‹ PoésiesChapitre 183 sur 225 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Le brasier puissant lançait vers le ciel une dernière flamme, et les murailles d'IIion se teignaient de rouges lueurs à travers les ténèbres de la nuit; cependant le bûcher gigantesque croula dans un embrasement suprême; les ossements d'Hector s'affaissèrent, et le plus noble des Troyens ne fut plus qu'un peu de cendre sur le sol. Alors Achille , assis devant sa tente, se leva du siège où il passait les heures de la nuit à veiller, observant le jeu lointain, terrible de la flamme et les changeants caprices du feu , sans détourner ses yeux de la citadelle rougeàtre de Pergame ; tout entier encore à sa haine contre ce mort qui lui avait frappé son ami , et qui désormais gisait enseveli là-bas.

Mais lorsque peu à peu s'apaisa la fureur dévorante du feu, et que la déesse aux doigts de rose embellit la campagne et la mer, de manière à faire pâlir l'épouvante des flammes, l'illustre Pelée, ému profondément, se tourna d'un air doux vers Antilochus, et prononça ces paroles solennelles : « Ainsi viendra le jour où bientôt, des ruines d'Uion, la fumée et les vapeurs de l'incendie s'élèveront, et, chassées par les vents de Thrace, obscurciront la chaîne de l'Éda et les hauteurs de Gargaros. Mais moi je ne le verrai

Page 1