‹ Poésies légèresChapitre 9 sur 132 · LA VIVANDIÈRE · texte numérisé non relu

LA VIVANDIÈRE

Vivandière du régiment ,

C'est Catin qu'on me nomme ;

Je vends , je donne et bois gaiement Mon vin et mon rogorae;

J'ai le pied leste et l'œil mutin, Tin tin , tin tin , tin tin, r'iin tin tin;

J'ai le pied leste et l'œil mutin , Soldats, voilà Catin.

Je fus chère à tous nos héros ,

Hélas, combien j'en pleure!

Aussi, soldats et généraux

Me comblaient à toute heure D'amour , de gloire et de butin , Tin tin , tin tin, tin tiu , r'iin tin tin ; D'amour , de gloire et de butin.

Soldats, voilà Catin.

J'ai pris part à tous vos exploits

En vous versant à boire; Songez combien j'ai fait de fois

Rafraîchir la victoire.

Ça grossissait son bulletin , Tiu tin , tin lin, tin tin , r'iin tin tiu j Ça grossissait son bulletin ,

Soldats , voilà Catin.

Depuis les Alpes je vous sers;

Je me mis jeune en roule :

A quatorze ans dans les déserts

Je vous portais la goutte. * Puis j'entrai dans Vienne un matin.

Tin tin , tin tin , tin tin , r'iin tin tiu ;

Puis j'entrai dans Tienne un matin, Soldats , voilà Catin.

De mon commerce et des amours C'était le temps prospère.

A Rome je passai huit jours , Et de notre saint Père

Je débauchai le sacristain , Tin tin , tin tin , tin tin , r'iin tin tin ;

Je débauchai le sacristain , Soldats , voilà Catin.

J'ai fait plus que maint duc et pair Pour mon pays que j'aime.

A Madrid si j'ai vendu cher , Et cher à Moscou même ,

Pai donné gratis à Pantin , Tin tin , tin tin , tin tin , rlin tin tin ;

J'ai donné gratis à Pantin , Soldats, voilà Catin.

Quand au nombre il fallut céder

La victoire infidèle.

Que n'avais-je pour vous guider

Ce qu'avait la Pucclle ?

L'Anglais aurait fui sans butin , Tin tin , tin tin, tin tin, r'iin tin tin; L'Anglais aurait fui sans butin,

Soldats, voilà Catin.

Si je vois de nos vieux guerriers Pâlis par la souffrance ,

Qui n'ont plus, malgré leurs lauriers, De quoi boire à la France ,

Je refleuris encor leur teint , Tin tin , tin tin , tin tin , r'iin tin tin ;

Je refleuris encor leur teint, Soldats, voilà Catin.

Mais nos ennemis gorgés d'or

Paieront encore à boire ; Oui , pour vous doit briller encor

Le jour de la victoire. J'en serai le réveil matin , Tin tin , tin tin , tin tin , r'iin tin tin 5 J'en serai le réveil matin ,

Soldats, voilà Catin.

Trente années de victoires, souvenirs, regrets, sensibilité' 5 gaieté', grâce, et philosophie, tout se trouvait dans ce petit poème populaire dont une vivandière est l'he'roïne.

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