LE QUATRAIN
Celte petite pièce de vers , la plus courte après le distique, tire son nom des quatre vers dont elle se compose , et dont les rimes et la mesure se combinent a volonté'. Pibrac s'était fait , au seizième siècle, une sorte de re'putalion dans ce genre. Ou a oublié ses quatrains, et malheureusement pour sa mémoire, on se souvient qu'il fut l'apologiste de la Saint-Barthélémy.
Cet impromptu a mademoiselle de Charolais, peinte en habit de cordelier, est un des plus jolis quatrains de Volîaire:
Frère ange de Charokis , Dis-nous par quelle aventure Le cordon de saint François Sert à Vénus de ceinture ?
Voltaire a semé ses poe'sies légères de quatrains charmants, où Ton reconnaît toujom'S les étincelles de son génie.
Je puis citer sans choisir ,
A mademoiselle de Guise.
Vous possédez fort inutilement
Esprit, beauté, grâce, vertu, franchise :
Qu'y manque-t-il ? quelqu'un qui vous le dise ,
Et quelque ami dont on en dise autant.
Au bas du portrait de Leibnitz.
Il fut dans l'univers connu par ses ouvrages , Et dans son pays même il se fît respecter ; Il éclaira les rois , il instruisit les sages ; Plus sage qu'eux , il sut douter.
Précepte.
Répandez vos bienfaits avec munificence , Même aux moins vertueux ne les refusez pas; Ne vous informez point de leur reconnaissance , Il est grand, il est beau de faire des ingrats.
Ce dernier quatrain , où se trouve exprimée en si beaux vers une pensée divine, me conduit a parler des quatrains moraux. Dans un petit ouvrage intitulé la Morale de L'enfance, et que je ne balance pas a indiquer comme le livre le plus utile qui ait jamais été écrit , puisqu'il a
Si ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE.
pour objet et pour résultat de former des hommes, un noble pair de France , M. de !Morel- Yinde' , a misa la portée des enfants un cours complet de morale pratique qu'il résume admirablement dans les quatrains suivants, inspirés par ce dernier vers du quatrain qui les précède:
Qui remplit ses devoirs augmente ses plaisirs*
Des devoirs , mes enfauts ! ce mot peut vous déplaire ; Mais sachez qu'ici-has tout le monde a les siens : Les vôtres sont d'aimer , d'obéir , de bien faire; Yous guider , vous instruire ^ enfants, voilà les miens.
L'homme doit à son Dieu , car il est son ouvrage ; Il doit à ses parents qui le rendent heureux ; Il doit à ses pareils , s'il veut vivre avec eux ; Tel est de nos devoirs le nombre et le partage.
Je n'ai pas besoin de faire observer' que la clarté, la simplicité, le défaut d'inversions et de métaphores qu'on peut remarquer dans ce recueil de cinq cents quatrains destinés à Penfance, en font , sous le rapport du style , le principal mérite.