INTRODUCTION
moderne; il l'avertit dooc de ne chercher qu'en luimême ses points de comparaison; « car pour refaire l'Iliade, disait-il, on n'y saurait penser, lors même qu'Homère et la Grèce existeraient encore. • Si ces sages avis ne comprimèrent point chez Goethe l'élan d'une émulation impossible, l'événement donna raison à Schiller, et il se trouva que ce poème contemplatif, qui ne devait pas contenir une ligne qu'Homère n'eût pu écrire, n'en contenait en réalité pas une qu'il eût écrite. Goethe, du reste, ne tarda pas à revenir de son erreur, et déclara, en fin de compte, qu'il s'était entièrement mépris sur ce sujet, qui aurait dû ou ne pas être traite du tout, ou ne point l'être par lui. ou l'être d'une autre façon.
On sait de quel ordre d'idées ou plutôt de faits le Divan Oriental- Occidental lut le résultat. Goethe, interrompu dans sa contemplation éternelle par les événements de 1811, ne trouva pas de plus sur moyen d'\ échapper que de se réfugier par la pensée en Orient. Il leva donc sa tente, et. désertant le soi natal ou l'épi de la liberté commençait à mûrir dans la tempête, s'en alla, vieillard studieux que la foudre bouleverse, cueillir avec quiétude au pays des kalifes le fruit opulent du despotisme.
• Le Nord, l'Ouest et le Sud éclatent: les trônes « s'entrouvrent, les empires croulent; fuis, va res- • pirer en Orient l'air pur des patriarches, et, dans « l'amour, l'ivresse et le chant, te retremper aux ■ sources de Chisa.
« Là-bas, dans un élément sain, je veux remonter aux origines des races humaines, lorsqu'elles « recevaient encore de Dieu les dogmes célestes dan?
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les langues de la terre et ne se rompaient pas la cervelle ;
« Lorsqu'elles révéraient les aïeux, défendaient tout culte étranger; je veux prendre plaisir à ces mœurs restreintes des peuples jeunes : vaste croyance, pensée étroite, parole d'autant plus puissante qu'elle était parlée.
« Je veux me mêler aux pasteurs, me rafraîchir à l'oasis, lorsque, errant avec les caravanes, je ferai le trafic des châles, du café et de l'ambre; je veux fouler chaque sentier du désert aux cités. « Que je monte ou descende les mauvais chemins rocailleux, Hafis, tes chants me consoleront, tes chants que, du haut de son mulet, le guide chante avec ravissement pour éveiller les étoiles et pour effrayer les brigands.
« Je veux, dans les bains, dans les hôtelleries, penser à toi, divin Hafis, à toi, quand l'amante expose à l'air son voile et secoue les parfums de ses cheveux ambrés..., oui, et que l'amoureux chuchotement du poète irrite les désirs jusque dans le sein de la houri.
« Si de cela vous lui en voulez le moins du monde, apprenez que les paroles du poëte voltigent incessamment autour des portes du paradis et frappent, implorant l'immortalité. »
Le monde réel pesant sur lui de tout son poids, il aspirait vers un idéal qui le mita l'abri des secousses du moment, et c'est dans cette situation d'esprit que tout ce qu'il y avait dans sa nature d'homogène avec les formes orientales se fit jour violemment. Ce que j'admire le plus dans ce lyrisme où se révèle en Goethe