‹ PoésiesChapitre 172 sur 225 · I .l'M.IS \M Ml S · texte numérisé non relu

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L'Allemand comprend tous les arts et les pratique ; dans chacun il montre un vrai talent s'il s'en occupe sérieusement ; il n'en est qu'un qu'il exerce sans vouloir l'apprendre, la Poésie! aussi bousille-t-il ; amis, nous en savons quelque chose.

Souvent, dieux immortels, vous vous êtes déclares les amis du poète; sachez donc satisfaire aussi à ses besoins. Il lui faut modérément et cependant beaucoup : d'abord une maison avenante, et ensuite quelque peu à manger et à boire, l'Allemand s'entend comme vous en nectar ; puis des vêtements convenables et des amis pour les entretiens familiers ; puis, pour la nuit, une maîtresse qui le devine du fond du cœur. Telles sont les cinq choses naturelles que je reclame avant tout ; en outre, ajoutez-y les langues anciennes et modernes; qu'il comprenne l'industrie des peuples et leur histoire. Donnez-lui aussi le pur sentiment de ce qu'ils ont produit dans l'art. Procurez-moi du crédit dans le peuple, une influence puissante et tout le reste qui passe encore pour désirable parmi les hommes. Bien — et déjà je vous rends grâce, ô dieux, vous avez déjà des longtemps complété l'homme heureux en m'accordant la plupart de ces biens.

Entre tous les princes de la Germanie le mien est petit, m - États sont bornés, eu égard seulement a ce qu'il pourrait faire : mais si chacun savait comme lui tourner ses forces au dedans et au dehors ce serait une fête d'être allemand avec les Allemands. Pourquoi le louer, lui, que ses actions et ses œuvres proclament? Peut-être on doutera de ma bonne foi, car il m'a donné ce que les grands

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ne donnent guère : sympathie, loisirs, confiance, champs, jardin et maison. Je ne dois rien à personne qu'à lui, et certes il me fallait beaucoup a moi, poète, qui comprenais si mal les soins de la fortune. L'Europe m'a loué, que m'a donné l'Europe? rien; j'ai payé bien cruellement, hélas! mes vers. L'Allemagne m'imita, la France put me lire- Angleterre, tu reçus en ami ton hôte en proie au trouble. Cependant que m'importe que le Chinois lui-même peigne d'une main peu sûre Werther et Lolotte sur la porcelaine, jamais un empereur, jamais un roi ne s'est enquis de ma personne, lui seul fut pour moi Auguste et Mécène.

Qu'est-ce que la vie d'un homme? Et pourtant des milliers de gens vont parler d'un homme, de ce qu'il a été et de ce qu'il a fait. Moins encore est un poème, et cependant mille en jouissent, mille le critiquent. Continue donc, ami, a t' occuper de vivre et de rimer !

J'étais las de ne jamais voir que des tableaux, magnifiques trésors de l'art tels que Venise les conserve ; car cette jouissance, elle aussi, a besoin de récréation et de répit. Mon regard épuisé aspirait après des charmes vivants , ô jongleuse ! alors je reconnus en toi le type de ces petits drôles que Jean Bellin a peints si attrayants avec des ailes, et que Paul Véronèse envoie avec des coupes au fiance dont les hôtes abusés boivent de l'eau pour du vin.

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Aimable figurine qu on dirait taillée par la main de l'art ; flexible et sans os, elle flotte comme le mollusque ! tout est membre, articulation, et tout est ravissant, tout est construit avec harmonie et se meut avec liberté. J'ai vu des êtres, aussi bien hommes qu'animaux, qui tenaient de

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l'oiseau et du poisson, créations étrangeSj prodiges de la

grande .Nature; et pourtant je m'étonne a te voir, Bettine, aimable prodige, qui es ensemble tout eela, et par-dessus encore un ange !

Ne tourne pas ainsi, gentille enfant, tes petites jambes vers le ciel ; Jupiter te regarde , le drôle , et Ganimede est inquiet.

Va, tu peux tourner sans crainte tes petits pieds vers le ciel ! nous tendons nos bras dans la prière, mais moins innocents que toi.

Ton petit cou s'incline de côte ; est-ce un prodige? Il te porte souvent tout entière , légère que tu es , tu ne pesés qu'à ton joli cou. Je ne la hais pas l'inclinaison de ta petite tète; sous plus charmant fardeau jamais nuque ne s'est ployée.

Comme Breughel, au génie infernal et nébuleux, trouble de ses visions nos regards éblouis; comme Durer met le desordre dans nos cerveaux avec ses images apocalyptiques , hommes et fantaisies en même temps ; comme un poëte qui nous chante avec puissance les Sphinx , les Sirènes et les Centaures, éveille la curiosité dans notre oreille: comme un songe émeut l'homme inquiet qui croit marcher en avant pour saisir quelque chose lorsque tout flotte dans la confusion , ainsi Bettine . tortillant ses jolis membres , nous embrouille l'esprit ; mais bientôt le plaisir succède au trouble, quand elle se remet à fouler le sol.

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Je franchis les limites tracées a\ec de la craie, et la gentille enfant faisant sa ronde me repousse doucement.

a Ah! que peut-il faire de pareilles âmes? Jésus Maria ! Ce sont paquets de linge comme on en porte au lavoir. Pour le coup, elle tombe! je n'y tiens plus ! Viens, partons ! que de gentillesse! vois seulement comme elle se tient! Qu'elle est légère ! tout cela le sourire et la joie sur les lèvres! » Vieille femme , tu as raison d'admirer Bettine; le plaisir que tu prends à voir mon cher bijou te rajeunit à mes yeux et te rend belle.

Je vois avec tant de plaisir tout ce que tu fais ! mais ce que j'aime surtout, c'est lorsque ton père te lance dune main agile au-dessus de toi-même. Tu te renverses dans ton élan ; et, après ce saut mortel , tu te redresses comme si de rien n'était.

Bientôt chaque visage se déride ; les sillons du travail , du souci et de la pauvreté s'effacent : on croirait voir des gens heureux. Le marin s'amollit et te frappe sur la joue; la bourse s'ouvre pour toi, chichement à la vérité, mais enfin elle s'ouvre ; et l'habitant de Venise déploie son manteau et te donne, comme si tu demandais au nom des miracles de saint Antoine, des cinq plaies du Seigneur, du cœur de la bienheureuse sainte Vierge, au nom du supplice de feu qui purge les âmes. Chaque petit, le mousse, le bossu, le mendiant, se presse à tes cotés, et se réjouit de ce qu'il est un enfant comme toi.

Rimer est un charmant métier; seulement, je le trouve cher. A mesure que mon petit livre grossit, mes sequins

s'en \ont.

m Quelle folie l'oisiveté t'inspire? y penses-tu? eette fillette devenir un livre ? Entonne vite un sujet plus digne. » Patience, je chanterai bientôt les rois et les grands de la terre quand je comprendrai leur métier mieux que je ne fais aujourd'hui. En attendant, je chante Bettine; bateleur et poète sont proches parents ; il se cherchent volontiers et se trouvent.

A ma gauche , les boucs ! ainsi le juge a venir l'a règle; et vous, brebis, rangez-vous en paix à ma droite ! Bien, mais ce n'est pas tout, il dira encore, il faut l'espérer : Venez vous placer vis-a-vis de moi, hommes raisonnables !

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