INTRODUCTION. XXX11I
livres de lieds, de ballades, d'épiires, d'odes, d'élégies, nous nous élevons jusqu'à l'ensemble général des poésies de Goethe, nous serons frappés de la symétrie véritablement harmonieuse (Beethoven dirait symphonique) qui règne en une variété si grande, de cet esprit d'ordre et de classification qui ne permet pas la moindre dissonnance au milieu de tant d'éléments hétérogènes. Les poésies de Goetbe offrent en petit le spectacle de cette nature de Protée qu'il se reconnaissait lui-même. II était impossible, en effet, que cette intelligence, habile entre toutes à se transformer, qui va de la minéralogie à la botanique, du roman à l'exégèse, ne portât point dans la poésie lyrique les qualités de rayonnement inhérentes à sa nature. Aussi, nous venons de le voir, la lyre de Goethe a toutes les cordes. L'antiquité, le moyen-âge, l'ère moderne, tout lui est bon; de chaque sujet, de chaque genre et de chaque forme, il ne veut que le miel. L'homme, à son sens, est une tradition vivante, ce qui fait qu'il ne prend nul souci de prétendre à l'originalité. Que lui importe de passer pour imiter les autres, s'il se sent dans le cœur l'étincelle de vie? de se parer du plumage d'autrui, s'il sait donner à ce plumage la couleur et l'éclat? Après cela, nous reconnaissons, aussi bien que personne, les inconvénients de cette universalité dans la création : le dilettantisme se donne trop souvent carrière aux dépens du sentiment, et l'alliage de convention remplace l'or de bon aloi. Puis, à force d'avoir excellé ainsi dans tous les genres, on finit par ne plus pouvoir être classé dans aucun. Ainsi Goethe n'est ni un poète lyrique ni un poète épique, dramatique ou di-