‹ PoésiesChapitre 84 sur 107 · CHANT NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHANT NEUVIEME

ARGUMENT

Commeneemment du troisième jour. Lamour est réveillé par le bruit des succès du Prélat , il descend en colère et fait tourner la victoire du coté du chantre. Ses combats et ses succès contre Brontin , Boisrude et le Prélat. H est blessé. Anne , cette épouse tendre et craintive, prend la résolution d'aller implorer le secours de la paix qui babite chez Lamoignon , afin de mettre nn terme à la guerre et à ses craintes sur son époux. Elle part avec sa suivante Alizon , elles se rendent auprès de Lamoignon à Montreuil. Il les rassure et les renvoyé. De retour dans l'Ile du palais elles trouvent que la famine est partout.

Pendant ce tems le Prélat enfermé dans Téglise a pansé ses blessés y et retrouvé le pupitre qu'il fait rétablir sur le banc du chantre. Il fait chanter un Te Deum et couronne et festonne le Lutrin y mais lui et les siens éprouvent aussi le besoin de la faim.

Lie sexe féminin est a-éë pour régner ,

I^uisque , même en cédant, il sait nous gouverner.

Soit qu'il ordUdtuie^ ou serve , ou dirige » ou propose ,

Il est de tous nos pas ou le but ou la cause ^

Du plus frivole objet , du plus intéressant »

Il est ou le moteur ou le secret agent.

Son arme est un regard , son scepti*e une caresse »

Et l'homme injustement le méprise et l'oppresse.

Son parti » quoiqu'on fasses est toujours le plus fort;

Qui lui plaît a raison , qui lui dëplait a tort.

Dans Ibs bras de Lamour la belle pemiquière

Triomphe d'un ëpoux et même de la guerre.

Elle enchdne les bi-as de son fougueux amant ,

Et se livre aux plaisirs du raccomodement;

Cependant de leurs murs s'approche la cohorte

Des vainqueurs furibonds qu'on entend à là porte.

A ce bruit efiroyaUe ^ à ce million de cris

Qu^ccompagne , discord , un confus cliquetis ,

La timide Âlizon » tremblotante , égarée^

Va trouver sa maitresse encor tout effarée

Des veilles de la nuit , sans doute , et de sa peur.

Mais Lamour la rassure avec ce ton vainqueur :

ce Ma femme , lui dit-il , votre crainte m'outrage ,

ce Quand je suis avec vous montrez plus de courage#

Après ce peu de mots il ouvre ses volets

Et voit avec horreur les chanoines défaits ,

Et de leurs partisans la troupe mise en fuite.

Le prélat orgueilleux achevait leur poursuite

Et se trouvait au bas du logis de Lamour ,

Battant » injuriant , commandant » tour'*à-tour.

LÏVftE m. a57

Ce vainqnenr , emporta par l'^U'deur du succès , Ternissait ses lauriers par de honteux excès. Le chantre terrassé se blesse dans la chute Et son vainquer cruel ne cesse point la lutte 1 Il le presse d'un pied , d'une main tient ses mains , Et l'autre » à coups presses , frappant k tour de reîtis , Martelle ce guerrier , de qui la bouche ëcume , Comme tombe et retombe un marteau sur l'enclume. A ce sanglant aspect , le perruquier ardent ->^

Descend les escaliers et vole en descendant.

L'œil en feu , haletant , et tout fier de sa gloire , 11 parait à sa porte en prononçant : victoire I A ce cris , du prâat le bras est suspendu , Et son rival mom^ant ne se croit plus perdu.

L'un , maigre son courroux , abandonne sa proie , L'autre tout ëclopé fait éclater sa joie.

Comme on voit un troupeau de timides bi'ebîs Abandonner soudain les près les plus fleuris A Taspect d'un renard ou d'un loup qui le presse , Telle fuit du prélat la troupe avec vitesse Au redoutable aspeet du vaillent perruquier.

Oh 1 que mal à pi^os Gilotin le premier S'arrête , lui résiste , et Toutrage et le raille I Un tombereau de boue , au coin d'une muraille , Demeurait arrêté sans gardiens ni chevaux Depuis que les combats suspendent les. Ira vaux ; Lamour prend Gilotin par le col et le ventre , Le ictte sur le char où mollement il enp*e

tt58 POÉSI£$.

La bourbe le recouvre » el le peuple applaudit : D'un risible malheur , maigre soi , chacua rit. Pendant que Gilotiu «enroule , se dëmcne , £t de fange couvert se relève avec peine-»

Trois guerriers ont pour lui ranimé le combat Brontin » le fier Brontin » Boisrude et le Prélat. Brontin prenant d'abord sur Lamour l'avantage L'atteim d'un coup adroit qui le frappe au visage ; Celui-ci le repousse et son poing vigoureux A du sein de Brontin fait résonner le creux ; Puis , avec le b&ton dont en l'aîr il l'abuse » Leste , frappe k la jambe et Tabat par sa ruse. Boisrude qui s'avance aurait mieux fait de fuir ^ Car au milieu du corps Lamour vient le saisir. Hélas t au bas du ventre ime main qui le serre Le force à se soumettre et l'étend sur la terre. , Brontin revient alors d'un air déterminé Et montre en blasphémant son teint enluminé ; Sa bouche est entr'ouverte ; il voudrait poiu* la forme Parler avant les coups , mais de sa langue énorme » Qu'imprudemment il sort , Lamom* s'est emparé , £t par là le conduit et le traîne à son gré , Jusqu'au mur où l'on voit un soupirail de cave, £t c'est là que par force il le jette et l'enclave. Ëh t que n'ont-il uni leurs efforts , leuris travaux S'ils voulaient triompher d'un si vaillant héros I Mais chacun , impiiident I croyait être capable D'affronter sans malheur un bras si redoutable

Page 1