‹ PoésiesChapitre 44 sur 107 · LIVRE IL i · texte numérisé non relu

LIVRE IL i

Quelquefms , riant et paisible Ou croit qu'elle a quitte mou cœur »

Lorsqu'un soupir profond , pénible , De mes amis m'apprend l'erreur I

L'image de celle que j'aime Suit tout œ que mon être fait ; Elle est au dedans de moi même Comme au dehors en chaque objet.

Je vis chaque place avec elle Ou bien rêvant k mon amour »

Ainsi toujours tout me rappelle Et l'une et l'autre tour k tour.

II,*IBSSSi«

, . » . Qttid terras atio caienies Sole nuUamus ? pairia quiê exul Se quoque/ugii . , . •

Hoiu

Jr our mon cœur isolé nul pays n'a de charmes , L'aspect des plus beaux lieux renouvelé mes larmes I En vain j'entrevois les plaisirs En est-il quand l'ame est blessée?

D'amers regrets , de longs soupirs , Troublent sans cesse ma pensée.

Le printems a perdu sa grâce et sa fraîcheur , L'été n'a plus pour moi de beaux jours ni d'ombrage , L'automne de sts fruits a perdu la saveur , Et le ciel le plus pur garde encore un nuage I Tel un corps affaibli par un venin rongeur De ses sens altérés méconnaît l'imposture :

L'absence est un poison pour l'ame la plus pure » Qui répand en tous lieux la tristesse et l'erreur. Loin des siens » loin de sa patrie Se tratner et toujours souffiir ; Ce n'est point être encore en vie C'est en deux parts toujours mourir t

.UVBE n. iM

Blesse dans les objets de ma ioste tendresse Je traîne mes ennuis et soupire sans cesse.

Distrait en ma.longtiti douleur , Me croyant près de ma famille , Je pense voir , et sur nioti ooeur »

Presser tt mon fils et ma fille.

Je frissonne soudain à l'aspect enchanteur D'un joli nourrisson dont la grâce l^re Les membres délicats • le souris du bonheur » D'orgueil et de plabir troublent sa jeune mère 1 Près de là si je trouve on svelte adolescent » Dont le tendre parler exprime l'innocence , Que son père amoureux instruit k la science A travers la forêt où lé prë florissant ; Comme mon cœur aloi*s envie tJn bonheur qui n'est plus le sien I Je m'arrête , pleure et m'écrie :

Que cet enfant ressemble au mien I

Mais que Pabsenee eneor rue semble insupportable Privé des 'tendres soins d'un ami véritable I * Si loin des lieux que je chéris , Rien n'adoucit ma peine amère Pour tout plaisir les noirs soucis , Je semble de trop siu* la terre I Je vais en vain tout seul sous l'ombrage des bois Interroger Homère , Horace » ou bien Virgile t Je ne leur trouve plus le charme d'autrefois.

i:^4 POÉSIES.

U semble qu'en ce jour ils oui changi^ de stjle» Le ciel élale en vain ses ëclatans bienfaits , En vain la fleur sourit à la verte prairie ; Rien n'émeut plus mon cœur et loin de ma patrie Quand tout est au plaisir » je suis tout aux regrets I Le passant qui d'abord m'écoute S'arrête et plaint mon soit aSreux »

Puis il dit en suivant sa ronte :

Passons , ce n'est qu'un malheureux.

Fuyez donc loin de moi » Uoodes adolescentes , Aux doux appas naissans , aux tresses odorantes ; Dont le port fier et gracieux »

Le contours » la taille élancée »

Sitôt se dérobent aux yeux , Si long lems gardent la pensée I Ah t quoique vos beautés soyent à d'autres attraits Ce qu'une froide image est à l'objet lui même , Je me sens défaillir sous le poids des regrets , J'éprouve en vous voyant une douleur extrême t Courrez jeunes époux , sous ce bois ténâ)reux » Faire éclater l'ardeur que vous domptez à peine , Les soupirs du bonheur redoubleraient ma peine ; Cachez-moi les désirs ^ui brillent dans vos yeux I Mais craignez l'absence pénible 1 C' est le supplice d'un amant ; C'est l'enfer d'une ame sensible , C'est au cœur un tison bràlant.

ibi auiVQVsk»

Hic dieSf vere mihifestus, atnu Exùnei curas»

Ho».

Un cri joyeux et solennel Annonce enfin ma délivrance 1 Je ne sens plus le p<»ds cruel D'une longue et pénible absence f L'horiz<Hi naguère obscurci , Soudainement s'est ëclairci , En dévoilant les mers profondes ; Je brave l'immense contour »

J'entends le signal du retour , Je vais franchir les vastes ondes I

Tel qu'on voit de la froide nuit L'astre du jour vainqueur superbe-^ Laucer sur Tombre qu'il poursuit De ses feux l'éclatante gerbe ; Tel , bouillant d'une vive ardeur^

Ji36 POÉSIES.

Mon cœur palpite de bonheur^ Au doux aspect de ma patrie ; Sa vue a soudain e&cë , Du départ le tourment passe ; Tout rit à mon ame attendiie 1

Tel encore un couvalescent « Après une longue souffiance , Tendi'e, joyeux , reconnaissant»

Qiérit sa nouvelle existence ; Il ne sait plus que l'âpre mort Tantôt y prête à combler son sort.

Près de son lit s'ëtait posée , Et 9 levant ^^ bras udieux , Déjà présentait à %t» yeux > Sa faulx fraîchement aiguisée 1

Je touche enfin de mon berceau Le riant et modeste asyle :

Quel peuple et <{uel mouvant taUeau , Sur le bord naguèi'es tranquille 1 . . • • O ma mère , 6 ma bonne sœur , Vos caresses rouvrent mon cœur Aux doux plaisirs de mon enfance ; De l'innocence et de la paix »

Je sens la joie et les bieniaits S'emparer de mon existence l

UVRE n. t37

Quel est ce vif empressement Qui donc vers moi court et s'âanoe ?

C'est toi , l'ami tendre et omstant »

Le compagnon de mon en&noe I Reste sur mon sein agite Toi , dont je n'ai jamais quitte La pens^ en mon long voyage :

Vois-tu ces bords toujours vainqueurs Des ans et des flots destructeurs? • • • • De mon amitié c'est l'image 1

Tout fuit 9 meurt ou revient un jour t Devant la nature constante ; Tout est ou départ ou retour Sur la sphire toujours mouvante.

Le jour , qui s'éteint dans la nuit , Revient sur l'ombre qu'il poursuit Etaler sa clarté féconde ; Et tour k tour chaque saison Sur notre inmiobilé horison Fait apparaître un nouveau m<mde I

Us ne sont plus nos vieux ormeaux ; Vois comme la plane est cbangée 1 Là mime des tilleuls nouveaux Etendent leur fraîche rangée I Combien j'éprouve de regrets ,

i38 POÉSIES.

Çn songeant à l'ombrage épais  nos premiers ans fayoràbles I Ami » comme rapidement Tout croule et change incessamment f Tont .... hors Pamitië vénlaUe.

Quel est encoi-e aux mêmes lieux Ce froid aspect r cette diture , Où jadis sous l'azur des .deux « Nous foulions la tendre verdure ?

Ce sont les tombeaux réserves A ces longs faubourgs Aeyés , Nouvellement en mon absence :

Ainsi toujours la vie en vain Geime et croit . • • • le trépas soadaiik Suit et trompe sa diligence 1

L'on voit partout incessamment Avec la mort » lutter la vie ; Quand l'une apparaît un instant Bientôt accourt son ennemie I . • • .

Non loin de ces tristes cyprès »

Pourquoi de superbes palais Du ciel cachent-ils la lumière ?

En vain pour embellir nos jours Nous commençons de hautes tours Nous n'achevons qu'un cimetière 1

LIYltE IL i39

La terre tremUe êoaê nos pas i D'où vient cette joie éclatante I C'est la jeunesse t des combats Retournant enfin triomphante i Les parens et les tendbres sœurs Gaiment ramènent des vain^enrs La troupe joyeuse et gnerriire I Mais l'un pleure un fils immolé , L'autre voit le sien mutilé ; Peu go&tent une jme entière I

Moins malheureux k mon retour le retrouve dans ma patrie.

Les vertus , Tamltié , l'amour Avec la paix de compagnie I Mille horizons long-tems en vain M'éprouvèrent au bord lointain Par la plus horrible souffiance ; La bonté du juge étemel , Enfin dans ce jour solennel »

Trop dignement me récompense i

Mais k son port , son embarras Mes yeux ont reconnu Marie ; Que d'éloquence I ^e d'appas I Dans sa rougeur » sa rêverie 1 Quel présage doux et flatteur I

>4o POÉSIES.

Près d'elle noire htm paateur Elève une main fortunée I Encore on jour et sa candeur Ne rougira ^e de bonheur Sous le flambeau de Hiymënëe.

Marie , ahl vcâ» ces heureux diamps^ Ces frais bosçpiets de la vallée ; C'est là qu'auprè» de nos piurens Nos jeux chaimaiâat leur assemblée.

Vois encore non loin du bord Ce roc dont le facile abord Nous offrit sa trompeuse amorce y Noyés et meurtris à la fois , Nous périssions «... quand à ta voix Je repris l'espoir et la force.

J'ai vu les célèbres beautés De cette région lointaine 1 Leurs grâces » leurs tradts enchantés^ Charmaient une foule mondaine :

Les cœurs transportés » amoureux , Exaltant des attraits pompeux »

Brûlaient d'amour avec furie ^ Et moi , surpris de cet effist , Seul je me disais en secret :

Ils ne connaissent point Marie!

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