‹ Poésies légèresChapitre 66 sur 132 · L'AMOUR EN APPRENTISSAGE · texte numérisé non relu

L'AMOUR EN APPRENTISSAGE

VAUDEVILLE

Air : Bien rarement on voit ensemble.

De Vénus bravant les menaces, L'Amour , enfin devenu grand , S'avisait d'en conter aux Grâces En dépit des liens du sang :

Minerve conseille à sa mère , Afin d'éviter un éclat , De lui faire prendre un état , Et de le banoir de Cythère.

Il tenait beaucoup de son père;

Comme lui brave et libertin ,

On crut que dans le militaire.

Il pourrait faire son chemin.

Dans son métier Mars veut l'instruire.

Tous deux marchent au champ d'honneur :

Mais par une contraire ardeur

L'un veut créer, l'autre détruire.

Du triste métier de la guerre ; Un des fléaux du genre humain , L'Amour n'avait qu'un pas à faire , Il est devenu médecin ; Mais pour certaines maladies On l'aurait voulu moins savant ; A ses malades, bien souvent , Au lieu d'une , il rendait deux vies.

L'Amour pour faire le négoce S'associe avec le Désir , Et follement prête à la grosse Ses fonds au prodigue Plaisir.

Le débiteur dans sa déroute

Ne tarda pas à Terabarquer ; Quand le Plaisir viut à manquer , Le pauvre Amour fit banqueroute.

Connu de tout temps pour faussaire , Fripon et surtout chicaneur, Il voulut se {aire notaire ; Passe encore pourprocureur :

Dans ses actes , contre l'usage , Du mystère il faisait grand cas , Aussi ne lemployait-on pas Pour les contrats de mariage.

Las de la robe , il se déguise , Compose son ton, son maintien :

Sous rhabit d'un bomrae d'église Il va jouer Phomme de bieu.

Sur frère Amour chacun se fonde Pour gagner le ciel tristement :

Et le fait est que très-gairaent Saint Cupidon damnait son monde.

Il quitte le saint ministère, De moine se fait lahoiireur :

Il vaut mieux féconder la terre Que de la tromper sans pudeur.

Il réforma l'agriculture Eu attachant dans ses travaux A la récolte tous les maux, Tous les plaisirs à la culture.

Lui qui n"a dans toute sa vie Connu que Theure du berger, Prit un beau jour en fantaisie De s'établir maître horloger ; Le temps quand l'Amour le suppute N'a plus de règles , plus de lois ; D'une minute il fait un mois , D'un mois refait une minute.

POÉSIES LÉGÈRES. l')^

Bientôt après il eut envie D'exercer un douille métier , D'être par la même industrie Et cordonnier et chapelier ; De sou procédé la bonue ame Sur tirer un si bon parti, Qu'il coiffait toujours le mari Chaque fois qu'il chaussait la femme.

Dans l'espoir de forger des chaînes A notre pauvre genre huuiain , Il exerça quelques semaines I/a profession de Yulcain : Des serrures qu'Hymen achète Il vendait les clefs aux époux , Et glissait les passe-partout Gratis aux amants en cachette.

Entraîné par ses goûts volages , Notre jeune et charmant vaurien Commença vingt apprentissages , Et ne put se fixer à rien :

Ma foi , Minerve aura beau faire , En lui même dit-il un jour , Je reprends mon métier d'amour, Et vais l'exercer à Cythère.

Il part et revient chez sa mère ; Il est sans état , sans métier ; Vénus lui demande en colère , A quoi peub»on vous employer ?

Maman , dit-il , tu m'embarrasses....

Mes sœurs , répondez sans détour....

Et la réponse de l'Amour Se lisait sur le front des Grâces.

iy± POÉSIES LÉGÈRES.

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