‹ PoésiesChapitre 88 sur 225 · CHANT NUPTIAL · texte numérisé non relu

CHANT NUPTIAL

Chantons et célébrons le vieux comte qui demeura dans ce château, où vous festoyez son neveu, qui se marie aujourd'hui. Donc, celui-là s'était illustré par mainte victoire dans la guerre sainte, et lorsque, de retour chez lui, il descendit de son cheval, il retrouva bien son château là-haut, mais serviteurs et trésors avaient disparu.

Te voilà, petit comte, te voilà rendu; ton logis est en mauvais état ! les vents entrent par la fenêtre, et courent dans toutes les chambres. Que faire en cette nuit d'automne ? J'en ai passé mainte autre plus mauvaise ; le matin a tout réparé. Vite donc, au clair de la lune ! vite donc , au lit dans la paille !

Et comme il succombait à un prompt sommeil, quelque chose remue sous le lit. Le rat trotte tant qu'il peut 1 au moins s'il trouvait quelque bribe à grignoter ! Mais voyez ! tout à coup se montre un petit homme, un nain si gentil, avec sa lampe, ses gestes et son importance d'orateur! il se tient au pied du lit du comte fatigué, qui, s'il ne dort pas, pourrait bien dormir.

— Nous nous sommes permis là-haut de nous divertir depuis que tu as quitté le château; et comme nous te pensions bien loin, nous avons entrepris de nous en don-

ner a cœur joie. Et si tu le permets, si tu ne t'en effraies, nous allons banqueter librement en l'honneur d'une riche et jolie fîaneée. — Et le comte, dans le bien-être du songe : Allez toujours et disposez des appartements !

Alors s'avancent à cheval trois cavaliers qui s'étaient tenus sous le lit; puis, avec chansons et musique, Ment un chœur de grotesques petites figures ; et char sur char avec tout appareil, que c'est à en perdre et l'ouïe et la vue, comme cela se passe seulement dans les châteaux des rois; enfin, dans un équipage doré, la fiancée et les convives.

Voilà maintenant que tout court au galop, et cherche une place dans la salle ; pour tourner et valser en joyeuse ronde, chacun se choisit une belle. Cela siffle, violonne, et tinte et vibre, et tournoie et glisse, et chuchote et tourbillonne, étincelle, pétille et bourdonne. Le petit comte regarde autour de lui, il lui semble qu'il a la fièvre.

Ça trépigne et tapote dans la salle, du haut des bancs, des chaises et des tables ; chacun prétend, au gala somptueux, se rafraîchir auprès de sa maîtresse; ils portent saucisses et jambons si petits, et rôts et poissons et volailles. Les vins exquis circulent sans relâche. Cela tempête et babille longtemps encore, puis à la fin disparaît en chantant.

Et s'il faut dire ce qu'il advint de plus, que le bruit et le vacarme cesse; car ce qu'il vit si charmant en petit, il l'éprouva en grand. Trompettes, chansons et fanfares, équipages et cavaliers et cortèges de noces, ils s'avancent et se montrent, et s'inclinent tous. Heureuses gens , innombrables ! Ainsi il en fut, ainsi il en est encore aujourd'hui.

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