QUATRIÈME PARTIE
Parlez, pierres ! oh ! répondez palais sublimes ! quartiers, dites un mot! N'est-ce pas que tu(te meus, ô génie! Oui, tout est animé dans tes murailles saintes, Rome éternelle ; pour moi seul règne encore le silence. Oh ! qui me soufflera à quelle fenêtre je dois voir un jour la douce créature qui va me raviver en m' enflammant? Je ne les flaire pas encore les sentiers où mon temps précieux se consumera en allées et venues autour d'elle. Jusqu'ici je n'ai vu qu'église et que palais, ruines et colonnades, tel qu'un voyageur prudent, jaloux d'utiliser son voyage. Mais bientôt, adieu tout cela ! Un temple unique alors subsistera pour moi, le temple de l'Amour prêt à recevoir l'initié. Oui, tu es un monde, ôRome! mais sans l'amour, le monde ne serait pas le monde, Rome elle-même ne serait pas Rome.
Honorez qui bon vous semble ! Maintenant enfin je suis au port ! Belles dames, et vous, messieurs du beau monde, informez- vous de l'oncle et du cousin, des vieilles cousines et des tantes ; que le jeu insipide succède à la conversation. Bon voyage, vous aussi, hôtes des grands et petits cercles qui m'avez si souvent mis à deux doigts du désespoir.
ISO ÉLÉGIES.
Vous pouvez renouveler sans but chacune de ces discussions politiques qui poursuivent avec acharnement le voyageur à travers l'Europe. Ainsi la chanson de Malbrough poursuhit l'Anglais voyageur de Paris à Livourne, de Livourne a Rome, puis jusqu'à Naples en descendant, et eût— il fait voile vers Smyrne, Malbrough, làbas encore, dans le port, la chanson de Malbrough l'eût accueilli. Ainsi, jusqu'à présent, je n'ai pu faire un pas sans ouïr partout le mécontentement dans le peuple, dans le conseil des rois ! Maintenant, de longtemps, vous ne découvrirez l'asile que l'Amour, ce prince qui me couvre de sa royale protection, m'a ouvert. Là il m'enveloppe de son aile, là ma bien-aimée, au cœur de Romaine, ne craint rien du Gaulois furieux. Indifférente aux bruits du jour, elle épie avec sollicitude les désirs de l'homme auquel elle s'est donnée; elle se rejouit en lui, l'étranger libre et robuste, qui lui parle de neige et de montagnes et de maisons de bois, et, partageant la flamme qu'elle allume dans son cœur, s'applaudit de ce qu'il ne convoite pas l'or comme un Romain. Sa table désormais est mieux servie ; elle ne manque ni de vêtements ni de voiture pour la conduire à rÔpéra. La mère et la fille sont heureuses de leur hôte du Nord, et le Barbare re<ine sur ce sein et sur ce corps romain.
Ne regrette pas, ma bien-aimée, de t'ètre livrée si promptement ! Crois-le bien, je ne garde de toi nulle pensée impure et basse. Les flèches de l'Amour ont plus d'un effet : les unes égratignent, et du venin qui s'insinue, le cœur souffre de longues années ; fortement empennées, armées d'un dard aigu et vif, les autres pénètrent dans la moelle, et, sur l'heure, enflamment le sang. Aux temps héroïques, lorsque dieux et déesses aimaient, le désir suivait le regard, la jouissance le désir. Crois-tu que la déesse
de l'amour ait longtemps réfléchi quand, sous les bosquets d'Ida, Anchise, un jour, lui plut? Et Lima? si elle eût hésité, l'Aurore jalouse éveillait aussitôt le beau pâtre ! Héro vit Léandre en pleine fête, et l'amant embrasé plonge dans la vague nocturne. Rhéa Sylvia, la royale jeune fille, va puiser de l'eau dans le Tibre, et le dieu s'empare d'elle. Ainsi Mars s'engendrait des enfants ! — Une louve allaite les jumeaux, et Rome s'appelle la reine du monde.