‹ PoésiesChapitre 68 sur 75 · CHANT NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHANT NEUVIÈME

L'esprit, impuissante colombe.

Du bonheur des sens attristé, Pour effrayer la volupté Fit mentir la voix de la tombe.

Que le cristal brille dans notre main !

Joyeux convive et non triste prophète.

Que nul ne mêle au vin de notre fête L'amertume du lendemain !

Non, la mort n'a rien de Satrouche.

Amante aux fidèles amours, mes amis, c'est pour toujours Qu'elle nous étreint sur sa couche.

Que le cristal brille dans notre main l Joyeux convive et non triste prophète, Que nul ne mêle au vin de notre fête L'amertume du lendemain l

Le vieux soleil sur notre tête Versant toujours le même éclat.

Nous ennuyait ; le calme plat Tue aussi bien que la tempête.

Que le cristal brille dans notre main !

Joyeux convive et non triste proph ^ tp, Que nul ne mêle au vin de notre i%te L'amertume du lendemain!

1 66 LE PERNIP^ JOU^.

Si le monde est dans sa ruine, Lâchons la bride à nos désirs.

Que la chair mourant de plaisirs Trompe la vengeance divine !

Que le cristal brille dan^ notre main !

Joyeux convive et non triste prophète, Que nul ne mêle au vin de notre fête L*amertume du lendemain ! »

Hais rimmense festin par degrés se dérobe.

Et j'ai sous mes regards un autre point du globe. J'ai fatigué ma lèvre aux paroles de mort ; Viens, ineffable esprit des amours sans remord, Si, du beau ciel d'azur où son aile s'essaie, Le ramier peut descendre à la voix de l'orfraie ! Toi qui changes au cœiir du jeune homme naïf La gaité de l'enfance en un bonheur pensif, Et qui, faisant tomber ton influence amie Sur les vagues désirs de la vierge endormie.

Lui dévoiles, au jour de pudiques rayons»

L'objet mystérieux de ses illusions.

Et, lorsque le réveil arrive avec l'aurore.

Longtemps sous ses rideaux la fait rêver encore, Ange de mon printemps, h&te-toi de venir!

Je ne te sens, hélas ! que par mon souvenir.

CHANT NEUVIÊlfE. 167

D'innocentes amours je veux tracer l'image :

Proie à mort vers farouche un suave langage, Si toutefois ta douce et muette langueur PTest pas plus éloquente à subjuguer le cœur, Si tu ne penses point qu'en ton ciel diaphane La parole flétrit et le regard profane.

Au versant d'un coteau qui charmait le regard Même à travers un jour languissant et blafard. Assis sous des palmiers qm se courbaient en dôme. Un vieillard vénérable, une vierge, un jeune homme Devisaient, et ce fut trois célestes rayons Qui vinrent traverser mes sombres visions.

Les symptiymes affreux qui couvraient la nature N'avaient rien altéré de leur calme figure.

Et j'abaissai mm vol; et, sans en perdre rien. Mon oreille attentive ouït cet entretien :

LE VIÉttLAto.

« Bénissez, mes enfants, le Dieu qui vous enlève Avant que votre amour ait achevé son rêve.

Et que de ses serments il se soit affranchi A l'aspect d'une ride ou d'un clieveu blanchi î Heureux qui, comme vous, abandonne la terre Avant que d'en avoir sondé le noir mystère, Et peut offrir au seuil des samtes régions

168 U DEENIER JOUK.

Une &ine pleine encor de ses illusions 1 Car toute lie, hélas ! se trouve au fond du vase, Et rhomme est plus mauvais à sa dernière phase, Et le remords, malgré tout oe qu'il a souffert. N'offre souvent au ciel qu'un rebut de Tenfer.

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