‹ PoésiesChapitre 66 sur 75 · CHANT SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHANT SIXIÈME

witrine oppressée , à leur brûlant passage , mtis se crisper la peau de raon visage ; anneaux infinis tout mon poil se roula , si que sur le front d'un nègre d'Angola ; corps devint pareil à la colonne torse ; membres avec lui semblaient faire divorce, 3 crus, dans l'accès de leur convulsion , i à jamais en proie à la damnation.

; mon ange aussitôt me toucha de son aile )ut reprit en moi sa forme naturelle :

B fait de son souffle une enveloppe d'air me met à l'abri de celui de l'enfer.

; de ce noir sommet mon compagnon s'élance , ans un air pesant noire vol se balance ; ins aucun effort nous nous sentons portés me sur cette mer, tombeau de deux cités, L la vague gluante, immobile et muette , ise d'engloutir les corps que l'on y jette.

ez-vous jamais vu, quand l'été de ses feux it baisser tes eaux des bords marécageux , î fangeux poissons, mille immondes reptiles -môle se tordre en efforts inutiles , 3roupissant avec l'aquatique gazoû , Sèvres dans les airs fépandi^ le poison?

il6 LE DERNIER JOUR.

Eh bien ! voilà comment, dans sa vaste étendue, Le peuple des damnés s'offrit à notre vue.

Tout cela sous un jour pâle, glauque, incertain... Mais voici que , des monts perdus dans le lointain , Une lueur étrange à coloré la cime...

Lucifer a quitté l'abîme de l'abîme , Et par degré son front resplendissant de mai S'élève et met à nu tout l'empire infernal.

Aux sinistres clartés de cette affreuse aurore. Quelle nouvelle horreur à mes yeux vient d'éclore! J'étudie en détail cet immense tourment , Des criines sans remords éternel châtiment, Dans des flammes sans nom , des genres de martyr? Que l'œil peut contempler, mais la voix ne peut dire. Je sens jusqu'au vertige arriver mon effroi... L'infini des douleurs tournait autour de moi

Cependant l'ange impur s'élevait dans l'espace ; Mais soudain, étendant un bras plein de menace, Mon ange conducteur, Josué de l'enter , L'arrête dans sa course et le suspend dans l'air : « Satan, dit-il, celui qui foudroya ta tète Te convoque aujourd'hui sur ma triste planète ; Que tout damné se trouve au champ de Josaphat, Là même où ta malice autrefois triompha ; Le Seigneur doit, selon sa parole donnée ,

CHANT SIXIRMK. H 7

Des bons et d^s méchants fixer la destinée ,

£t veut, manifestant sa gloire à tous les yeux ,

Traîner à son triomphe et Tenfer et les cieux ;

Et Tenfer et les cieux vont tirer de la terre

La plus ample moisson, mais la moisson dernière. »

Comme blessé d'un trait, à ces mots, Lucifer S'abat en rugissant sur le sol de Tenfer :

« Mon appréhension, dit-il, n'était point vaine : Quelque chose du ciel est bien dans mon domaine ! Voilà qu'abandonnant mon réduit souverain Mes yeux ont rencontré tout ce que j'avais craint! A Tordre inattendu que tu me fais transmettre , Jéhova ! je reprends l'horreur d'avoir un maître ! L'humiliation de mes jours d'autrefois Ressuscite, et ma chaîne en redouble de poids! . Mon reste de splendeur Qatte encor ton caprice ! Jusque dans mes États tu veux que j'obéisse , Et tu viens disputer à mon triste pouvoir Cette ardente poussière où ton bras m'a fait choir. Ah ! je croyais, après ma révolte sublime , Que je serais du moins le premier dans l'abîme... Hélas ! il n'en est rien ; et les destins, ces dieux Peut-être seuls réels et maîtres de nous deux, T'ont donné la victoire, ô Dieu cruel ! mais pensa Que mon parti pouvait emporter la balance ;

118 LE BEWflBE JOtA.

Que le hasard fit tout, non la vateur; un mn^

Et le bien était mal, et le mal était bien ;

Et ton front porterait la nuit pour diad^aie,

Et tu serais Satan, et taoi le Dieu suprême !

Les profondeurs des cieux trembleraient devant moi,

Et la création m'appellerait son roi ! . . .

Mais vain palliatif au cancer qui m'obsède ! '

Et qu'importe la cause à Teffet sans remède ?

II faut que j'obéisse... Eh bien ! j'obéirai ,

Mais l'écume à la boucâie et le cœur ulcéré !

Même en pliant sous toi, ma volonté te brave ;

Je te sers en vaincu, tnais non pas en esclave.

Ainsi, prêtez l'oreille, ô mes damnés ! vous tous

Victimes Comme moi de son fatal courroux ,

Créés libres esprits et punis dans la suite

Pour avoir pris la voie où l'instinct nous invite ;

A qui, bourreau des sens qu'il avait allumés ,

Il a fait un forikit d'aimer et d'être aimés ;

Vous dont l'avidité puisait à l'héritage

Dont l'injuste hasard avait fait te partage ;

Vous dont la main sanglante épousant le poignard

Faisait ce que la mort aurait fait tôt ou tard :

Les temps sont accomplis, Tétcrnité commence ;

Et, pour ratifier sa première sentence.

Le prétoire divih demande à voiiS revoir ;

I^e Dieu bon veut jouir de votre désespoir!

Et vous qui, lâchement, renonçant à vous-ftiftnûes,

Vécûtes dans la jjeur des vengeances suprêmes,

CHANT SIXIÈME. Iit>

Esclaves qui, sur terre ayant rampé sous lui, Devez en recevoir récompense aujourd'hui.

Votre sérénité peut avoir ses nuages , Le port qui vous attend n'est pas vierge d*oragiBs. Quand le fils de Taurore y put être tenté , Quand moi, second du ciel, j'en fus précipité. Vous, esprits nés d'hier, chétives créatures, . Croiriez-vous par hasard vos ailes assez sûres Pour ne pas trébucher de ce bonheur sans fin Qui manqua de parole au premier séraphin? »

Hais tandis que Satan profi^rait ces blasfriîémes. L'inévitable éclair des vérités suprêmes Descendit dans son âme et mit dans son esprit Toute la fausseté de ce qu'il avait dit ; Et, comme le serpent qui lui-même se pique, II tourna contre lui sa noire polémique ; Devant son tribunal lui-même il s'est traîné. Et Satan par Satan se trouve condamné :

Il reconnaît avec la dernière évidence Jéhova pour la vraie et seule providence ; Que la toute-puissance est la toute équité; Qu'en nous dotant de Pâme et de la liberté.

En prescrivant le bien au pouvoir de mal faire, A la loi promulguée il ne fut point contraire ;

lâO LB DKKNIEA JOUR.

Et que, si le damné n'était pas un élu, Cest que son libre choix ne Favait pas voulu. Et pour réponse enfin à son (ternier blasphème. Il entend le Très-Haut qui jure par lui-même Que tous les saints admis aux célestes séjours Doivent s'y délecter sans crainte et pour toujours.

Après avoir longtemps battu la plaine aride Sans que rien vînt s'offrir à sa prunelle avide, A l'aspect d'une proie impossible à ravir, Au pied d'un rocher nu qu'il ne saurait gravir, En vains rugissements le tigre se consume , Se roule sur le sable et le blanchit d'écume. Et, voyant que la faim le surprend impuissant, Se déchire lui-même et se lèche le sang; Tel, voyant les élus dans l'étemelle joie.

L'ange déchu se fait de lui-même la proie :

a Quel implacable jour est en moi descendu ?

A son éclat vengeur je me sens confondu !.,.

Oh ! malédiction à cette heure fatale Où des splendeurs sans fin la mienne fut rivale « Cette heure qui fit croire à mon cœur orgueilleux Qu'il était à l'étroit dans l'infini des cieux ! Mais quoi ! le repentir entrerait dans moi-môme ! Satan contre Satan lancerait l'anathème !....

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