‹ Poésies légèresChapitre 84 sur 132 · A SOPHIE · texte numérisé non relu

A SOPHIE

Du fond de la retraite obscure Où j'ensevelis ma douleur , Où je puis braver la fureur , lia trahisou , et Fimposlure ; Oii , seul avec mes souvenirs , Mon amour et mon innocence , Je sacrifie à l'espérance , Toujours prodigue de plaisirs j O ma chère et tendre Sophie!

Objet du plus ardent amour , Du sein de cet affreux séjour C^est loi qui me rends à la vie.

Aigri , froissé par la douleur , En proie aux coups de l'injustice , Suspendu sur un précipice Dont je crains moins la profondeur Que je n'aljhorre l'artifice Qui sut le creuser sous mes pas, J'arrête sur loi ma pensée ; Et soudain mon ame , lassée Par de tumultueux combats.

Renaît, échappe à la tristesse , Et dans une paisible ivresse , Se repose sur tes appas.

Tel est le charme inexprimable Dont m'entoure ton souvenir , Qu'au sein du présent qui m'accable , Du pa.'-'sé qui me fait frémir , D'uu bonheur pur , inaltérable Je compose mou avtniir.

2o8 rOÉSIES LÉGÈRES.

Adorateur de ma patrie ,

De ses droits ardent défenseur ,

J^ai dès loug-temps brigué Thouaeur

De lui sacrifier ma vie :

Mais l'envie, liélas î est partout,

Aux champs de Mars , à la tribune ;

De la gloire qui l'importune

Son souffle à la fin vient à bout

De souiller la brillante image ;

A mes ennemis , à leur rage

Je puis opposer ton suflVage >

Je suis aimé, je sais mouriF.

Tel est désormais mon partage }

Je suis digne de le remplir.

Oui, ma jeune et sensible amie.

Je saurai porter mes revers ;

Et sans occuper l'univers

De ma fugitive existence ,

Fort de ma cause et de ton cœur ,

Sûr de l'amour et de Tbonueur ,

Avec une mâle assurance

Je puis braver les échafauds ;

Mais espérons des jours plus beaux.

En vain la crainte le rejette,

Je souris au pressentiment

Qui me transporte à ce moment

Où dans une douce retraite.

Obscurs et simples citoyens,

Nous mettrons à profit les biens

Que donue la seule nature.

Au sein de cette source pure

Que n'empoisonnèrent jamais

Ni les remords, ni les regrets,

Isi les complots , ni l'imposture j

C'est là que , d'un monde trompeur

Soigneux d'éviter la présence,

Exempt des maux de l'indigence

Qui vit d'opprobre et de douleur,

Libre des soins de l'opulence

Qui trop souvent sèchent le cœur,

Dans une honnête et douce aisance,

Point envieux , point envié ,

Je coulerai dans le silence

Des jours comptés par l'innocence,

Entre l'amour et l'amitié.

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