III
Toujours je la tiens serrée avidement entre mes bras, toujours mon cœur la presse contre le sien, toujours ma tète s'appuie sur ses genoux, et je cherche des yeux sa jolie bouche et ses yeux. Efféminé, me dira-t-on, et tu passes ainsi tes jours I Ah ! je les passe mal ! Entends ce qui m'arrive. Je tourne le dos , hélas! à la seule joie de la vie: voici la ^ ingtième journée que la voiture me traîne au loin. Les voiturins me bravent, les camériers me flattent, et le garçon de place invente ruses et mensonges. Leur echappe-je , c'est le maître de poste qui me prend à son tour ; — ce sont messieurs les postillons et la douane. — « Je ne te comprends pas : tu te contredis, tu semblais enivre d'un repos céleste, tu semblais heureux comme Reuauld.» — Ah ! je me comprends bien, c'est mon cœur qui voyage et mon esprit toujours repose au sein de ma maîtresse !
("est la belle Italie que j'ai quittée. Les chemins poudroient encore; L'étranger est encore dupe, de quelque façon qu'il s'y prenne. Vainement vous cherchez dans tous les coins la droiture allemande : la vie et le mouvement sont ici, mais point d'ordre ni de frein. Chacun ne pense qu'a lui-même et se méfie des autres: partout la vanité. Les maîtres de l'Etat n'ont de souci que pour leurs intérêts. Beau pays, mais, helas! Faustine, je ne te retrouve pas. Ce n'est plus l'Italie que j'ai quittée avec douleur !
J'étais étendu dans la gondole et nous glissions a travers l^s bâtiments frètes qui attendent dans le grand canal. La ^e trouvent marchandises de mainte espèce : il y en a pour nombre de besoins : d\\ blé, du vin et des légumes, du bois de chantier et des broussailles. Nous passions à travers
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avec la rapidité d'une flèche; tout à coup un laurier vert me cingla vertement la joue. « Daphné ! m'écriai-je, toi, me blesser ! j'eusse attendu plutôt une récompense ! » Et la Nymphe murmure en souriant : « Péchés de poète ne sont pas gros, léger est le châtiment ! Allons !... »
Quand je vois un pèlerin, je ne puis jamais me défendre des larmes. Qu'une idée fausse nous rend heureux , nous autres hommes !
J'avais un amour qui m'était plus cher que tout ! Hélas! je ne l'ai plus. Tais-toi, et supporte ta perte.
Je compare cette gondole à un berceau doucement balancé, tandis que sa caisse semble un. large cercueil. Fort bien! Entre le berceau et le cercueil nous flottons insouciants, et voguons sur le grand canal à travers la vie.
Nous voyons le Nonce marcher d'un air solennel près du Doge : ils ensevelissent le Seigneur ; l'un scelle la pierre. Ce que pense le Doge à part lui, je l'ignore; mais l'autre, a coup sur, rit sous cape du sérieux de cette pompe.
D'où vient que le peuple ainsi se presse et crie? Il veut vivre, faire des enfants et les nourrir aussi bien que possible. Mets à profit la leçon, voyageur, et, de retour chez toi, fais de même. Nul homme n'a l'idée d'aller au loin, s'il se place à son gré.
•:,J ( RPIGRA HUES.
Comme ils sonnent, les urètres; comme ils ont à cœur qu'on \ ienne et qu'on babille aujourd'hui comme hier ! Ne blâmez pas les prêtres , il savent les besoins de l'homme : car comme il est heureux s'il bavarde demain comme aujourd'hui !
(v)ue le charlatan se tasse des disciples innombrables comme le sable de la mer; le sable est sable. Ami sensé, (\ perle , sois à moi !
11 est doux, au printemps, de louler d'un pied délicat l'herbe nouvelle y et de toucher d'une main douillette la toison de l'agneau ; il est doux de voir les rameaux ravives se couvrir de bourgeons, et d'aspirer ensuite d'un œil avide la verte feuillee; mais il est plus doux encore de caresser avec des fleurs le sein de la bergère, et ce bonheur-là , le mois de mai me le refuse.
À cette enclume je compare le pays, le marteau au maître; et je compare le peuple a la plaque de cuivre qui ! se courbe entre les deux. Malheur a la pauvre plaque si les coups tombent sur elle arbitraires et mal assurés , et si ja- i mais le chaudron ne semble achevé.
Le charlatan a des disciples par centaines et remue la foule, lorsque l'homme sensé compte à peine quelques gens qui l'aiment. Les images miraculeuses ne sont, la plupart du temps, que de méchants tableaux : les œuvres de l'intelligence ri rlc Pari n'onl rien à faire mec le peuple.
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Que celui-là s'empare du pouvoir, qui comprend son intérêt; quant à nous , nous devrions choisir celui qui comprend le nôtre.
Misère apprend a prier, dit-on ; si quelqu'un veut rapprendre, qu'il aille en Italie! L'étranger y trouvera la misère à coup sur.
Quelle multitude se presse vers cette boutique ! avec quelle activité on pèse, ou reçoit l'argent, on offre la marchandise ! On vend là du tabac à priser. Cela s'appelle se taire justice soi-même ! Le peuple recherche l'ellébore sans ordonnance ni médecin.
Deux lions antiques , deux lions grecs gardent paisiblement l'arsenal; la porte, la tour et le canal semblent petits auprès du couple. Si la mère des dieux descendait , tous deux fléchiraient devant son char, et la déesse aurait plaisir à les voir attelés ensemble. Mais aujourd'hui ils reposent tristement. Le cbat ailé moderne grogne partout, et Venise le nomme son patron.
Le pèlerin chemine avec ardeur! Trouvera-t-il le saint? Kntendra-t-il , verra-t-il l'homme qui a fait des miracles? Non, les temps l'ont emporté; tu ne trouveras que des restes, son crâne et quelques ossements conservés. Nous sommes tous des pèlerins qui cherchons l'Italie , et nous honorons avec foi et honneur des ossements épars.
'2'2<\ BPIGRAMMES.
Jupiter Pluvius, te voila aujourd'hui un démon fa\orable. En un seul moment, tu donnes un présent multiple; tu donnes à boire à Venise, au pays une vaste crue, et
maint petit poëme a ce petit livre.
Abreuve, inonde les grenouilles a la robe de pourpre; trempe le pays altéré, que les Broeeoli abondent. Mais ne baigne pas ce petit livre: qu'il soit pour moi un petit flacon d'Ârak pur. et que chacun prépare son "punch à sa fantaisie.
dette église s'appelle Saint-Jean-dans-la-Boue. A double raison je nomme Venise aujourd'hui Saint-Marc-dans-la- Boue.
Vois-tu , Baja , tu connais aussitôt la mer et ses poissons. Voici Venise; tu connaîtras maintenant aussi la bourbe et les grenouilles.
Dors-tu encore? Trêve, et laisse-moi reposer. Si je m'eveille maintenant, que trouverai-je ici? Le lit est large, mais vide. Partout ou Ton couche seul c'est la Sardaigne , et Tibur ami, partout où votre maîtresse vous éveille.
Toutes neuf me clignaient de l'œil souvent; je veux parler des Muses : cependant alors je n'y prenais pas garde, j'avais une maîtresse sur mon sein. Aujourd'hui j'ai quitte ma maîtresse, et les Muses m'ont quitté, .l'ai maugrée dans
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le trouble, j'ai cherché le couteau et la corde. Heureusement l'Olympe est plein de dieux. Ennui, tu vins à mon secours, salut donc à toi , père des Muses!
Quelle fille je désire avoir? Vous me le demandez? Je l'ai comme je la souhaite ; cela s'appelle, à mon avis, beaucoup avec peu. J'allais au bord de la mer, et me cherchais des coquillages ; dans un j'ai trouvé une perle , et je la garde maintenant sur mon cœur!
J'ai tenté maints essais : j'ai dessiné, gravé sur cuivre, peint à l'huile, manié l'argile, tout cela sans constance, sans profit pour moi ni personne. Il n'est qu'un seul talent où je sois devenu presque maître : à écrire en allemand, et je perds de la sorte , infortuné poète , mon temps et ma peine dans la plus ingrate des étoffes.
Debout , le visage voilé et de beaux enfants dans les bras, vous mendiez! Cela s'appelle parler avec puissance au cœur de l'homme. Chacun désirerait pour soi un garçon tel que ce petit indigent que vous montrez, et une maîtresse telle qu'il se l'imagine sous ce voile.
Ce n'est pas ton enfant, celui pour lequel tu mendies et tu me touches. Combien ne ine toucherait pas celle qui me montrerait mon propre enfant !
Pourquoi lèches-tu ainsi ton petit museau lorsque je te rencontre. Bien! ta languette me dit combien elle est bavarde.