulle autre peine ne leur est due que la privation même de la /In à laquelle se coordonnait le don gurnatureh fin tout à fait hors de la capacité naturelle de l'homme, et qui n'est autre que la visico divine. C'est pourquoi la privation de cette vision est la seule peine du péché originel. »

Yoilâ une conclusion qui est, avec ses motifs, textueUement dans saint Thomas, et qui devrait apaiser, ce semble, bien des colères philosophiques. Mais ce n'est pas tout encore : le saint docteur se demande si la perte de la vie éternelle causera de l'afBiction à ces enfants ; et voici des principp dont les esprits les plus difficiles pourraient s'accommoder, s'ils le voulaient bien.

« La droite raison, dit-il, ne permet pas de s'affliger d'un mal, quel qu'il soit, si l'on n'a pu d'aucune façon l'éviter, ni de la perte d'un bien pour l'acquisition duquel on ne trouve aucune aptitude dans sa nature. Or, les enfants, d'un côté, n'ont encouru la privation ou l'absence de la vision divine par aucune faute de leur part ; d'un autre côté, n'ayant pas eu l'usage du libre arbitre, toute aptitude leur a manqué pour acquérir, par le moyen de la grâce, la vision divine : leur être même n'a aucune proportion avec une telle fin. »

KOTES DU CHANT CINQOIÈME. 107

NOTE II

Aux visions du ciel leur œil est inhabile.

(Page 92, vers aS.)

« Dans Tordre de la Justice divine, dit saint Thomas, que nous aimons toujours à citer, la douleur de la peine correspond au plaisir de la faute : d*où il résulte que, nul plaisir n*ayant accompagné le péché d*origine, toute douleur doit être exclue de la peine. C'est pourquoi, conclut-il encore, les enfants morts sans baptême nYpronveront aucune affliction d>spfit, de la privation de la vie éternelle. »

NOTE III

D'un crime sans plaisir la peine est sans iourment.

( Page 93, ver» 3.)

Il faut dire, pour ne pas s'exposer à outre passer les limites de l'orthodoxie, que le péché originel ayant détaché la volonté humaine de Dieu, bien seul immuable, pour lui donner une fausse direciion, en se tournant vers le bien nraable des créalures, ces eufanls, dont l'existence ne sera tourmentée par aucune peine, ne seront point heureux néanmoins : ils ne jouiront pus même de cette béatiiude naturelle qui consiste dans un commerce d'intelligence et d'amour avec Dieu, comme auteur de la nature, La simple existence et le sentiment qu'ils en auront, voilà tout leur bien, voilà toute leur jouissance.

L'on a entrevu, dans ce que dit saint Thomas de la disproportion qui existe entre la nature de ces enfants etia fin surnaturelle de la vision divine, comment le saint docteur explique en eux l'absence de toute tristesse. Quelques auteurs pensent qu'ils n'éprouveront aucune douleur de la perte de la béatitude

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céleste, parce que les ténèbres qui euTelopperont leur raisonne leur permettront pas même d*en aToir l'idée. Cette explication. que le docteur angélique rejette comme peu probable^ est celle pourtant que j'ai adoptée comme prêtant le plus à la poésie.

NOTE IV

Car les morts ont besoin du secours de la terre , Quoi qu'en ait prétendu la raison du sectaire.

(Page 9Î, vers ii et la.)

C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés. {Mackabéet, liv. 2,chap. 12.)

« C'est une énorme puissance que celle des mots; tel minière que le nom de purgatoire mettrait en colère, nous accordera sans peine un [lieu d* expiation ou un état intermédiaire , ou peut-être même de êtatUm, qui sait... ? sans se croire le moins du monde ridicule. Un des grands motifs de la brouillerie du seizième siècle fut précisément le purgatoire. Les insurgés ne voulaient rien rabattre de l'enfer pur et simple; cependan:. lorsqu'ils sont devenus philosophes, ils se sont mis à nier Téternité des peines, laissant néanmoins subsister un enfer à temjn, uniquement pour la bonne police, et de peur de faire monter an ciel, tout d'un trait, Néron et Messaline à côté de saint Louis et de sainte Thérèse. Mais un enfer temporaire n'est autre chose que le purgatoire ; en sorte qu'après s'être brouillés avec noos, parce qu'ils ne voulaient point de purgatoire, il se brouillent de nouveau, parce quUls ne veulent que le purgatoire.

( Soirées de Saint-Pétersbourg^ 8» entretien. )

NOTE V

Quand nous eûmes franchi les bornes du seul lieu Où l'être soit possible avec l'oubli de Dieu,

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