‹ PoésiesChapitre 182 sur 225 · EPÎTRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

EPÎTRE DEUXIÈME

Digne ami, tu fronces le sourcil; le badinage te semble déplacé, la question était sérieuse, et tu demandes une réponse retléchie. Par le ciel, j'ignore moi-même comment le drôle s'est ému dans mon sein ; je poursuis donc sur un ton plus sensé. Tu me dis que la multitude vive et lise et s'arrange comme elle pourra; mais te figures-tu, ma fille, que cet entremetteur de poète initie à toute espèce de mal?

A quoi je reponds qu'il est plus facile d'y porter remède

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qu'un autre ne l'imaginerait. Les jeunes filles sont bonnes,

et volontiers se prêtent à faire quelqueehose. Confie àcelleci les clefs du cellier, qu'elle soigne les vins de son père aussitôt que, livrés par le vigneron ou le marchand , ils viennent enrichir les vastes caveaux. Une jeune fille a bien à faire pour tenir avec ordre et propreté les futailles nombreuses, les tonneaux et les bouteilles vides, puis elle observe le travail du moût écornant et ajoute ce qu'il manque afin que les bulles qui se dégagent atteignent facilement l'orifice, afin que, potable et limpide , le suc généreux s'améliore pour les années prochaines. Infatigable , elle emplit, elle puise et veille à ce qu'une liqueur spiritueuse et pure anime incessamment la table.

A celle-là donne la cuisine pour royaume. C'est une assez grande affaire , va ! de préparer, été comme hiver, tous les jours, un repas savoureux, sans préjudice pour ta bourse. Sitôt que le printemps commence à poindre, la voilà dans la basse-cour, tantôt élevant les poussins, tantôt donnant à manger aux petits canards qui barbotent. Tout ce que la saison lui livre, elle te l'apporte sur ta table et sait, avec chaque jour, varier habilement les mets. A peine l'été a mûri les fruits, que déjà elle songe aux provisions pour l'hiver. Dans le frais cellier le chou succulent fermente pour elle et les conserves mûrissent dans le vinaigre ; mais la chambre aérée lui garde les dons de Pomone. Elle recuçille avec bonheur l'éloge de son père et de ses autres sœurs, et si quelque chose manque à lui réussir, c'est pour elle un déplaisir plus grand que lorsqu'un créancier vous échappe. Ainsi toujours occupée, la jeune fille grandit en silence pour les vertus domestiques , pour le bonheur d'un honnête homme. Lui prend-il enfin l'envie de lire, sois certain qu'elle choisit alors un de ces livres de cuisine que la presse nous donne par milliers.

Une sœur gouverne le jardin, non plus un bois sauvage destiné à tenir ta maison humide en lui donnant un aspect

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romantique, mais un jardin coupé en planches élégantes, vestibule de la cuisine, nourrissant des herbes utiles et des fruits qui réjouissent l'enfance. Engendre-toi , en vrai patriarche, un petit royaume, et peuple ta maison d'un essaim liilele. As-tu d'autres tilles qui préfèrent rester assises et pratiquer en silence le travail féminin, c'est encore mieux. L'aiguille ne se repose guère dans l'année, car, si ménagères dans leur ménage, elles veulent cependant se montrer en public, en dames désœuvrées. Quel accroissement n'a pas pris la couture , le ravaudage, le blanchissage et le repassage depuis que les jeunes tilles, dans une blancheur arcadique, avec leurs longues robes et leurs queues, vont balayant les rues et les jardins et secouent la poussière des salles de bal. Vraiment, si nous avionsdans la maison unedouzaine déjeunes fillettes, jamais je ne serais embarrassé pour le travail. Elles s'en forgent à elles-mêmes, et jamais, dans le cours de l'année, un livre sorti du cabinet de lecture ue franchirait le seuil de la porte.

L'ACHILLEIDE.

L'ACHILLEIDE.

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