‹ PoésiesChapitre 3 sur 225 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

puis m'exprimer ainsi. Le poëte a son sujet, ses figures dont il sent les actes et les passions se mouvoir dans les profondeurs de son être, mais si vaguement qu'il ignore lui-même commentil fera pour les produire au jour; dans son incertitude, il avise alors un moyen nouveau qui consiste à mêler ensemble tous les éléments; lyrisme, épopée, drame, il dispose à son gré, et selon le caprice de son imagination, des trois formes fondamentales de la poésie; souvent même, le refrain, ramené avec art au bout de chaque strophe, tout en introduisant dans le vers ce nombre caractéristique, ce rhytbme musical que Beethoven admire, vient donner à l'expression de la pensée un tour original de plus. Entre les ballades de Goethe où règne cette couleur mystérieuse, nous indiquerons la troisième pièce du second livre de ce recueil, pièce de facture serrée, véritable chef-d'œuvre de concision, de rhythme, je dirais presque d'enchevêtrement lyrique, mais qui, par les qualités mêmes qu'il a dans l'original, paraîtrait, au lecteur français, obscur peut-être et trop laconique, si nous ne prenions soin d'en donner une soVte d'analyse préliminaire, et d'indiquer ici, strophe par strophe, la marche de l'action.

Deux enfants au fond d'un antique manoir féodal, environné de bois et de forêts, profitent d'un moment où leur père est à la chasse au loup, et leur mère en son oratoire à prier Dieu , pour introduire un vieux barde dans une des salles solitaires du château.

Le vieux barde se met alors à leur chanter sa complainte historique : un Comte, au moment où les en-

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nemis iuves tissent sa forteresse, enterre ses trésors, et s'enfuit emportant dans les plis de son manteau une fille encore en bas âge.

L'illustre vieillard court le monde sous l'apparence d'un pauvre barde réduit à mendier son pain. Cependant reniant croit , précieux fardeau.

A mesure que les ans s'écoulent, le manteau se décolore et s'use; la jeune fille toutefois est devenue grande et belle, et n'a plus que faire d'un pareil abri.

Passe un chevalier de race princière; au lieu de jeter son aumône dans cette main royale, le noble jeune homme l'étreint avec amour et la demande au père, qui consent à la lui donner.

La jeune fille alors se sépare à regret de son père; lui cependant s'éloigne, et, solitaire, poursuit sa route errante à travers le monde. — De ce moment le barde change de rôle; le vieux Comte c'est lui, lui-même; il parle désormais à la première personne en son propre nom. 11 bénit les enf nts, et dès lors on devine non-seulement qu'il est ce Comte dont parle la complainte, mais que les enfants sont ses neveux, que la princesse est sa fille, et le chasseur princier son gendre. Le dénouement se présente d'abord sous les couleurs les plus riantes. Mais bientôt la scène se rembrunit. Rentre le père, orgueilleux, superbe, emporté; furieux de voir qu'un mendiant s'est introduit dans sa maison, il ordonne qu'on le jette aux oubliettes; les enfants sont effrayés, la mère accourt et supplie.

Cependant les gardes n'osent approcher du vieillard, tant l'auguste dignité de cet homme leur impose. La mère et les enfants redoublent de prières, le prince

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