‹ PoésiesChapitre 87 sur 225 · LE VOYAGE NUPTIAL DU CHEVALIER CURT · texte numérisé non relu

LE VOYAGE NUPTIAL DU CHEVALIER CURT

Plein d'une joie de fiancé, le vaillant chevalier Curt s'elance sur son cheval, sur son beau cheval qui doit l'emporter à la noce, au château de sa noble dame; or, voilà qu'au milieu des rochers déserts soudain lui apparaît un rival menaçant. Sans vaines paroles, sans délai, ils se précipitent l'un sur l'autre.

Le combat longtemps flotte incertain ; enfin Curt triomphe, quitte la place en vainqueur et tout meurtri. Mais qu'aperçoit-il tout à coup derrière le feuillage tremblant du bois ! Une belle fille se glisse à travers le taillis, son petit nourrisson au bras.

Elle lui fait signe de venir à elle : « Mon beau seigneur, pas si vite ! ne vous sentez-vous rien pour votre mie, rien pour votre enfant? » Une douce flamme embrase le chevalier, si douce qu'il ne veut plus partir, et la gentille nourrice lui semble aussi charmante que jadis il trouva la jeune vierge.

Cependant il entend sonner les cors de ses serviteurs,

i Vergiss meiii nicbl :

le souvenir alors lui revient de sa noble fiancée; sa route passe à travers foire et marché, et il s'arrête pour choisir maint gage d'amour; mais, hélas! des juifs accourent, et lui montrent de vieilles reconnaissances de dettes.

Voilà la justice qui s'empare du beau chevalier. Oh ! damnée histoire! carrière héroïque en vérité! faut-il donc que je m'y résigne? L'embarras est grand : rivaux, femmes, dettes; ah! point de chevalier qui puisse y échapper.

Page 1