‹ PoésiesChapitre 7 sur 225 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

lagé de toute idée mesquine, délivré de toute fausse aspiration, et à la place du désir qui m'entraînait vers le pays des arts, je sentis le désir de l'art même. J'en avais acquis pleine et entière conscience, et désormais je souhaitai d'y pénétrer à fond. L'étude de l'art, comme l'étude des anciens écrivains, nous donne une certaine consistance, un apaisement de nous-mêmes; tout en remplissant notre être de sujets puissants, de grandes idées, en se rendant maîtresse de tous les désirs qui tendaient au dehors, elle couve en secret dans notre sein chaque aspiration digne. Le besoin de communication devient de joui- en jour moins absolu; et ce qui arrive aux peintres, aux statuaires, aux architectes, arrive au dilettante studieux : il travaille dans la solitude pour des jouissances qu'il serait à peine en état de partager avec les autres. — Cependant, à cette même époque un autre dérivatif devait me rendre encore plus étranger au monde; je veux parler d'une vocation décidée vers la nature, vers qui mon propre élan m'entraînait de la façon la plus individuelle. Ici je ne trouvais ni maître ni compagnon, et force m'était bien de payer en tout de ma personne. Dans la solitude des bois et des jardins, dans l'obscurité de ces appartements sombres, je fusse demeuré complète* ment isole, si d'heureuses relations domestiques ri étaient tenues me raviver amoureusement àcette singulière époque Les Élégies romaines et les Épigrammes vénitiennes tombent en ce temps-la. »

Cette phase de la vie de Goethe est d'autant plus eurieuse à étudier, qu'un jet libre et spontané, autre part diftiril<j a surprendre, s'y déclare ouvertement

Page 1