CHANT SIXIÈME
Non, non ! ce que j'ai tait Je le ferais encor ! haine ! viens m*aider à supporter mon sort !
Jéhova! si ta main se tendait vers ma chute, Je ne Taccepterais que pour une autre lutte.
Ah ! si la mort pouvait m'affranchir de ta loi ! Si le néant... hélas! il ne peut rien pour moi! Lorsque tu me créas d'une immortelle essence , Dieu cruel , ton esprit prévoyait la vengeance î . . . »
Et Satan s'est roulé sur Tarène de feu
Comme un serpent qu'on a rompu par le milieu ;
Et l'œil fixe , et la bouche ouverte sans mesure ,
Il demeure muet à force de torture ;
Mais ses râles brûlants, dans l'air disséminés,
Triplent sur tous les points les tourments des damni^s.
Et toute chair se tord, et toute voix blasphème-. Et tout cœur a des dents pour se mordre lui-même ; Et ses cris se croisaient dans l'immense chaos , Comme la voix des vents , de la foudre et des flots Tirent de leurs discords une horrible harmonie Et des pâles nochers épouvantent l'ouïe :
« Haine à qui nous créa ! — Souffrir, toujours souffrir ! Au désir du bonheut ne pouvoir pas mourir! — — Pénitents sans espoir , et martyrs sans mérites ,
iS^ LE DERNIER JOUR.
Donner, toujours donner, et jamais ft*etre quittes! —Après de longs tourments, de longs tourments eacor? A chaque instant mourir sans recevoir la mort! — Tourner une trompeuse et cmelte agonie Sur tous les points vengeurs d*une sphère infinie !
— Jadis , il m'en souvient , affliction d'esprit , Le temps t'assoupissait... rétemité t'aigrit!
Ah ! je voudrais en vain mettre mon sort en doute. L'horloge suspendue à cette affreuse voûte Marque de son aiguille à l'œil épouvanté L'heure de la douleur et de l'éternité !
— Du monde d'autrefois ravissantes images , Azur du firmament, éblouissants nuages. Magnifiques aspects du matin et du soir,
Soyez maudits! mon œil ne pourra plus vous vwr! Et sois maudite aussi, mille fois plus maudite, vision du ciel qui jamais ne me quitte , Et te places toujours en face de mon sort , Afin que mes douleurs se sentent mieux encor ! »
NOTÉS
OV OHASrT SIZliMS
NOTE I"
Nof fàèdB foQlaleiit le sel des rives iofernales.
(Page ii4» vers 344)
Il parut, vers le milieu du dernier siècle, un ouvrage d'un decteor anglais, Swinden, portant ce titre propre k piquer la curiosité de plus d'un lecteur : Beeherehe» sur la nature du feu de V enfer, et du lieu où H est situé. L'auteur établit d'abord, par l'autorité des croyances universelles, Feiistence de l'enfer, c'est-à-dire d'un lieu réel, et non métaphorique, t>ù les méchants seront relégués, pour subir, dans l'éternité, des chftti< ments proportionnés à la culpabilité de leur vie. Ensuite, après avoir prouvé encore que le féo, qui y servira de principal instrument à la justice divine, doit s'entendre d'un feu matériel ineffablement actif, il essaie de déterminer la situation locale de l'enfer. Beaucoup de peuples, et même des philosophes, Platon entre' «utres, se sont figurés <|ue l'enfer était au centre
de la terre. Le docteur anglican ne veut pas de cette opinion ; elle ne s'accorde ni avec sa physique, qui ne lui permet pas d'admettre le feu centrcd, ni avec son estimation du nombre des réprouvés, laquelle réclame bien d'autres dimensions dans l'enfer. Il trouve, à ce sujet^ que Dexelius, autre statisticien du Tartare, a donné un rystèms d'une grande. pauvreté, en déterminant le nombre des réprouvés à la bagatelle de cent mille millions, qu'il entasse dans un cachot brûlant, seulement d'un mille germanique en carré, tant en largeur qu'en profondeur; c'est l'enfer de Dexelius. Quant à lui, Swinden,^ il ne lui fau^ rien moins que les champs immenses et enflammés du soleil. Cet astre est donc, selon lui, le Tartare ou le lieu de Venfer, et, pour le prouver, il multiplie les inductions et les analogies; 5nais il ne parvient réellement à prouver qu'une chose, à savoir j'impuissance de l'esprit humain à découvrir ce qu'il n'a pas plu il Dieu de lui révéler, quand il s'agit des mystères de l'autre vie. « Allez, maudits, au feii éternel. Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé. » C'est tout ce que nous savons des lieux où se consommera la double destinée de la race humaine.
Du reste, parmi les preuves de Swinden, ou plutôt ses préson&^itions de preuve, il en est une assez piquante : elle est tirée de i'iiucienne et jiniverseUe idolâtrie du solHl, Ce fut, en effet, un grand et malin plaisir pour Satan, en portant les hommes à renier le D^eu du ciel, de leur faire adorer, dans le soleil, le lieu même do leur supplice.
NOTE IL
Du crime calciné fétide exhalaison.
( Page ii4t vers 26.)
« Touchant la nature du feu de l'enfer, il n'y a aucune raison de penser que ce n'est pas un feu matériel, et que dans les passages de l'Ecriture il faut prendre ce nu>t dans uq sens mêla-