‹ PoésiesChapitre 169 sur 225 · LE REVOIR · texte numérisé non relu

LE REVOIR

LUI

Douce amie! encore, encore un baiser sur tes lèvres î D'où vient que je te trouve si avare ce matin ? hier, l'arbre fleurissait comme aujourd'hui ; hier nous échangions des baisers par mille, et tu les comparais à l'essaim d'abeilles qui s'approche des fleurs et butine , puis voltige et revient de nouveau butiner, tandis qu'une musique heureuse emplit l'air. Vois-les toutes encore occupées à leur aimable tâche. Le printemps nous éehapperait-il avant que les fleurs se dispersent?

ELLE

Rêves! mon doux ami ! tout n'est que rêves ! Parle d'hier et je t'écouterai ! d'hier, et je te presserai sur mon cœur ! Hier, dis-tu? — C'était, je lésais, une précieuse journée : les mots se perdaient dans les mots, les baisers chassaient les baisers. Hélas 1 quand vint le soir il fallut se quitter. Bien longue et bien triste fut la nuit qui sépara hier d'aujourd'hui. Pourtant le matin reparait. Ah! pendant ce temps, dix fois au moins pour moi l'arbre a porté des fleurs et des fruits.

A.\n NT \s.

Nicias, homme excellent , médecin du corps et de l'âme î je languis , il est vrai , mais ton remède est trop cruel ! Ah ! pour suivre ton conseil , les forces m'ont manqué, oui ! et déjà il me semble ne voir qu'un rival dans l'ami. Je ne saurais te réfuter; je me répète tout, tes paroles cruelles, et aussi ce que tu me caches. Mais, hélas! l'onde se précipite du rocher, et le ruisseau ne suspend point sa chanson. Le torrent cesse-t-il de gronder? et le soleil ne plonge-t-il pas des cimes glorieuses du jour, dans les flots! Ainsi la nature murmure autour de moi : «Toi aussi, Amyntas, tu fléchis sous la loi sévère d'une destinée d'airain ! » Ne fronce pas tes traits, ami; écoute patiemment ce qu'hier un arbre m'a révélé là-bas, près du ruisseau. Il ne porte que de rares fruits, lui jadis si chargé , vois le lierre en est cause qui l'etreint dans ses embrassements. Or, j'avais pris mon couteau à la lame aiguë et recourbée. , et je séparais en coupant, et j'arrachais ramure sur ramure, lorsque tout a coup je frémis au soupir d'une plainte profonde qui se répandait sur moi des hauteurs de l'arbre : a Oh ! ne me déchire pas, moi ton compagnon du jardin, a qui de bonne heure tu as dû, tout enfant, plus d'une jouissance, oh ! ne me déchire pas ! Tu m'arraches, avec cette enveloppe que tu brises sans pitié, cruel, tu m'arraches la vie. Ne l'ai— je pas nourrie moi-même, et doucement élevée vers moi? son feuillage ne m'est-il pas identifié aussi bien que mon propre feuillage ? Ses rejetons par milliers ont pris racine , et ses fibres sans nombre plongent aux sources de ma vie. Elle prend de moi sa nourriture, ce qu'il me faut elle le dévore , et c'est ainsi qu'elle suce ma moelle, qu'elle suce mon âme. Vainement je me nourris, hélas! ma racine puissante n'envoie

ELEGIES. -2\ï

en haut que la moitié du sue vital. Car l'hôte fatal , et bien aime, avidemment s'approprie au passage la force destinée a féconder mes fruits d'automne. Rien ne parvient a ma couronne; ma cime extérieure se flétrit, et déjà se flétrit la branche au-dessus du ruisseau. Oui, la traîtresse! c'est elle qui dévore l'élan de ma force, qui dévore mes espérances. Je ne sens qu'elle, elle seule qui m'enlace, et j'aime ses liens , et ne me réjouis que de cette mortelle parure d'un feuillage étranger. » Retiens ta serpe, ô IN icias! épargne un malheureux qui se consume, engagé librement dans l'amoureux plaisir. Douce est chaque dissipation, oh! laissemoi savourer la plus belle! Qui s'abandonne à l'amour songe-t-il à ménager sa vie?

EPIGRAMMES

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