‹ PoésiesChapitre 8 sur 225 · INTRODUCTION. XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XVII

Cette fois le poëte est grand, il est beau ; vous sentez dans sa poitrine, comme dans un creuset plein d'or en fusion, une plantureuse abondance capable de créer sans efforts. Goethe me représente ici le véritable artiste, celui-là chez lequel l'objet perçu, la chose sentie, trouve immédiatement son expression la plus lucide, la plus nette, sans avoir traversé la réflexion. Il tourne le dos de parti pris à toute espèce de didactique; désormais le lied allemand ne flottera plus dans les nuages, la poésie lyrique sera rappelée de la sphère des étoiles et du royaume des airs sur le sol antique et ferme de la terre. Goethe vous raconte ici tout simplement ce qu'il éprouve; sa sensation n'a que faire de la réflexion pour se traduire, il vous la donne telle quelle! pittoresque, variée, vivante surtout. La vie circule chaude et rapide dans ses poésies, comme le sang sous la peau de cette belle fille romaine de vingt ans, dont l'œil enllamme ses désirs. S'il me fallait montrer un contraste de plus entre Goethe et Schiller, je comparerais les Élégies romaines et les Épigrammes vénitiennes aux pastorales idéales que l'auteur de la Cloche écrivait à cette même époque; j'opposerais le plan d' Hercule et Hébé à cette admirable idylle d'Alexis et Dora, où l'antique et le moderne se fondent en un si harmonieux accord, qu'on dirait Tliéocrite complété par Goethe. En effet, lors même qu'il pénètre le plus avant dans l'esprit antique, Goethe ne dépouille jamais son caractère moderne, son individualité allemande; pour imiter Ovide ou Bion, Martial ou Tliéocrite, il n'ira pas se faire, comme André Chcnier, j^une consul à Home ou pasteur sur les montagnes (\r

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