LE LION
Quand, dans le vieux Paris, les mignons pleins de joie Secouaient, en passant, l'ambre de leurs cheveux, Certe, ils gardaient encor, sous la cape de soie, La foi des chevaliers et l'honneur des aïeux ; Dans le coffre aux onguents ils cachaient une épée, La dague étincelait au bout des colliers d'or, Et ces enfants d'amour, prêts à toute équipée, \u nombre des plaisirs avaient compté la mort î
Quand les roués dansaient, aux jours de la Régence, Blancs de poudre, et musqués, sous un pourpoint fleuri. Ils sauvaient la débauche a force d'élégance, Et n'avaient pas de cœur, tant ils avaient d'esprit ! (juand les beaux muscadins, de leurs jaunes bottines Frappaient, en sautillant, le pavé des faubourgs, Ils faisaient leur toilette au pied des guillotines. Réglaient la carmagnole au rhythme des tambours. Et, secouant le sang de leurs dentelles fines, De l'humide abattoir ils volaient aux amours ! L'incroyable, appuyé sur sa pomme d'agate. Portait la République au pli de sa cravate. Le fringant officier, du temps de l'Empereur. Quand son sabre traînait, en sonnant, sur les dalles. Pouvait montrer, du moins, aux nations rivales, La blessure à son front et la croix sur son cœur.
Tous, page aux cheveux blonds, marquis a l'habit rose, Ceux de quatre-vingt-treize et de mil huit cent deux. Esprit, grâce ou fierté, tous avaient quelque chose Dont le monde longtemps sp souvint après eux.