LE DIEU DE LA PORCELAINE
11 est, en Chine, un petit dieu bizarre, Dieu sans pagode, etqu on appelle Pu; J'ai pris son nom dans un livre assez rare Qui le dit frais, souriant et trapu.
11 a son peuple au long des poteries, Et règne en paix sur ces magots poupins Qui vont cueillant des pivoines fleuries Aux buissons bleus des paysages peints.
11 vient, à l'heure où commencent les sommes. Quand, sous leurs toits, les vivants sont couchés, Pour réjouir tous les petits bonshommes Que le vernis tient au vase attachés.
De l'un a l'autre, il va chanter ses gammes, Flaire, en passant, le carmin des bouquets, Ou parle bas avec de belles dames Qu'on voit sourire à leurs gros perroquets.
Et si, dès l'aube, une maîtresse active Jette a ses pots son regard empressé, Elle voit bien, tant la couleur est vive. Que le dieu Pu dans l'armoire a passé.
— Petit dieu Pu, dieu de la porcelaine, J'ai, sur ma table, afin d'être joyeux Lorsque décembre a neigé dans la plaine, Un pot de Chine, aux dessins merveilleux: