DU POÈME DE LA RELIGION
Pap;c i/j.
Le propliète lui-même est souvent ébranlé.
Suivant ces paroles du psaume 72 : Mei autem penè rnoti sunt pedes , penè effusl sunt grès sus mei.,.. pacem peccatorum videns.
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Quel bras peut vous suspendre , innombrables étoiles i*
Les anciens, qui croyoient voir toutes les étoiles, en croyoient aussi pouvoir fixer le nombre ; mais , depuis que le télescope nous en a tant fait connaître que nos yeux seuls ne peuvent découvrir, les astronomes avouent que les étoiles sont innombrables.
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Toi qu'annonce l'aurore, admirable flambeau, etc.
La grandeur des corps célestes nous paroît inconcevable. Saturne, disent nos astronomes , est quatre mille fois plus gros que la terre; Jupiter huit mille fois; le soleil un million de fois. Notre imagination se perd dans l'espace immense qui renferme tous ces grands corps. « C'est une sphère infinie, dit « M. Pascal, dont le centre est partout, la circonférence nulle
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« part. » La petitesse des animaiix que le microscope nous fait découvrir est également inconcevable : en sorte que nous nous trouvons placés entre deux induis, l'un en grandeur, l'autre en petitesse, et que notre imagination se perd dans tous les deux.
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Tous les jours je t'attends, tu reviens tous les jours :
Il vend et retire sa lumière insensiblement, parce que, s'il nous la rendoit tout à coup, nos yeux seroient éblouis; et s'il disparoissoit tout à coup, l'horreur des ténèbres nous alarmeroit. S'il étoit plus ou moins grand, ou plus ou moins éloigné, nous serions brûlés ou glacés. Qui donc a réglé suivant nos besoins la grandeur, la distance et la marche de ce globe de feu ?
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Et toi dont le courroux veut engloutir la terre, Mer terrible , ete.
Quelque gi^ande idée que les astres nous donnent de la puissance de Dieu, nous devons encore dire avec l'auteur du psaume 9^2, mb-ahiles elaiiones mariv , mirabilis in altis Dominus. Ces flots qui dans leur colère menacent si souvent la terre d'im nouveau déluge viennent se briser à un grain de sable; et quc^lque furieuse que soit la mer en approchant de ses bords, elle s'en retire avec respect, et courbe ses flots pour adorer cet ordre qu'elle y trouve écrit : Usquc hue venies , et non procèdes ampliiis. Job. xxvtii, 11.
Les philosophes ont cherché quelles causes retenoient ainsi la mer. Quœ mare compesnini causœ... curve s uo s fines altum non excat œquor, disent Horace er Properce. Quelle autre cause que l'ordre d'un Dieu ?
NOTES DU CHANT PREMIER. i f 7
Môme i)agt*.
Hommage que toujours rend un cœur effrayé Au Dieu que jusqu'alors il avoît oublié.
Quand l'homme voit de près la mort, dit Pline le jeune, c'est alors qu'il se souvient qu'il y a des dieux, et qu'il est homme: Tune deos, tune honilnein esse se meminil. Plus d'un esprit fort a changé de langage dans ce moment, et a fait dire de lui :
Oculis errantibus alto Quœsivit cœlo lucem , iugeiuuitque reporta.
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« Les présens qu'il me fait , c'est à toi qu'il les clouue :
Pline dit que la nature nous vend bien cher ses présens. Hoininis causa videtur cuncta alla gcnuisse natura^ magnd et sœvn jnercede contra tanta sua rnunera; ut non sit satis œstunare parens rnelior liomini, an tristior noverea fuetit. La nature est devenue marâtre depuis que l'homme est devenu rebelle à pieu : ce que Pline ne savoit pas.
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« Je me pare des fleurs qui tombent de sa maiu;
Dans la moindre fleur, la moindre feuille, la moindre
plume, Dieu, dit saint Augustin, n'a point négligé le juste
rapport des parties entre elles : Nec a^'is pennulam , nec herbœ
flosculum, nec arhoris foliurn 3 sine partium suarum convcnien-
tiâ reliquit.
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« Mon suc dans la racine à peine répandu, etc.
Le suc de la terre circule dans les arbres et dans les plantes, comme le sang dans le corps des animaux.
ii8 LA RELIGION.
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Si tu sais découvrir leur vertu salutaire, etc.
La cendre de la fougère, du chardon, et d'autres herbes qu'on méprise, sert à faire le verre, le cristal et les glaces* L'ortie est un remède; et elle est hérissée de dards, parce que, suivant la réflexion de Pline le naturaliste, la nature protège les plantes salutaires contre les insultes des animaux : Ne se depascat avida quadrupes , ne procaces manus rapiant, ne insidens aies infringal y his muniendo aculeis telisque armando, remediis ut salva sit. Il faut avouer cependant que cette réflexion de Pline est plus ingénieuse que solide. Le chardon a beau crier ne se depascat avida quadrupes , l'âne ne l'entend point. Nous ignorons pourquoi telle plante plutôt qu'une autre est hérissée de pointes.
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« Toute plante en naissant déjà renferme en elle «< D'enfans qui la suivront une race immortelle :
La fécondité des plantes prouve le dessein du Créateur, qui non-seulement veille à la conservation de l'espèce, mais au besoin de tant d'animaux qui se nourrissent de graines. Ceux qui ont des terres disent souvent que l'abondance du blé est un malheur, parce qu'il ne se vend pas. Dieu, qui n'écoute point ces plaintes de notre cupidité, prodigue le grain» nécessaire aux hommes. Isaac, Gcn. xxvi, 12, retira le centuple du blé qu'il sema près deGerare. Pline le naturaliste, liv. xviii, assure qu'un boisseau de blé en produit quelquefois cent cinquante , et qu'im gouverneur envoya à Néron trois cent soixante tuyaux sortis d'un seul grain ; ce qui lui fait faire cette réflexion, qu'il n'y a point de grain plus fertile que le blé,
NOTES DU Cil AN r PREMIEI^. 119
parce qu'il est le plus nécessaire à l'homme : Trltico nihUfertUius : iioc. ci natura tribuit , quoniain eo maxime alnt liominem. Par la même raison, c'est le grain qui se conserve le plus long-temps. On a mangé du pain fait avec un blé qui avoit plus de cent ans. Pline, qui savoit si bien admii'er les merveilles de la nature, chose étonnante! en oublia l'auteur. Cependant elles ramènent si nécessairement à un Dieu, que la philosophie , comme dit saint Cyrille, est le catéchisme de la foi. Philosophia catechism.us ad Jidem.
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O toi qui follement fais to» dieu du hasard, etc.
Les matérialistes ne se servent pas du nom de hasard^ mais de celui de nécessité. Les personnes éclairées comprennent aisément que je puis également me servir de l'un ou de l'autre de ces termes, puisqu'ils désignent la même chose, c'est-à-dire des effets sans cause.
Le hasard d'Épicure, la nécessité de Spinosa, la vertu plastique de Cudworth, la raison suffisante de Leibnitz, sont tous mots qui signifient la même chose, parce qu'ils ne signifient rien.
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A l'aide de son bec maçonne rhirondelle.
Cicéron admire la prudence des oiseaux : A<^'es quietwn requirunt , ad pariendurn, locuni , et cubilia sihi nidosque construunt , cosque quàm possunt niollissimè suhsternunt. De Nat. deorum.
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Et la tranquille mère, attendant sou secours. Echauffe dans sou sein le fruit de leurs amours.
Rien ne naît que par le concours des deux sexes :
]Nil uisi conjiigio sexûs utriusqiic creatur.
Et tout animal a on, comme l'homme, ses aïeux, excepté le premier, comme dit encore le cardinal de Polignac Anti-Lucr.
Nullus avis, atavisque caret, hi exceperis unum, Quem sator omuipoleus uUo siue semiiie finxit, Semina coucredeus olli evolvenda per aevum.
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Et dans de folbles corps s'allume un grand courage.
Les plus timides sont courageux alors. Les poules même "veulent attaquer l'homme. Cette tendresse finit sitôt que les petits n'ont plus besoin de secours : les pères et les enfans ne se reconnoissent plus. Pline, à la vérité, liv. viii, prétend que les rats nourrissent tendrement leurs pères accablés de vieillesse : Genltores Jessos senectâ alurtt inslgni pletate. On n'est pas obligé de l'en croire.
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Aux fils qui naîtront d'eux rendront le même amour.
On trouve dans le Spectateur, discours 47? une réflexion qui mérite d'être rapportée. « Si nous ne supposons pas , « dit-il , que la sagesse infmie d'un être suprême nous gou- « verne, comment expliquer cette exacte proportion qu'il y a « dans toutes les grandes villes entre ceux que l'on y voit uaîtie « et mourir, aussi-bien qu'à l'égard des garçons et des filles <t qui viennent au monde ? Qui est- ce qui fourniroit à chaque « nation des recrues si exactement proportionnées à'ses pertes ? « et qui est-ce qui partageroit ce nouveau surcroît d'habitans « avec tant d'égalité entre l'un et l'autre sexe ? Le hasard ne a pourroit tenir d'une main si ferme la balance toujours égale. « Si un souverain inspecteur ne régloit toutes choses, tantôt « nous serions accablés sous la nuiUitude, et tantôt nos villes « seroicnt réduites en déserts : nous serions quelquefois, suivant
« rexpivssion do Florus, populiis virorum, et une autre fois un
« peuple de Cenimes. Nous pouvons étendre cette réflexion à
« toutes les espèces de créatures vivantes, (pii depuis i)lus de cinq
- mille ans se conservent. Si nous avions des billets mortuaires
« de tons les anîmanx dans tous les continens, que dis-je! dans
(( chaque bois, marécage ou montagne, quelles preuves éton-
« nantes n'y verrions-nous pas d'une providence qui veille sur
« tous ses ouvrages ! ^^
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Innombrable famille où bientôt tant de frères Ne reconnoîlront plus leurs aïeux ni leurs pères.
Dans la fécondité des animaux on trouve le même dessein du Ciéateur que dans celle des plantes. Il veille non-seulement à la conservation des espèces, mais à leur nourritiue. Les petits animaux , qui servent de nourriture aux autres , sont ceux qui multiplient le plus. Si les animaux sauvages multiplioient comme les animaux domestiques , les hommes bientôt ne seroient plus les maîtres de la terre. A l'égard des hommes, suivant les calculs laits en Angleterre, il règne toujours une proportion à peu près égale entre les morts et les naissances : de façon qu'une génération passe, une autre vient , et la terre ne peut être ni surchargée ni déserte.
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Ceux qui, de nos hivers redoutant le courroux, Vont se réfugier dans des climats plus doux. Ne laisseront jamais la saisou rigoureuse Surprendre parmi nous leur troupe paresseuse.
tin auteur anglais, amateur d'opinions singulières, a avancé sérieusement que les oiseaux de passage s'envoloient dans la lune. Il est> certain que plusieurs passent les meis ; les autres lestent engourdis dans le creux des rochers.
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Plus l'auteur s'est caché, plus il est admirable.
La uatiue, dit Pline, n'est jamais si entière que dans les petites choses; et sa majesté, comme resserrée à l'étroit, n'en devient que plus admirable : Natura nunquàm magis quàm in rniniinis tota — in arctum coarctata naturœ maj estas , nullâ suî parte mirahilior. Elle s'y réunit comme dans un point ; c'est là qu'elle se retranche tout entière.
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Quoiqu'un fier éléphant , malgré l'énorme tour , etc.
Nous admirons, dit Pline, ces épaules des éléphans chargées de tours, turrigeros elephantoium miramur humeros ; mais quelle perfection incompréhensible dans ces petits animaux, qui ne sont rien : in his tam parvis , atque tani nullis ^ quàm inextricahilis perfectio !
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Toi que souvent ma haine écrase avec raison, etc.
Le traducteur allemand de ce poème s'écrie ici dans sa note : « Qu'a donc fait à M. Racine le pauvre limaçon? » Les dégâts qu'il fait dans nos jardins justifient ma haine ; mais quoique odieux, sa machine est admirable. Aristote avait avancé que les animaux à coquille n'avaient pas d'yeux. Le microscope a fait revenir de cette erreur. Les cornes du limaçon sront des nerfs optiques, au haut desquels chaque œil est placé. C'est ce que nous assurent plusieurs célèbres observateurs. D'autres, à la vérité, en doutent, aussi-bien ^que des greniers des fourmis: les observateurs ne sont donc pas toujours d'accord. Dans mon cinquième chant, en parlant de notre ignorance dans les secrets de la nature, je dis que nous en savons quelques faits,
NOTES DU CHANT PREMIER. luS
jamais les causes. Les faits même ne sont pas toujours certains, parce que Dieu, qui nous donne des yeux pour nous conduire, ne nous en donne pas pour voir tous ses ouvrages. Mais nous en voyons assez pour connoître l'ouvrier et l'admirer.
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C'est dans un foible objet, imperceptible ouvrage. Que l'art de l'ouvrier me frappe davantage.
Comme dit le cardinal de Polignac :
Miracula magna
In miuimis
Maximus in miuimis certè Deus, et mihi major Quàm vasto cœli in templo astrorumque catervà.
Galien a fait la même réflexion, aussi-bien que Pline, que j'ai déjà cité.
Même page.
Où par eux en monceaux sont élevés ces grains, etc.
On a prétendu même que les foui^mis en rougeoient le germe pour prévenir l'inconvénient de l'humidité. Aldrovandus dit avoir vu leurs greniers. Derham en rapporte plusieurs autres particularités étonnantes. Cependant M. de Réaumur prétend que les fourmis dorment tout l'hiver, et ne mangent point ; que les grains qu'on leur voit emporter ne servent qu'à la construction de leurs édifices : voilà donc tous leurs magasins détruits. Mais, en attendant que la nouvelle observation soit généralement connue , on peut parler suivant l'opinion ancienne , qui est autorisée non-seidement par Salomon, mais par plusieurs naturalistes. Si les fourmis n'ont plus de greniers, il faut du moins admirer leurs édifices, qui sont toujours une preuve de leur prévoyance de l'avenir. Enfin Derham parle de petits animaux qu'on trouve dans l'Ukraine, qui passent tout l'hiver sous terre, après avoir pendant l'été amassé leurs, provisions.
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Chez ses frères raïupans qu'il méprise aujourd'hui, etc.
L'auteur du Spectacle de la nature appelle les papillons les ressuscites du peuple chenille. Ils ravissent aux fleurs un suc qid semble destiné aux abeilles. Ovide n'étoit pas bien instruit des merveilles de cette résurrection lorsqu'il s'est contenté de dire, Métam. 1. xv :
Agrestes tineœ, res observata colonis, Ferali mutant cum papilione figuram.
Ce qui fait dire au Dante que nous sommes des vers nés pour être changés en anges.
Noi siani venu!
Natl a forinar l'angeHca farfalla.
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Mais ce n'est qu'à Virgile à chanter les abeilles.
Il en débite des nouvelles souvent fausses ; mais celles qu'en débitent nos modernes observateurs ne sont pas moins étonnantes : elles sont même encore plus admirables dans MM. Maraldi et Réaumur que dans Virgile.
Même page.
Le roi pour qui sont faits tant de biens précieux , etc.
Cette proposition, que tout est fait pour l'homme, est vraie dans un sens, et fausse dans lui autre. Toift n'est pas fait pour lui directement, puisqu'il ne connoît pas mémo une partie des biens de la terre ; mais tout ce qu'elle renferme en entretient ou la beauté ou la conservation : en ce sens , tout se rapporte indirectement à l'homme ; et comme il est le seul être raisonnable , et que par son esprit et son industrie il sait s'approprier tous les biens de la terre, il en est justement nommé le roi.
NOTES D{] CnHWT PREMIER. loS^
M ('me page.
T;'homrae élève un front nftble, et regarde les cieiix.
On oppose quelques animaux qu'on dit mareher droits comme l'homme, et le poisson dont parie Galien, (ju'il nomme uranoscopc, parce que ses yeux sont tournés vers le ciel. On oppose encore les oiseaux à long cou, qui ont plus de facilité que l'homme à regarder le ciel. Ces objections sont puériles : on ne prétend pas attribuer à l'homme un privilège unique. Il paroît même que ses yeux sont plut(k faits pour regarder en bas qu'en haut, puisqu'il a sa paupière supérieure plus grande que l'inférieiue. Mais il est le seul dont l'épine du dos soit en ligne directe avec les os des cuisses : dans tous les animaux elle forme un angle. La posture droite, qui est la plus nobie, est donc sa posture naturelle; et Ovide a eu raison de dire, Métam. 1. i :
Os homini sublime dédit, oœluinque tueri Jussit, et erectos ad sidéra tollere vultus.
On oppose que les enfans marchent à quatre pieds. Oui, mais par foiblesse, et parce que les deux colonnes sur lesquelles leur corps doit porter ne sont point encore affermies.
Même page.
Ce front, vaste théâtre où l'ame se déploie , etc.
Nous avons plusieurs parties communes avec les animaux ; mais nous en avons qui ne conviennent qu'à un être créé pour regarder le ciel, marcher debout, parler, etc. Telles sont les parties du front, celles des mains, celles qui servent à la voix. Galien observe que les animaux carnassiers ont des ongles pointus et des dents aiguës; au lieu que l'homme a des ongles plats, et n'a qu'une dent canine de chaque côté^ parce que, dit cet auteur, la nature savait bien quelle formoit un animal
doux ^ qui devait tire?' sa force ^ non de son corps, mais de sa raison.
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Un mot y fait rougir la timide pudeur ;
Sur l'artifice admirable du corps humain, on peut lire Galien, Ray , Nieuwentyt et Derham. L'ouvrage de ce dernier est le précis des sermons qu'il avoit composés pour la chaire fondée par M. Boyle en Angleterre , et destinée aux preuves de l'existence de Dieu. Il est étonnant qu'on ait été obligé de fonder une pareille chaire chez des chrétiens. Pour Galien , il n'est pas surprenant qu'il se soit tant appliqué à faire remarquer le dessein du Créateur dans ses ouvrages : il avoit à corafondre les épicuriens, qui attribuoient tout au hasard.
A me servir aussi cette voix empressée, etc.
La parole , signe certain de la pensée , n'est donnée qu'à l'homme. Plusieurs animaux ont comme nous les organes de la voix, et nous les instruisons à prononcer quelques mots; mais leur imitation de la parole n'est qu'une imitation machinale, et jamais les mots qu'ils prononcent ne sont en eux des signes de pensée.
Même page.
Quelle foule d'objets Tœil réunit ensemble !
Nous avons deux yeux sans voir les objets doubles, afin que l'an puisse réparer la perte de l'autre. Les araignées en ont quatre, six, et huit, parce que, n'ayant point de cou, et ne pouvant remuer la tête , la multiplicité des yeux supplée au défaut <le C€ mouvement. Le dessein du Créateur paroît en tout.
C'est ainsi que les dents ne viennent aux en fans qu'après l'ago où ils sont à la mamelle, parce que, si les dents venoient plus tôt, elles seroient préjudiciables aux nourrissons et aux nourrices.
Même page.
D'innombrables filets, ciel! quel tissu fragile! Cependant ma mémoire en a fait son asile, etc.
Que de choses différentes renfermées dans le spacieux magasin de la mémoire ! Tout se présente au premier signal ; et quand ce que nous n'appelons pas se présente malgré nous, nous savons l'écarter. Quœdam statim prodeiint, quœdam reqidruntur diutiùs j quœdam catervatim proruunt. S. Au g. Conf. 1. x.
Même page.
Là ces esprits subtils , toujours prêts à partir , Attendent le signal qui les doit avertir;
Je veux parler ; que de mouvemens dans ma langue , dans mes lèvres, dans mes poumons! Suivant que je regarde de loin ou de près, ma prunelle se dilate ou se resserre : ma volonté n'y contribue pas; elle peut suspendre ou précipiter ma respiration , ce qui est avantageux pour parler. Cependant, quand je dors, je respire sans le savoir et sans le vouloir : ce qui prouve que, si notre ame a un empire sur notre corps, elle ne tient pas cet empilée d'elle-même, mais d'ime puissance plus grande que la sienne.
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Les portes des canaux destinés à son cours Ouvrent à son entrée une libre caiTÎère, etc.
Les veines et les vaisseaux lymphatiques ont d'espace en espace des valvules qui font l'office d'une soupape dans ime
pompe , c'est-à-dire qui s'ouvrent d'un côté et se ferment de l'autre, pour ouvrir le passage à la liqueur et l'empêcher de retourner vers les parties d'où elle vient.
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Est-ce mol qn'i préside au maintien de ces lois?
De toutes les extravagances dont l'esprit humain est capable, celle des épicuriens paroît la plus grande : ils s'imaginoient que le hasard avoit tout fait; que les parties de notre corps n'avoient point été destinées à quelque usage , mais que nous en avions fait usage parce que nous les avions trouvées ; que les premiers hommes naquirent de la terre échauffée par le soleil. « La terre, dans sa jeunesse, dit Lucrèce, 1. v, enfanta des hommes et des animaux; depuis elle devint stérile comme une femme le devient par l'âge. » Cette opinion, qui commença en Egypte, paroissoit vraisemblable aux anciens, à cause de ces grenouilles qu'ils s'imaginoient voir naître de la terre dans le temps de pluie. Nos physiciens nous ont appris à rire de cette erreur.
Même page.
Une attentive adresse
Tous les jours m'en découvre et l'ordre et la sagesse.
L'anatomie, qui s'est beaucoup perfectionnée dans ces derniers temps, nous doit rappeler à Dieu autant» que l'astronomie. M. Fontenelle , après avoir parlé, dans ses Eloges, de la piété de M. Cassini, et de celle de M. Meri, ajoute cette judicieuse réflexion : « L'astronomie et l'anatomie sont les « deux sciences où sont le plus sensiblement marqués les ca- <( ractères du souverain être. L'une annonce son immensité , ( l'autre son intelligence... On peut même croire cpie l'anatomie