LE BARBIER DE PÉKÏXG
Souriant, les doigts allongés, Il flatte les épaules nues, Et ses attouchements légers Ont des puissances inconnues:
Le patient, dans son sommeil, Part pour le pays bleu des rêves; Il voit la lune et le soleil Danser, sur de lointaines grèves.
Il écoute le rossignol, Roulant des notes, sous les branches; Ou, par les cieux, il suit au vol Un couple d'hirondelles blanches.
Cependant, glissant sur la peau, La lame où le jour étincelle Court, plus rapide qu'un oiseau Qui frôle l'onde avec son aile ;
Et quand le crâne sans cheveux Luit comme une boule d'ivoire, Le maître, sur son doigt nerveux, Tourne, au sommet, la houppe noire.
Chacun s'arrête : le barbier Sait mainte histoire inattendue ; Ni mandarin, ni bachelier Va la 1 an eue aussi bien pendue.
La foule trépigne, a l'entour,
Et, par instants, se pâmant d"aise,
Chaque auditeur, comme un tambour,
Frappe, a deux mains, son ventre obèse,
Mais, point de trêve ! il faut marcher ! Debout ! comme une tête ronde, Son bon rasoir, sans s'ébrécher, En trois coups raserait le monde !