LIVRE III
Aux regards du public dérobant son malheur Vient , sans doute , chercher Tappuî de Monseigneur. Il entr'ouvre , à ces mots , sous la molle tenture » Une porte secrète , et qui de sa nature N'est ouverte jamais qu'aux poches féminins £t les plus délicats et les plus clandestins. Cet ëtroit éscallei* , conduisant à la rue »
Au portier , des pëchem*s dérobe la venue.
C'est par Ik qu'apparut » et l'on ne sait comment , La belle perruquière affligée » et pleurant.
Ses humides regards disent toute sa plainte , Autant que le refus le succès est sa crainte : Tout l'annonce du moins , car son chaste embarras Contraste avec la grâce et l'ardeur de ses pas. Cet aspect imprëvu surprend sa re'vA-encc , Qui d'un air fort ému devant elle s'avance.
— Ma fille , qu'avez-vous ? quel grand e've'nement Me procure le bien de vous voir maintenant ?
Essuyez'donc vos pleurs. — Je demande une grâce.
— Avant de l'explîquer près de moi prenez place.
— Sachez que mon mari des chantres prisonnier .... — - Calmez-vous , mais d'abord commençons par souper. «— Hélas ! quand mon mai*i , ce liéros de la ville ,
ce Souffre et gémit au loin pourrais-je être tranquille ? ce Si vous ne savez pas , seigneur , quel fut Lamour , ce LL n'est point oublié des peuples d'alentour. ce Le terrible fouet que ment sa main habile ce Est encor la terreur des enfaus de noti'e ile ^
9/iS POÉSIES.
ce El son bàtou noueux , aux deux bouts aprété
« Des bretteurs les plus fiers est toujours redouté.
— Ma fille je sais trop quelle haute vaillance
A rendu votre époux fameux dans notre France ;
Et si je n'avais su la force de son bras
Je l'aurais dans ce jour appris par ses combats.
Il fut fait prisonnier par son trop de courage
Qui dans les grands périls imprudemment l'engage ,
Ce matin il ent seul l'honneur de ce grand jour y
Dix chanoines tombaient sous les bras de Lamom'
Quand au haut du perron , mais ignorant sa gloire ,
Ma dexti'e redoutée a fixé la victoire.
Gilotin , à ces mots , s'avance pesamment
Il interrompt son maître et lui dit gravement :
N'oubliez pas , Seigneur^ la nuit épouvantable
Ou le peuple , animé d'une ardeur condamnable ,
Dans l'hôtel de la ville , à dessein allumé ,
Voyait déjh périr plus d'un homme enfermé ;
Lamour » le seul Lamour , perce la populace ,
A travers le feu même il sait se faire place ,
Et malgré la frayeur » les flammes et les cris »
Il sauve de la mort plusieurs de ses amis.
U a dit : la belle Anne a pris place à la table.
Monseigneur lui sourit , et d'un air charitable
La console et l'oblige à vaincre sa douleur :
Que ne peut d'un prélat la sainte et vive ardeui* I
Les vaincus cependant retournent vers l'église
Leur troupe de sa crainte est promptement remise
LIVKE IIL aa9
Grâces an vîn de Beaune , au vin de Chambertîn » Que leur chef vigilant leur verse de sa main. Girard prend la parole et s'etprîme en ces termes : ce Veillons , braves amis , buvons et soyons fermes ; a L'ennemi qui nous croit disperses sans retour te Pense nous attaquer en l'absence du jour : ce 11 voudrait , profitant de sa faible victoire » ce Replacer le pupitre et relever sa gloire ; ce Mais pour l'en empêcher n'avons nous pas nos bras? ce Ne craignons plus la foule et des livres en tas. ce Alerte , mes amis , dëjà je crois l'entendre .... ce Ah 1 ne nous laissons plus ni bënir , ni surprendre. A peine il a parle l'on entend vers le chœur S'avancer lentement une sourde rumeur.
Des soldats du Prëlat , une troupe choisie , Marchant à petits pas vient vers la sacristie. Brontin est à sa tète » et Boisrude le suit Une lampe k la main qui faiblement reluit.
Us couvrent avec soin et cachent à la vue Un pupitre nouveau qu'une main inconnue Pour servir le Prflat prépara lestement , Qu'on soulève avec peine et porte gravement.
Telle aux remparts troyens s'avançait triomphante Du transfuge Sinon la machine mouvante.
Soudain un cri de guerre auprès d'eux retentit ; Le temple s^en ëmeut , la lumière en pâlit.
La troupe du Prélat est d'abord étonnée , Mais la voix de Brontin l'eût bient6t ranimée.
a3o POÉSIES.
ce Compagnons , leur dit-il , songez k vos exploits »
ce Le vertueux Prdiat , dout vous suivez les lois ,
ce Vous prodigue ses soins , et prépare en silence
ce Le succès de la guerre et votre récompense.
ce Tandis que sa grandeur prie et veille pour nous
ce Quand vous touchez au but , vous arrêterez- vous ?
ce De notre chef ^ amis , sachons nous rendre dignes ',
ce Autant que sa rigueur ses vertus sont insignes.
ce Quand après le combat nous prenions du repos ,
ce Sans manger , il est vrai , mai» enfin sans travaux ,
ce Lui seul dans sa chapelle et couvert du cilice ,
ce Prosteimé devant Dieu nous le rendait propice :
ce £t nous mauvais chrétiens et soldats sans vigueur ,
ce Quand nous touchons au but nous manqueiîons de cœur?
ce En avant , mes amis » c'est l'instant de la gloii*e ;
ce Elevons le Lutrin , saisissons la victoire. »
Animés par ces mots d'une nouvelle ardeur ,
Ils veulent assaillir Tennemi dans le chcBur ;
Quand Sidrac doucement lem* parle de la sorte :
ce Amis que faites -vous ? la partie est trop forte.
ce Voyez la balustrade et la grille de fer ,
ce Qui mettent nos rivaux contre vous à couvert ^
ce II faut donner l'assaut poui' obtenir l'entrée ....
ce Epargnons ce scandale à l'églige sacrée ,
ce II est pour réussir un moyen bien plus sur • . • ,
ce Cette enceinte de fer vient s'attacher au mur ,
ce Près de la porte étroite , en la grille comprise ,
« Par où le Prélat seul va du chœur à l'église