‹ PoésiesChapitre 19 sur 225 · LXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXII INTRODUCTION

un poète nouveau, dans ces poésies quelque peu nébuleuses et dénuées de corps, parfois même si volatiles qu'elles en deviennent insaisissables, c'est une indicible expression de calme et de sérénité, un quiétisme d'autant plus frappant qu'il est davantage en opposition avec le monde extérieur. Chose assez étrange chez un homme tel que Goethe s'attaquant à l'Orient, ce petit livre n'a rien de sensuel; ce sont là des émanations lyriques plutôt que des poésies, et Goethe a \ manqué pour la première fois à son principe, lui qui prétendait que c'est justement dans la vieillesse, lorsque la sensualité commence à s'affaiblir en nous, qu'il convient de choisir des sujets en qui la sensualité réside. Du reste, plus d'une élégie, plus d'une pièce écrite avant le DUan oriental, indique déjà cette tendance du maître vers l'épigramme et l'énigme, et marque très -distinctement la transition de la période accessible et claire de son génie à la manière abstruse et mystérieuse qu'il affectionnait dans sa vieillesse. Goethe a si bien compris ces défauts qu'on reproche au Dhan, qu'il a composé pour chaque pièce un commentaire détaillé, tellement que les noies occupent dans ce petit livre au moins dix fois autant d'espace que les vers. Il faut lire deux ou trois pases d'éclaircissements avant de chercher à pénétrer dans le moindre distique de cette poésie essentielle, sublimée; heureux encore quand le distique, au moment où vous croyez le tenir, ne vous échappe pas, emporté comme un ballon dans l'air par le caz dont il est enflé.

Maintenant, si après avoir épuisé les critiques de détail, après avoir analysé pièce par pièce tous ces

Page 1