‹ PoésiesChapitre 83 sur 107 · LIVRE m. iSi · texte numérisé non relu

LIVRE m. iSi

Sa femme » & l'appaiser depuis long tems apprise » Par un hai*di reproche excite sa surprise :

« Ingrat , dit-elle , ingrat si prompt k m'outrager , ce Contre tes emiemis rien ne peut t'éclairer ; « Seras*tu donc tonjonrs la dupe et la victime « Et des traits de l'envie et des discours du crime I « Alizon disait vrai que nos jaloux voisins ce Réussiraient enfin dans lenr f&cheux desseins, a Ils veulent nous brouiller y et par leur politique tt Ravir son influence à ta vidUle boutique, ce Quel barbier dans Paris aujourdui comme toi tt Célèbre en tout quartier l'est avant sont par moi ? ce Si l'on prise ton art ^ on prise aussi cette Anne ce Qui t'aime encor hélas t quand ta voix la condamne I ce Quand je ne serai plus , par des larmes de sang

ce Tu me regretteitis mais inutilment

Ses sanglots , à ces mots 9 sa voix donce et plaintive

Modèrent d'un ^oux la colère trop vive.

Mais l'orgueil reprenant promptement son essor

S'il n'est plus si farouche il est terriUe ecor.

Que la conquetterie et la noble ^égance

En parant la beauté lui donnent de pnissance 1

La belle , pauvre ou riche» avec ou sans a jeux ,

Sait commander , régner , briller à tous les yeux.

Malgré la pauvreté de son cinqui^e étage ,

La perruqu)ère avait y quoique sans étalage,

Une pièce où brillait l'aimable propreté »

A défaut de richesse ou du luxe appr^.

a5% POÉSIES.

Anpe vers ce rMoit en pleurant se retire ,

Sàre d'j ramener promptement son empire

Par le.uîple pouvoir de la faveur dea liénx «

De l'instan^ prière et des pleurs de ses yeux.

Son jaloux » qui la suit » entre toitt en colère ,

Mais l'aspect du boudoir tout à coup le modère.

Sa bouche , noalgré lui^ d'im ton moins solennel ,

Annonce que l'arrêt ne sera plus mortel ,

Mais qu'il va délaisser une ëpouse coupable ,

Qui n'est plus d'un héros la campagne honorable.

ce Madame ajoute-t-il d'un ton fier , aigre-doux ;

ce Rendez grâce à l'amour qui me parle pour vous ;

ce £n sa seule faveur je vous laisse la vie ;

cr Mais partez , fuyez-moi, vivez dans l'infamie.

ce Ma main de votre sang ne vent point se souiller,

« Mais je ne saurais plus avec vous demeurer.

ce Adieu donc pour jamais..., à ces discours , les larmes

De la belle affligée ont inondé les duurmes.

Elle pleiire tout haut et se rit en secret

Du succès de 8e$ pleurs qui changent son arrêt.

Le mari cependant observe avec surprise

Qu'Anne de sa douleur ne semble pas remise.

Tout à coup il la voit à ses pieds se jeter.

Il la voit tout ai pleurs et l'entend sangloter.

La grâce que j'entends , dit-elle , est trop pénible

ce S'il faut que loin de toi batte un cœur trop sensible.

ce Hélas ! je le vois bien , mon époux , mon amant ,

ce Ne sait plus ce qu'il doit h mon amoor «Constant.

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n La vie est pèn pour moi quand ta bouche m'oulrage ce Au point de vouloir rompre un heureux mariage ; ce Et ponmûs^e autrement devant toi le' nommer , ce Puisque jusqu'à ce jour tu sus si ben m'aimer? ce Songe mon cher Lamour , à tout ce que ta femme ce Sacrifia pour toi. J'ai mëprisë la flamme ce Et la main de Vasseur^ le premier des marchands « Qu'à Saint Denis la foire assemble tous les ans. ce Tu n'a pas oublie que la vieiUe horlogère ce Du fauboui^ Saint Marceau , cette riche rentière , ce Me proposa son fils et n'eut que des refus , a Tu ne Pignore pas ... te dira!-je encor plus ? ce J'ai refuse pour toi le curé de Gonesse ce Qui chez-lui me voulait en qualité de Nièce. Les sanglots à ces mots arrêtent son discours £t bientftt la syncope en interrompt le cours. Cet heureux accident obtient la grâce entière. L'épouse 9 par Lamour , mise sur sa bergère , £n proie à sa faiblesse , j reste un long moment ;

Puis revient Elle trouve à ses pieds son amant

Qui gémît tout en pleurs sur son erreur funeste , Bat son firont , se désole et se répent de reste : Anne , tu méritais un plus sensible époux ,

Dit-il , et je vois , bien que mon fôcheux courroux

N'est plus rien , lui répond l'adroite perruquière Qui ne crut plus alors la feinte nécessaire , £t son époux touché , des fiers soupçons guéri , A son mal » ses raisons croit en digne mari ;

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Plus qu'elle hautement se plaint et se désole ; Se lève et dans ses bras la presse et la console, Anne en sbcret sourit , peut-être avec raison ; Elle appelle tout haut sa servante Alizon , Lui prescrit de fermer la porte et la fenêtre , De veiller au dehors a fin que de son maître On ne puisse troubler le sommeil ou repos :

La suivante est sortie en entendant ces mots .^p

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