JUVENAL
Même page.
Jamais uu criminel ne s'absout de son crime.
Ce mot de Cicéron est admirable : Virtutis et vitiorum , grave ipsius conscientiœ pondus est , quâ sublatâ , jacent omnia.
Le même Cicéron dit encore : Magna vis est conscientiœ in utramque partem ^ ut neque timeant^ qui nihil co/nmisejunt , et pœnam semper ante oculos versari putent ^ qui peccaverunt.
Même page.
Suspendu sur sa tète, uu glaive redoutable, etc.
Damoclès, lâche flatteur de Denys le tyran, en vantoit le bonheur. Il changea de langage lorsque, invité par ce prince à un festin, et, assis comme lui sur un lit superbe , il aperi^iU
NOTES DU CIÏANT PKEMJEli. i3.^
imc épcc siis[)cik1uc sur sa tôte par un fil. Ce qui a l'ait dire à Horace :
Districtus eusis oui super iinpià Cervice peudet, iiou siciila; da[)es
Diilceui elaborabuut saporem. -^^^
Paj^e 28.
Lui-même * étale aux yeux du sénat qu'il outrage De sou cœur déchiré la déplorable image,
* Tibère.
* Dans cette fameuse lettre, dont le désordre fait dire à Tacite que, si on ouvroit le cœur des tyrans, on verroit comme; ils sont déchirés : Adeô facinora ipsi quoque in suppUciuin verterant.
Même pai^e.
Ainsi de la vertu les lois sont éternelles.
Satis cnini nohis , si modo aliquid in philosophie profecirnus y persuasiun esse débet ^ si omnes deos honiinesque celare possimus , nihil tarnen avare , nihil injuste , nihil libidinosè , nihil incontinente!' esse jaciendum. C'est ce que Cicéron répète partout, qu'indépendamment de la récompense et de la punition, on doit rechercher la justice à cause d'ellemême. Il va jusqu'à supposer qu'un homme puisse, en remuant simplement les doigts, se faire mettre sur les testamens des riches. Le fcra-t-il, quand même il scroit certain qu'on ne le soupçonnera jamais d'avoir im secret pareil? Cicéron décide que non, et ajoute cette parole si belle : '< Ceux à qui ceci paroît étonnant ignorent ce que c'est qu'un honnête homme. » Hoc qui admiratur , is se ^ qnid sit vir bonus ^ nescire fatetur.
offic. 1. m.
i36 LA RELIGION.
Page 28.
Et les Romains , enfans d'une impure déesse , En dépit de Yénus admirèrent Lucrèce.
Chez les Rœïiains, qui se vantoieiit d'être les enfans de Mars et de Vénus , vivant même qu'ils eussent des lois contre l'adultère, le malheur de Lucrèce, qui fit chasser les rois de Rome, rendit sa vertu fameuse. Tite-Live lui fait dire avant qu'elle se tue : Corpus est tantiim vlolatum , animas insons. Pourquoi donc se tuer, comme saint Augustin l'a remarqué ? On a eu raison de louer sa douleur, mais non pas sa mort.
Même page.
Je l'apporte en naissant, elle est écrite en rnoi , Cette loi , etc-
Cicéron a parlé de la loi naturelle avec autant d'éloquence que de vérité : Est quidem vera lex diffusa in omnes , constans^ sewpiterna. Huic Icgi non abrogari fas est, nequc derogari in hdc aliquid lie et , neque tota abrogari potest , neque vero aut per senatum , aut per populum , solvi hdc lege possumus... Neque si nulla erat Romœ scripta lex de stupris , idcircb non contra illam legem sempiternam Tarquinius vim Lucretiœ atlulit. Erat enirn ratio profecta à rerum naturd , et ad rectè faciendum impellens , et h delicto avocans , quœ non tiim denique incipit lex esse, ciim scripta est, sed tîirn ciiin orta est : o?ta est autern cum mente divind.
Même page.
Métius et Tarquin n'étoient pas moins coupables.
Le perfide Métius et le cruel Tarquin n'étoient transgresseurs d'aucune loi écrite, puisque Rome n'en avoit point encore.
Ils étoient condamnés par cotte loi ('tcrnclle et inévocahle (|ui précède toute loi humaine.
Le vice, son rival, la respecte de loin.
Sénèque fait une réflexion très-juste, quand il dit qu'il n'y a point de criminel qui n'aimât mieux jouir des fruits du crime sans être criminel : Nemlnem reperies qui non nequitlœ prœmiis sine neqidtiâ frui malit. de Benef. liv. IV.
Même yDage.
Adorable vertu, etc.
Claudien en fait ce beau tableau :
Ipsa quidem virtus pretium silji, soîaque latè Fortunœ secura nitet, uec fascibus uUis Erigitur, plausuque petit clarescere vulgi, Nil opis externae cupiens, nil indiga laudis, Divitiis animosa suis etc. —
Il est certain, comme je le dirai au sixième chant, que sans la religion chrétienne il n'est point de vraie vertu ; cependant chez les païens même le secret avantage de n'avoir rien à se reprocher, nil conscire sibi , nullâ pallcscere culpd , faisoit goiiter à un Aristide ce bonheur qu'un Catilina ne pouvoit goûter. Brutus, dira-t-on , prêt à se tuer, s'emporta contre la vertu jusqu'à s'écrier : « O malheureuse vertu! tu n'es qu'un « nom, et moi je te servois comme si tu eusses été une réalité; « mais j'éprouve que tu n'es que l'esclave de la fortune ! » Brutus, qui faisoit consister toute la vertu dans son farouche amour pour la liberté , lorsqu'il vit le parti d'Antoine victorieux, parle ainsi par désespoir; mais comment peut-il dire qu'il a été au service de la vertu, lui qui a si indignement assassiné César, son bienfaiteur?
i38 LA RELIGION.
Page 3o. ^ Mais sur la terre , hélas ! admirant tes bienfaits , etc.
Que l'homme ouvre les yeux sur le spectacle de la nature, ou qu'il rentre en lui-même, de quelque côté qu'il tourne ses regards, Dieu vient se présenter à lui. Cependant les philosophes ou n'ont rien vu que de matériel , on , unissant l'intelligence à la matière, ont confondu Dieu, la nature, l'ame du monde , etc. , ou ont trouvé tout incertain. Les sens ne nous conduisent qu'aux choses matérielles; la raison plongée dans les sens ne nous conduit aux choses spirituelles qu'avec incertitude. Elle ne peut donc pas, comme les déistes le veulent > être notre seule règle; et nos âmes, clausœ ienehris et carcere cœco , ont besoin d'une autre lumière.
Même page.
Qaand je l'aur^ii connu, je te connoitral mieux.
Si la connoissance anatomique de notre corps nous conduit à Dieu, comme je l'ai fait voir, combien y serons-nous mieux conduits par la connoissance de notre misère et de notre grandeur ! « L'étude propre de l'homme est l'homme », dit Pope. C'est une étude cependant bien négligée ; ce qui a fait dire à M. Pascal : « Les sci/ences abstraites n'étant pas propres aux « hommes, je leur ai pardonné de ne s'y point appliquer ; mais « j'avois cru trouver au moins bien des compagnons dans l'éct tude de l'homme, puisque c'est celle qui lui est propre. J'ai « été trompé. Il y en a encore moins qui Fétudient que la «•géométrie. »
NOTES DU CHAIN r SECOND. l'ig
Page 3i, Quand je reçus la vie au milieu des alarmes , elc.
Sun la peinture de nos malheurs écoutons d'abord le sàti^c : Lauclavi niagis mortuos quàm viventes , et fellciorem utroque judîcavi qui nccduin natus est, nec vidlt mala quœ sub solefiunt. Eceles. cap. vi, vers. i et 3.
Écoutons ensuite les païens.
Tùiu porrù puer, ut saevis projcctus ab utidis
Navita, ^nidus humi jacet iufans. . .
Cui tautùm in vità restât superare doloruni.
A Lucrèce ajoutons Cicéron, cité par saint Augustin : Hoininern non ut à matre ^ seda novercd natuni, cor pore nudo^fi^agili et infirrno , anirno autern anxio ad moles tins ^ in quo tarneji inesset obrutus quidam divinus ignis. Aux plaintes de Cicéron joignons celles de Pline le naturaliste , 1. VII : Jacet manlbus pedibusque devinctis flens animal cœterls imperaturum ^ et à suppliciis vitam auspicatur, unam tantkm ob cuipam^ quia natum est. On sait cette sentence des anciens, que le premier bonheur étoit de ne pas naître , le second de mourir promptement. Elle est dans Théognis et dans Cicéron : Primum non nasci ; alterum quàm cito mo?i. C'est donc bien injustement qu'on a accusé M. Pascal d'avoir par misanthropie exagéré les malheurs de l'homme : il en a parlé avec moins de vivacité que les païens ; et à la peinture de notre misère il a opposé celle de notre grandeur ; au lieu que Pline s'est emporté jusqu'à dire
i42 LA RELIGION.
« commence, me le fait chercher par des moyens bons ou
« mauvais; mais enfin elle cherche. Cependant je désire : ce
« qui prouve que je ne possède point. Le désir et le parfait
« bonheur ne peuvent se trouver ensemble. »
Page 34.
Si je semble l'aimer, c'est pour moi que je l'aime.
On a repi^oché à M. de La Rochefoucauld d'avoir, dans ses Maximes, anéanti nos vertus en rapportant toutes nos actions à l'amour-propre. Il nous a peints tels qne nous sommes, depuis le désordre du péché, comme je le dirai au sixième chant :
« Quand l'iiomme n'est qu'à lui, tout l'honinae est à rorgucil. »
Même page.
Dans son flegme anglican répondra : tout est bien.
Suivant Pope, dans son Essai sur l'homme, tout ce qui est est bien ; et dans le système général de l'univers l'homme est à sa place. Sénèque avait dit aussi que notre état ne comporte pas de plus grands biens. Nous avons, selon lui, reçu de grandes choses ; nous n'étions pas capables d'en recevoir de plus grandes : Magna accepimus , majora non capîmus. Il est vrai que nous avons reçu de grandes choses ; mais la religion nous apprend que nous en avons perdu de plus grandes. Du reste, ce vers, qui fit de la peine à Pope quand cet ouvrage parut, l'engagea à m'écrire une lettre à ce sujet*.
* Dans cette lettre, où Pope remercie M. Racine du beau présent dont il l'honore (le poème de la Religion) il se plaint en même temps que , dans son Essai sur l'hoïnme, on a mal interprété ses véritables sentimens, et que l'ignorance de sa langue a donné lieu A des méprises continuelles sur ses raisonnements et sur sa doctrine.
NOTES DU CHANT SECOND. i/,:^>
Page 35.
Je vivrois ! doux espoir! Que j'aime à m'y livrer!
Daham me tantœ spci , dit Sénùque, bien différent de ces esprits forts qui tachent de se persuader le contraire , et qui aiment à se livrer, pour ainsi dire, à l'espérance du néant.
Même page.
Le hasard nous foi'ma ; le hasard nous détruit ;
Tel est le laneratre des libertins dans le livre de la Sac;esse : Exnihilo nati suinus^ et post hoc erimus tanquam non fuerimus , Et dans Sénèque le tragique :
Post mortem niliil est, ipsaque mors niliil. Vclocis spatii meta novissicna.
Quidhabct ista res aut lœtabile , aut gloriosum? répond Cicéron à ceux qui sont capables de dire si gaîment la chose du monde la plus triste, et quidevroit faire notre désespoir, si elle étoit véritable.
Même page.
Epicure avec lui m'adresse ce langage , etc.
Lucrèce, liv. III.
Prœtereà gigni pariter cum corpore, et unà Crescere sentimus , pariterque senesccre mciitern.... Post lîbi jam vaîidis quassatiim est virihus œvi Corpus, et obtusis cecidcrunt virihus artus, Claudicat ingeaium ; délirât linguaque , meusque.
Page 37.
Qu'en débris chaque jour le corps tombe et périt, etc.
Dans l'anti-Lucrèce :
Tune vitio primrc ceu dchilitatis hebescit
i44 LA RELIGION.
Machina, fitque seuex iterùm puer : undc necessc est Huic semel addifam rursùm puerasccre meutem. Non per se, verùm quia paulatim organa cessant.
. Page 37.
A la divinité que lu choisis pour guide ;
Vénus , que Lucrèce invoque au commencement de sou poème, et qui est, selon lui, hominum divûmque voluptas.
Page 38.
L'amertume secrète empoisonne toujours L'onde qui nous paroît si claire dans son cours :
Suivant l'aveu de Lucrèce :
Usque adeo de fonte leporum Surgit amari aliquid , quod in ipsis floribus angat ?
M. de Fontenelle , dans ses dialogues sur les morts , fait dire à la reine Elisabeth : « Les plaisirs ne sont point assez solides « pour souffrir qu'on les approfondisse : il ne faut que les « effleurer. Ils ressemblent à ces terres marécageuses sur « lesquelles on est obligé de courir légèrement, sans y arrêter « le pied. »
Je pense. La pensée, éclatante lumière, Ne peut sortir du sein de l'épaisse matière.
Long-temps avant Descartes, CicéiT)n avoit fait valoir cette preuve qu'il avoit trouvée dans Platon. Ce qui îi paru vrai à ces grands hommes paroît douteux à Locke, qui ignore si la matière ne peut pas penser. Il n y a point, comme dit Cicéron, d'opinion, quelque bizarre qu'elle soit, qui n'ait (juelque phik)S0j)he poiu' protecteur. Locke avoue qise nous ne pouvons ev)ncevoir la matière pensante : « Mais de là, dit-il, devons-
NOTES DU CHANT SECOND. i45
« nous conclure que Dion ne peut pas la rendre pensante ? » Le recours à la puissance de Dieu n'excuse pas un pareil doute. On pourroit de même rendre incertaines toutes les vérités géométriques , en disant , par exemple : Que savons-nous si Dieu ne peut pas faire un cercle carré ?
Même page.
Je trouve donc qu'en moi, par d'admirables nœuds, Deux êU'es opposés sont réunis entre eux ;
M. Arnaud, lettre Soi, remarque que Descartes, dans ce qu'il a écrit sur l'ame , semble avoir été choisi par la Providence pour confondre les libertins d'une, manière proportionnée à leurs dispositions : « Il avoit, dit-il, une grandeur d'esprit extraordinaire ^ une application à la seule philosophie, ce qui ne leur est point suspect; une profession ouverte de se dépouiller de tous les préjugés communs , ce qui est fort de leur goût ; et c'est par là même qu'il a trouvé le moyen de convaincre qu'il n'y a rien de plus contraire à la raison que de vouloir que la dissolution de notre corps, qui n'est autre chose que le dérangement de quelques parties de la -matière, soit l'extinction de notre ame. Et comment a-t-il trouvé cela ? En établissant par des principes clairs que ce qui pense et ce qui est étendu sont deux substances totalement distinctes ; en sorte qu'on ne peut concevoir ni que l'étendue soit une modiiication de la substance^ pensante , ni la pensée une modification de la substance étendue. » '
Page ^g.
Que dis-je ! Tous ces corps dans la terre engloutis, Disparus à nos yeux , sont-ils anéantis ?
La destruction d'une substance étendue n'est que la sépara-
« lo
i46 L\ RELIGION.
tioji (les parties. Quand on brûle du bois, rien n'en périt; la partie la plus sul)tilc s'envole, et s'appelle y«//?ec; la partie huileuse s'attache à la cheminée, et s'appelle suie; la partie i;rossicre reste dans la chenjinée, et s'appelle cendre.
Page 39.
Toi qui , riche en fumée , 6 sublime alchimiste , Dans ton laboratoire invoques Trismégiste, etc.
Mercure Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand, celui cpie les alchimistes croient l'inventeur de leur science : auteur aussi chimérique c[ue leur art : Ciijus principium mentiri , mediuin lahorare , finis mendicare.
Même page.
Mais celui qui l'a fait veut qu'il soit immortel.
Tous les êtres simples nous paroissent indestructibles par eux-mêmes : ainsi nous pouvons les appeler immortels. Mais nous ignorons si la destruction de l'univers n'ira pas jusqu'à l'anéantissement des élémens qui le composent.
Même page.
Prétendras-tu toujours à l'honneur de produire , Tandis que tu n'as pas le pouvoir de détruire ^
Malgré ce pouvoir de vie et de mort que les alchimistes s'attribuent, ils ne peuvent ni anéantir les corps simples, ni les produire, ni les transmuer. Quand les bonnes raisons et les mauvais succès pourront enfin leur ouvrir les yeux, il;?' ne chercheront plus la pierre philosophais
* Même page.
Qu'est-ce donc que l'instant où l'on cesse de vivre? L'instant cù de ses fers une ame se délivre.
Lucrèce lui-même a dit la même chose , si opposée à son sys-
tome, dans ces trois vers que cite Lactance, en les attribuant à la force de la vérité, qui a fait parler ainsi ce poète :
Cedit euiin relrô de terra quod fuit antè -^
In terram ; sed quod raissum est ex œthcris oris , Id rursùs cœli fulgeutia templa rcceptant.
Bayle, à l'article de Lucrèce, veut donner à ces vers un sens forcé, que certainement ils ne présentent pas, et la réflexion de Lactance est juste : Lucretius ohlitus quid assereret ^ et quod dogjna dcfendcîct ^ hos versus posnit ; sed. victus est veritate , et imprudenti ratio vera suhrepsit, Liv. vu, c. \i.
Page 39.
N'est-ce pas cet esprit plein de son origine, etc.
Quelle volupté ne nous cause pas la découverte des vérités abstraites, volupté entièrement spirituelle! Pythagore, pour avoir trouvé les carrés des côtés d'un triangle , sacrifia une hécatombe en actions de grâces. Platon vante le bonheur de ceux qui peuvent contempler le beau et le bon dans leur principe. Nous ne pouvons voir des vérités éternelles et immuables que dans une lumière éternelle et immuable. L'être capable d'être éclairé par une pareille lumière n'est pas matériel : Ex hoc habet argumcntum divinitatis suœ , dit Sénèque , quod divlmi délectant , nec ut alienis interest , sed ut suis. Cicéron, dans le Traité de la Vieillesse, fait la même réflexion : Sic mihi persuasi , sic sentio , quuni tanta celéritas animorum sit , tanta nicmoria prœteritorum , futu- Torumque providentia ^ tôt artcs , iantœ scientiœ ^ tôt inventa , non posse cam naturaui ^ quœ res eas contineat , esse mortalem. Et dans les Tusculanes, il dit encore que nous devons connoître notre ame, que nous ne voyons pas, comme nous connoissons Dieu sans le voir, mais par ses œuvres : Mentent horninis, quamvis earn non videaSy tamen ut Deum agno-
i46 LA RELIGION.
tioji des parties. Quand on brûle du bois, rien n'en périt; la partie la plus subtile s'envole, et s'appelle yM//ze<?; la partie ^ huileuse s'attache à la cheminée, et s'appelle suie; la partie i^rossière reste dans la cheminée, et s'appelle cendre.
Page 39.
Toi qui , riche en fumée , o suljlime alchimiste , Daus ton laboratoire invoques Trismégiste, etc.
Mercure Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand , celui que les alchimistes croient l'inventeur de leur science : auteur aussi chimérique que leur art : Ciijus principium mentiri , médium laborare , finis mendicare.
Même page.
Mais celui qui l'a fait veut qu'il soit immortel.
Tous les êtres simples nous paroissent indestructibles par eux-mêmes : ainsi nous pouvons les appeler immortels. Mais nous ignorons si la destruction de l'univers n'ira pas jusqu'à l'anéantissement des élémens qui le composent.
Même page.
Pré tendra s- tu toujours à l'honneur de produire , Tandis que tu n'as pas le pouvoir de détruire "^
Malgré ce pouvoir de vie et de mort que les alchimistes s'attribuent, ils ne peuvent ni anéantir les corps simples, ni les produire, ni les transmuer. Quand les bonnes raisons et les mauvais succès pourront enfin leur ouvrir les yeux, il:?' ne chercheront plus la pierre philosophale.
Qu'est-ce donc que l'instant où l'on cesse de vivre.^ L'instant cii de ses fers une anie se délivre.
Lucrèce lui-même a dit la même chose , si opposée à son sys-
tome, dans ces trois vers que cite Lactanee, en les attribuant à la force de la vérité , qui a fait parler ainsi ce poète :
Cedit cuim relro de terra quod fuit antc
In terram ; scd quod missum est ex aethcris oris ,
Id rursùs cœli ftilgeutia terapla receptant.
Bayle, à l'article de Lucrèce, veut donner à ces vers un sens forcé, que certainement ils ne présentent pas, et la réflexion de Lactanee est juste : Lucretiiis ohlitus quid assereret , et quod doginadefenderct ^ hos versus posait ; s éd. vîctus est veritate , et itnprudenti ratio vera suhrepsit. Liv. vu, c. 12.
Page 39.
N'est-ce pas cet esprit plein de son origine, etc.
Quelle volupté ne nous cause pas la découverte des vérités abstraites, volupté entièrement spirituelle! Pytliagore, pour avoir trouvé les carrés des côtés d'un triangle, sacrifia une hécatombe en actions de grâces. Platon vante le bonheur de ceux qui peuvent contempler le beau et le bon dans leur principe. Nous ne pouvons voir des vérités éternelles et immuables que dans une lumière éternelle et immuable. L'être capable d'être éclairé par une pareille lumière n'est pas matériel : Ex hoc habet arguwentum divinitatis suœ , dit Sénèque , quod divina délectant , nec ut alienis interest , sed ut suis, Cicéron, dans le Traité de la Vieillesse, fait la même réflexion : Sic mihi persuasi , sic sentio , quuni tanta celéritas aniinorurn sit , tnnta tncmoria prœteritorum. , futurorumque providentin , tôt artes , luntœ scientiœ , tôt inventa , non posse cam naturarn , quœ res cas contineat , esse mortalem. Et dans les Tusculanes, il dit encore que nous devons connoître notre ame, que nous ne voyons pas, comme nous connoissons Dieu sans le voir, mais par ses œuvres : Mentem. horninis, quawvis cam non videasy tarncn ut Deum agno-
i48 LA RELIGION.
sris cjo operihus cjus ; sic ex jnemorîâ rerum et invcntione , et celeritale motus ^ omniqiie pulchritudine r>irtutis ^ rnenteni agnoscito.
Page 39.
Et revient tout chargé fie richesses immenses ?
Les plaisirs de l'esprit, dit vSherloke, ne dépendent point du eorps; or, si l'ame a un bonheur indépendant du corps, elle a donc un principe de vie indépendant du corps. Or, si elle est spirituelle, elle peut donc survivre au corps, a Je ne « prétends pas, ajoute-t-il , donner des preuves démonstratives « de sa spiritualité ; mais il nous est plus aisé de la prouver que « sa matérialité. »
Même page.
Pascal , que sur la terre à peine j'aperçoi ;
Pendant une carrière si courte , accablé d'infirmités continuelles, à peine a-t-il vécu, à peine a-t-il écrit. Quel nom il a laisse !
Page 4o-
Boileau, Corneille , et toi que je n'ose nommer, Vos esprits n'étoient-ils qu'étincelles légères, Que rapides clartés, et vapeurs passagères ?
Cicéron fait valoir cet argument : Quid procreatio liherorum ^ quid propagatio noininis ^ quid ipsa sepulcrorum inonumenia sigiiificant ^ nisi nos futura cogitare ? Sur quoi Montaigne fait cette réflexion : « Un soin extresme tient l'homme « d'allonger son estre. Il y a pourvu par toutes ses pièces. Pour « les corps sont les sépultures , pour les noms la gloire. Il a
lyOTES m] (JIAN l SECOIND. 1/19
« oinplové toutes ses opinions à se rebâlir, iinpalicul de sa ■1 l'ortune, et à s'étayer. L'anie va (|iiètant de toiile |>arl des u consolations, où elle s'attaclie et se plante. » Monlaii^ne en devoit conclure la j^randeur d'un être que rien de périssable ne peut contenter.
Même page.
Je veux lu'éleiuiser, etc. ' '
Cette preuve frappoit Saint-Évrcmoht : « La preuve, dil-i! , !< la plus sensible que j'aie trouvée de l'immortalité d(; Tame , « est le désir que j'ai de toujours être. »
Page 41.
Sur la terre, il est vrai, je vois dans le malheur La vertu gémissante, et le vice en honneur;
iTidi lacrymas innocenlium et ne mine m consolalorein. Ecel. IV, 1. ce désordre a souvent fait murmurer les païens contre la Providence. C'est ainsi que s'exprime Claudien :
Sed cura res liomiuum tautâ caligine volvi Aspicerem, Isetosque diù fl^vrere noccntes , Vexarique pios , rursùs labefacta cadebat
Relligio
Abstulit hune tandem Rufini pœna tumnltum , Absolvitque deos.
Cette raison est fausse : le ciel ne se justifie pas toujours de cette façon. Combien de scélérats n'ont j)oint été punis siu- la terre! Claudien en devoit conclure un autre séjour où tout sera rétabli. « Si la mort étoit la ruine de tout, disoit Platon , « ce seroit un grand gain pour les méchans.... Mais non : notre «1 ame emporte avec elle ses bonnes et ses mauvaises actions , « qui sont la cause de son bonheiu^ ou de sou malheur éternel, w Voilà la réponse à toutes les difticultés sur la Providence. Dans
35o LA RELIGION.
[e monde moral, comme dans le monde physique, nous accusons à tort la Providence :
Nous ne voyous eucor que le coiu du tableau , Et nous voulons déjà juger de tout l'ouvrage.
Page 4i.
Pères des lîctions , les poètes menteurs ,
De ces dogmes , dit-on , furent les inventeurs ; etc.
Les poètes ont conservé par leurs fables la tradition universelle de l'immortalité de l'ame. C'est ce que dit Cicéron : Pervianere animos arbitramur , conscnsu nationum omnium ; quâ in sede maneant , qualesque sint, ratione discendum est : cujus ignoratio finxit inferos.... indè Homeri tota vexuia; indè in viciniâ nostrâ Averni lacus , etc. Et de là aussi la description des enfers dans Platon, qui dépeint le séjour des justes et le séjour des médians. Ceux qui ont commis des crimes qui peuvent être expiés par des peines passagères, n'y restent qu'un an.
Même page.
. . « par les maux que je souffre en ces lieux « Apprenez, 6 mortels, à respecter les dieux! »
Virgile dépeint un impie dans le Tartare qui s'éciie :
Discite justitiam nioniti, et non temnere divos.
Page 42- Et je l'admirerois jusqu'au dernier instant, etc.
Socrate, qui paroît si admirable dans le récit que Platon fait de sa mort, finit ses fameux discours en demandant qu'on offre un coq à Esculape. Ceux qui ne peuvent se persuader que la dernière parole de ce héros de l'antiquité ait été si puérile y
clierchcut un sens allogorique; mais ce sens est h'wn envelopjx'-, et la réponse de Cri ton , nous ferons ce que vous souhaite?^ , fait voir qu'il prend la parole de Socrate dans le sens natni el , c'est-à-dire dans le sens superstitieux.
Même page.
De rimiiiortalitc tes promesses pompeuses
A moi-même , o raisou , me devienneut douteuses !
Sénèque a ainsi appelé les preuves de l'immortalité de l'ame : Credebam facile opinionibus magnorum im^orum , rem gratis simain prom ittentium magis quàm prohaiitium. Cicéron paroît quelquefois penser de même. Ce n'est pas que la raison ne donne de cette vérité des preuves certaines ; mais comme elles sont toutes spirituelles, l'ame les oublie quand elle retombe dans les sens, et elle y retombe souvent. Ce qui a fait dire à M. Bossuet : « L'ame dégradée par le péché, captive du « corps d'oii lui viennent ses plaisirs et ses doideurs, ne pense, « pour ainsi dire, que corps, et, se mêlant avec le corps qu'elle « anime, elle a peine à la fin à s'en distinguer; elle s'oublie, et «. se méconnoît elle-même. »
Même page, Cruellement paui sans me trouver coupable , etc.
La douleur, l'ignorance, la concupiscence et la mort sonr des supplices; et Dieu, dont la puissance est la volonté, cujus potestas , voluntas est, ne veut pas punir un innocent.
Page 43.
Sans cesse l'on écrit , et sans cesse (m répète.
Suivant Juvénal , tenet insanahile multos scribendi cacoëthes. Ce mal est bien ancien, puisque Salomon, EccJes.xîi, i'2,disoit
i52 LA RELIGION.
déjà : Scribendi plures libros nulliis est finis. Montaigne , se plaignant de ce qu'il appelle l'écrivaillerie de son siècle, dit qu'on devroit faire des lois contre les écrivains ineptes et inutiles comme on en fait contre les vagabonds et les fainéans : « Alors, « ajoute-t-il , on banniroit moi et cent autres. »
Page 4'^.
Quelques-uns, ui'a-t-on dit , cherchant la vérité, etc.
Tous les peuples ont été plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, et tous les peuples ont eu des philosophes qui ont cherché la lumière : les prêtres en Egypte , les mages dans la Perse , les brachmanes dans les Indes, les druides dans les Gaules, et les fameux sages de la Grèce. Quelle lumière ont-ils trouvée ? s'ils en avoient trouvé une certaine, on n'eût point vu tant de systèmes et tant d'écoles.
Même l)age.
Nos folles vanités font pleurer Heraclite ;
Heraclite, surnommé le pleureur, gémissoit de la folie du genre humain ; Démocrite s'en moquoit. Tous deux avoient raison, et en même temps tous deux étoient fous de porter les choses à l'excès.
Même page.
Habitant des tombeaux, que t'apprend leur silence .^
Démocrite, qui se retira dans les tombeaux d'Abdère pour mieux méditer, attribuoit à la rencontre fortuite des atomes la création du monde, et même la liberté de l'homme. Quel rapport entre la déclinaison des atomes et cette liberté ? Ce système, qui fut aussi celui d'Épicure et de Lucrèce, fait honte à l'esprit humain.
NOTES DU CHANT SECOND. i53
Page /,/,.
Par honneur, Hîppocrate, ou par j)ltié du moins, Va guérir ce rêveur si digne de tes soins.
Les Abdéiitains , craignant que Démocrite ne devînt fou, lui envoyèrent Hippocrate pour rétablir sa santé altérée.
C'est à l'eau dont tu sors que Thaïes nous ramène. L'air seul a tout produit, nous dit Anaximène.
La folie des philosophes a toujours été de chercher l'origine des choses. Suivant Thaïes, c'étoit l'eau; suivant Anaximène, c'étoit l'air; et suivant Heraclite, c'étoit le feu.
Même page.
Et de son indolence, au milieu d'un orage, Un stupide animal est en effet l'image.
Pyrrhon, dans une tempête, montra à ceux qui étoient avec lui dans le vaisseau un pourceau qui mangeoit aussi tranquillement qu'à son ordinaire , voulant les rassurer par cet exemple. Ce philosophe, qui doutoit de tout, à donné son nom à une secte nombreuse.
Même page.
Oui, sa lanterne en main Diogène m'irrite :
Diogène n'avoit ni religion, ni pudeur, ni raison. Et quand Alexandre disoit qu'il voudroit être Diogène, s'il n'étoit pas Alexandre , il faisoit voir que son envie de se distinguer du reste des hommes alloit jusqu'à la folie. Cet homme dévoué à la gloire, dont il ne connoissoit ni la nature ni les bornes, veut se distinguer à quelque prix que ce soit ; et si ce n'est en dominant sur
i54 LA RELIGION.
tout comme conquérant, ce sera en méprisant tout comme Diogène.
Page 44.
C'est assez contempler ces astres si parfaits , Anaxagore.
Anaxagorc interrogé pourquoi il étoit né, répondit : « Pour « contempler le soleil et la lune. »
Tandis qu'en ces jardins Epicure sommeille , etc.
Épicure est appelé par Cicéron homo Doluptarius ; par Sénèque , niagister voluptatis ; et Horace ne prend pas cette volupté pour une joie spirituelle, quand il se nomme Epicuri de grege porcuin .
Page 45.
Votre austère rival, pâle, mélancolique .,
Fait de ses grands discours résonner le Portique.
Le fameux, portique d'Athènes, sous lequel Zenon, chef des Stoïciens, tenoit son école. Il se fit devenir pale, parce que l'oracle lui avoit recommandé de prendre la couleur des morts.
Même page.
Je ne puis comme lui rire dans la douleur ;
Les Stoïciens, dans leur orgueilleuse philosophie, faisoient de leur sage un homme que rien ne pouvoit ébranler. Un d'eux, dans les vives douleurs de la goutte, s'écria : « Tu as beau « faire, douleur, je n'avouerai pas que tu sois un mal. »^
NOTES DU CHANT SECOND. i55
Même page.
Incertain comme lui, u osant rien îiasardei" , etc.
Socrate et Platon ont débité des vérités admirables, mais toujours avec un air de doute : Suum illiul ^ nlhll ut ajfirmet^ ienet ad cxtremum, dit Cicéron de Socrate; et il dit de Platon : In Platonis libris nil ajfirmatur : in utramque partern multa disseruntur.
Même page.
Son disciple jaloux , prompt à l'abandonner, etc.
Aristote , après avoir été long-temps disciple de Platon , se sépara de lui, et se fit chef d'une secte contraire. Il donnoit ses leçons en se promenant dans le Lycée. On ne sait ce qu'il a pensé sur l'immortalité de l'ame : ce qui est d'autant plus étonnant , qu'il a écrit sur l'ame, et a fait des traités de morale.
Même page.
Le mystique vieillard m'appelle en Italie ;
Pythagore, qui débitoit ses principes sous le voile des énigmes, ordonna à ses disciples l'ab-stinence et le silence. On sait son système de la métempsycose :
Omuia mutautur, uiliil interit, errât, et illiuc Hue venit, hiuc illuc, et quoslibet occupât artus Spiritus , èque feris liumaua in corpora trausit; Inque feras noster.
OviD. Metam. ]. xv^
Page 4^-
Du seul iils d'Ariston je n'ai point à me plaindre :
Platon, Iils d'Ariston, a bien senti la difficulté ; ce n'est pas
i56 LA RELIGION.
sa faute s'il n'a pu la résoudre : Rem vidit, causain ncscivU. La réminiscence qu'il s'imaginoit , c'est-à-dire l'opinion que nos âmes ont existé avant nos corps, n'y répond pas, non plus que le système fameux des deux principes. Cicéron dans son Hortensius, cité par saint Augustin, approchoit de plus près, en disant que nous naissons pour expier quelque crime commis dans une yie précédente : Ob allqua s cèlera suscepta in vitd superiore y pœnarurn luendarurn causa nos esse natos. Mais quelle avoit été cette vie ? Bayle avoue qu'on ne peut se tirer de cette difficulté que par la révélation : « L'histoire, dit-il, est le récit « des malheurs et des crimes des hommes. Il n'y a point de « ville sans hôpitaux ni potences, parce que l'homme est mal- « heureux et méchant. Mais pourquoi les païens n'avoient-ils « rien à dire de bon sur cela? C'est par la révélation qu'on peut « s'en débarrasser. »
L'Etre toujours heureux rend heureux ses ouvrages :
C'est le\grand principe que saint Augustin répète contre Julien pour prouver le péché originel : Suh Deo justo nemo misej\ nisi înereatur. Ce principe si vrai est le fondement de deux épîtres sur l'homme, qui sont à la suite de ce poème.
Même page.
Il nous punit : de quoi .^ Nous l'a-t-il révélé ?
Si nous sommes malheureux, nous sommes punis; et si nous sommes punis , nous sommes coupables : Ipsum qui non débet puniri^ condemnare , exterum œstimas 4 ^"<^ virtute, Sap. XII, i5.
Page 47.
Platon ne parle plus, ou je l'entends lui-même Avouer le besoin d'un oracle suprême.
(( A moins , dit-il dans le Phédon , qu'on ne nous donne une
« voie plus sûre, comme quelque promesse ou révélation di- « vine, arni que sur elle, comme sur un vaisseau qui lu) court aucun danger, nous achevions heureusement le voyage de " notre vie. »
Même page.
Mon cœur désespéré se livre à sa fureur.
'( J'admire, dit M. Pascal, comment on n'entre pas en déses- « poir d'un si misérable état. » M. Voltaire prétend réfuter cette pensée : « Quand je vois Paris ou Londres, je ne vois au- « cune raison pour entrer dans ce désespoir dont parle M. Pas- « cal. J'y vois des hommes heureux autant que la nature hu- « maine le comporte... Il y a bien de l'orgueil et de la témérité « à prétendre que par notre nature nous devons être mieux « que nous ne sommes ! » Je te prétends sans me croire orgueilleux ni téméraire ; et qui se console parce qu'il voit Paris et Londres, peut bien appeler ces objets de consolation solatia luctûs exigua ingentis. Quelques agrémens que nous puissions trouver sur la terre , nous sentons bien qu'ils sont, comme dit •iaint Augustin, solatia miserorum.
Page 48.
Montaigne m'entretient de sa douce indolence : Sait-il de quel côté doit pencher la balance ?
Il est représenté regardant une balance suspendue en l'air, avec cette devise : que sais-je ?
Même page.
Ce n'est pas vers ce but que Bayle veut marcher :
J'en parle plus au long dans mon épître à M. Rousseau.
i58 LA RELIGION.
Page 48.
Pour toi, coupable auteur d'un ténébreux système, etc.
Ceux même, qui se vantent d'entendre le mieux Spinosa ne s'entendent pas entre eux. Bayle , plus capable qu'un autre de . saisir son système, après avoir réfuté son grand principe, que Dieu est tout, répond à ceux qui l'accusoient de réfuter Spinosa sans le comprendre : « Si je n'ai pas entendu cette propo- « sition, ce n'est pas ma faute. Je parlerois avec moins de « confiance , si j'avois écrit contre tout le système de Spinosa : « il me seroit sans doute arrivé plus d'une fois de n'entendre « pas ce qu'il veut dire , et il n'y a nulle apparence qu'il se soit « bien entendu lui même. » Il est vrai que dans ce système, plein de confusion et de ténèbres, tout est incompréhensible hors l'impiété. Il est dit dans l'anti-Lucrèce :
Oinnigcni Spiuosa Dei fabricator , et orbem
Appellare cjcum, ne quis deus iiuperet orbi,
Tauquam esset domus ipsa , domum qui condidit, ausiis.
Le déiste du moins me parle sans détours : Content de sa raison qu'il me vante toujours, etc.
C'est Bayle lui-même qui , dans l'article des manichéens , compare la raison à la loi de Moïse : « La loi, dit-il, suivant <c les théologiens , n'étoit propre qu'à faire connoître à l'homme « son impuissance, la nécessité d'un rédempteur et d'une voie « miséricordieuse : elle étoit un pédagogue pour* nous mener « à Jésus- Christ. Disons à peu près de même de la raison : « elle n'est propre qu'à faire connoître à l'homme ses ténèfcbres, son impuissance, et la nécessité d'une révélation. » Elle l'a fiiit jusqu'ici, elle va me guider encore dans la recherche de ccfte révélation, en me montrant les preuves de la reîi-
i^MOii vérirablc. Elle va ine conduire jusqu'à celui qui guérit les maux, de la grandeur desquels elle m'a si bien convaincu. C'est ce qu'elle ne pouvoit faire pour les païens. Les plus éclairés étoient aussi convaincus par elle de ces mêmes maux ; et, reconnoissant que Dieu étoit irrité contre nous, ils pouvoient comparer le supplice qu'il nous faisoit souffrir, en réunissant en nous tant de grandeur et de misère, au supplice que ce tyran dont parle Virgile faisoit souffrir à ceux qui, attachés à des corps morts , périssoient lentement dans cet embrassement funeste :
Mortua quinetiam jungebat corpora vivis, Çomponens manibusque nianus, atqiie oribus ora : Toriiicnti geniis! et r.auie taboque fiiieutes Complexu iu misero longà sic morte uecabat.
Voilà l'état affreux de l'homme depuis le péché : tel est ce joug
terrible imposé sur lui dont parle l'Eccles. c. xl, i. Occupatio
ina^na creata est omnibus honnnïbus ^ et juguîn grave supe?'
fillos Adanii , à die exitûs de ventre rnatris eorum usque in
diem sepulturœ, etc. Les pélagiens, qui nioient le péché originel,
étoient forcés de soutenir que nous étions dans le même état
où Dieu nous avoit créés. Saint Augustin, en leur opposant la
peinture de l'homme depuis sa naissance jnsqu'à sa mort, leur
demandoit comment une créature innocente pouvoit naître si
malheureuse. Il ftmt, leur disoit-il, accuser Dieu ou d'injustice
ou d'impuissance : Sed quia nec injustus , nec impotcns est
Deus , restât qubd grave jugum super fdios Adami non Juisset ,
nisi delicti originalis meritum prœcessisset. C'est donc à ce
péché que la raison nous rappelle, et c'est par là qu'elle nous
fait sentir la nécessité d'une révélation.
Même page.
Ouvre les yeux , ingrat ; connois-la tout entière. Cette même raison m'éciaire comme toi :
Qui la connoît tout entière ne se livre pas à elle seule.
i6o LA RELIGION.
Elle est une lumière obscurcie : Ohrutus quidam divinus ignis , disoit Cicéron. Sa lumière et son obscurité l'ont fait trop estimer des uns, et trop mépriser des autres. De là ces sectes si différentes entre elles , des stoïciens et desPyrrhoniens, qui ont pour fondement, l'une notre orgueil, l'autre notre misère : Ut solum certain sit , nihil esse certi, nec miserius quidquam aut superhius ^ disoit Pline le naturaliste. Montaigne, qui a poussé le pyrrhonisme jusqu'à dire en regardant sa balance, que saisje? et non pas je ne sais ^ parce qu'il ne veut rien assurer, et qu'il doute même s'il doute, ne s'attache qu'à humilier l'homme. « L'iujnorance et l'incuriosité, dit- il, sont deux doux oreillers « pour une teste bien faite. •» Bayle appelle la raison un principe de destruction, et non d'édification, qui ne sert qu'à des doutes. Et comme il se contredit souvent lui-même, il a mieux qu'un autre prouvé la foiblesse de l'homme. Les anciens pyrrhoniens étoient excusables. La raison alors ne pouvoit pas mieux faire pour nous. Mais depuis qu'elle nous mène à la religion , des personnes comme Montaigne et Bayle sont-elles excusables? « Exclure la raison et n'admettre que la raison, dit « M. Pascal, sont deux excès également dangereux. » Tout croire et' ne rien croire sont aussi deux excès, qui, quoique opposés, ont une même source, le défaut d'examen. Qui croit tout, prend la moindre lueur pour une véritable lumière ;'qui doute de tout, prend le moindre nuage pour ime véritable obscurité.
Page 4«-
D'une religion je lui dois le désir.
La raison nous dit elle-même qu'elle ne peut nous donner des lumières certaines. La preuve en est dans le passage du Phédon que j'ai déjà cité. Socratc, qui y débite avec tant d'éloquence les preuves de l'immortalité de l'ame, est forcé d'avouev
NOTES DU CHANT SECOND. i6i
que ces preuves ne sont pas des assurances, mais des espérances : « Il faut cependant, dit-il, sur elles, comme sur une nacelle , « passer la mer orageuse de cette vie, à moins que nous ne « trouvions quelque promesse divine, quelque révélation qui « sera pour nous un vaisseau qui ne craint point les tempêtes. » Ce passage d'un païen couvre de honte nos impies. S'ils souliaitoient qu'il y eut une révélation, ils ne douteroient pas de la vérité de la nôtre. S'ils ne souhaitent pas qu'il y ait une révélation, ils n'écoulent donc pas la raison,
ADDITION A LA NOTE de la page 146.
J'ai dit dans cette note que nous ignorons , etc. C'est plutôt incertitude qu ignorance : car la révélation en parle ; mais on dispute sur ce qu'elle en dit. Elernenta solventur , dit saint Pierre, XuôxaovTat, -rwsrai : cela ne dit pas anéantissement. Mutahis eos fcœlosj, et mutabuntur, dit le Psalmiste : le simple changement ne pouvoit être plus expressément marqué. Aussi saint Augustin tient-il pour le simple changement, lorsqu'il dit : Mutatione rerum , non omninb interitu , transibit hic mundus... Figura prœterit , non natura. (DeCiv. 1. xx. ) Saint Jérôme le pensoit de même. Didici ^ dit Salomon, quod omnia opéra quœ fecit Deus , persévèrent in perpetuum. L'hébreu est plus fort : erunt in perpetuum. Eccl. m, 14. Cela seul justifie mon vers.
î62 LA RELIGION.
Page 49.
Ces peuples que l'erreur rendit ses ennemis , Contre elle révoltés, à son Dieu sont soumis.
Comme dans cet ouvrage il ne s'agit pas de la catholicité de l'Eglise, mais de la vérité de la religion chrétienne, toutes les sectes chrétiennes sont également pour moi. A la fin du sixième chant, je parlerai de celles qui ont eu le malheur d'être séparées de nous.
Même page.
Opposer à ce nom celui de musulman.
Musulman signifie vrai croyant. C'est le titre que se donnent les sectateurs de Mahomet ; mais si l'Évangile est vrai , Mahomet est un imposteur , puisqu'il établit une religion contraire; et si l'Évangile est faux, Mahomet est encore un imposteur, puisqu'il s'en autorise, et se dit envoyé pour le confirmer. ^
Même page.
Mais de la Mecque en vain le fameux fugitif, etc.
On prétend que Mahomet, indigné contre la Mecque, lieu de sa naissance, dont il avoit été obligé de s'enfuir, voulut que
NOTES DU CHANT TROISIEME. i(B
Modine fut le lieu de sa sépulture . C'est à Médine que son fameux tombeau attire les musulmans, qui doivent faire ce pèlerinage une fois en leur vie.
Page 5o, Que dicta , nous dir-on , la colombe au prophète.
On a dit que Mahomet se mettoit du grain dans l'oreille, et avoit dressé un pigeon à l'y venir prendre, pour faire croire qu'une colombe venoit lui parler par l'ordre du ciel. Il est vrai que Reland, dans son traité de la religion mahométane, nie ce fait avancé par Grotius. Cependant, suivant un passage de deux Maronites, cité par Baylc, art. Mahomet^ on trouve dans le territoire de la Mecque des pigeons qu'on respecte comme sacrés, parce qu'on croit qu'ils descendent de celui qui parloit à Mahomet. Si ce second fait est véritable, il prouve le premier.
Même page.
Oui, le rival du Dieu que les chrétiens m'annoncent, etc.
Mahomet avoue que Moïse fut d'abord envoyé du ciel, et après Moïse vint le Messie, qu'il appelle le Verhe. Voici comme il parle , suivant la traduction de du Ryer : « Le Messie Jésus , « fils de Marie, est prophète et apôtre de Dieu , son verbe et son « esprit. Les Juifs disent l'avoir crucifié : certainement ils ne « l'ont pas crucifié, mais un qui lui ressembloit. Dieu l'a enlevé, « et il sera témoin contre eux au jour du jugement. > Si ce Jésus est prophète et apôtre , Mahomet ne l'est donc pas.
Même page.
L'un et l'autre hémisphère est rempli de ta loi.
Je ne comprends pas pourquoi Bayle, à l'article i^f<7/^o/7^e^^
i64 LA RELIGION.
avance que sa religion est plus étendue que la chrétienne. Il ne s'agit pas de comparer l'étendue des pays mahométans à l'étendue des pays chrétiens, mais le nombre des hommes qui croient à Mahomet ou à Jésus-Christ. En réunissant toutes les sectes chrétiennes, il est certain que les chrétiens sont en beaucoup plus grand nombre : la terre en est remplie. Les mahométans possèdent de vastes pays , mais ils n'y sont jamais seuls. L'église grecque est très-nombreuse : il y a beaucoup <le chrétiens parmi les mahométans; il n'y a point de mahométans parmi les chrétiens. Voyez Grotius, de vera relig. 1. 1, tit. 8i.
Page 5o.
A peine da néant l'homme venoit d'éclore , Déjà couloit pour lui le pur sang que j'adore.
Saint Jean, Apoc. c. xiii, 8, dit que l'Agneau a été immolé dès la création du monde : Qui ( Agiius J occisus est ah origine mundi. Ce qui est vrai en plusieurs manières : i^ parce que Dieu avoit formé le décret éternel de la mort et de la passion de Jésus-Christ; i^ parce que les mérites de sa mort ont été appliqués aux hommes depuis Adam jusqu'à Jésus-Christ, comme ils le sont depuis Jésus-Christ jusqu'à la fin des siècles; B*^ parce que les sacrifices des patriarches et des prêtres de l'ancienne loi, étoient des types du sacrifice du sauveur du monde.
Même page. ^
Son histoire est la leur. Elle ne leur présente Que traits dont la mémoire étoit alors récente ;
Quelques-uns sont éloignés; mais les témoins ne le sont pas, parce que les premiers hommes vivoient sept à huit cents ans. Du temps de Moïse, un homme pouvoit avoir vu Joseph, dont
NOTES DU CHANT TROISIÈME. i65
le père avoit vu Scmiî , qui avoit vu Mathusalcni , qui clevoÏL avoir vu Adam. Si Moïse avoit voulu tronquer, il n'eût point mis si peu de générations depuis la création du monde.
Page 5i.
Dans ce livre par eux de tous temps révéré.
« Ce livre qui les déshonore, dit M. Pascal, ils le conservent « aux dépens de leur vie : c'est une sincérité qui n'a point « d'exemple dans le monde, ni sa racine dans la natuie. »
Même page.
Le nombre des mots même est un nombre sacré.
Rien n'est plus surprenant que l'application et l'industrie que les Juifs ont apportée pour préserver la loi de toute corruption qui auroit pu s'y glisser, ou par l'ignorance des copistes, ou par la malice de leurs ennemis. Ils ont inventé pour cela la Masore, qu'ils ont appelée la haie de la loi , et qui consiste : i*' à marquer par des points-voyelles tous les mots, dont l'usage auparavant fixoit la lecture; a° à compter toutes tes sections, les chapitres, les mots et les lettres des mots; les a, les è, etc. de chaque livre et de tous les livres ensemble de la loi, et de marquer la lettre du milieu du livre, comme dans la dernière bible de Vanderhooght. R. Joseph de Crète, cité par Ruxtorf dans son Tiherias ^ écrit : « Nos maîtres ont dit qu'il y « avoit dans la loi 600,000 lettres, selon le nombre des Israé- « lites ; mais Rabbi Saadi assure qu'il y en a environ 800,000. '< Je n'entreprends pas de concilier ces différens sentimens. « Que Dieu éclaire nos yeux par l'avènement du Messie. Amen. » A oilà un beau motif du désir du Messie pour apprendre le nombre des leUres de la loi, au lieu de désirer d'en obtenir de lui l'esprit !
i66 LA RELIGION.
Page 5i,
Sans villes et sans rois , sans temples , sans autels.
C'est ce que dit le prophète Osée, c. m, 4 : Sedehunt filil Isract sine rege , et sine principe , et sine sacrljicio , et sine altari.
Même page.
Ce qu'il fut , ce qu'il est, ce qu'il doit être un jour.
Le traducteur italien dit de même en un seul vers :
Ciô clie fù, ciô ch'egli è, ciô ch'esser deve.
Page 52.
Tandis qu'un peuple seul , que tout peuple déteste.
Trois choses remarquables sur les Juifs : i° leur grand nombre malgré le carnage horrible qui s'en est fait sous les empereurs romains, et dans plusieurs persécutions qu'ils ont essuyées depuis ; 2" leur dispersion et leur durée sur toute la terre malgré la haine de toutes les nations; 3" leur attachement à leur loi malgré la raison , qui leur dit que le temps de cette loi est passé, et malgré leur penchant. Ce peuple qui, sous ses prophètes , sous ses rois , à la vue même de leur temple, étoit toujours prêt à embrasser les religions étrangères, est resté depuis sa ruine constamment attaché à la sienne pour être de la nôtre une preuve continuelle et vivante. Cet attachement à leur loi est cause de leur multiplication, parce qu'ils regardent le célibat comme un état de malédiction : il est cause qu'ils ne sont jamais confondus avec les autres peuples, parce que, loin de s'unir à eux par le mariage, leur obligation de ne manger que les choses qu'ils ont eux-mêmes préparées les empêche d'avoir même avec eux la société de la table. Par là, méprisés et haïs partout, déclarés incapables
déposséder des biens-fonds, ils sont obligés de vivre du trafic, par conséquent d'être disperses par tout le monde. C'est ainsi que s'accomplissent les prophéties. On voit dans ce' peuple toujours écrasé, jamais anéanti, une réprobation et une conservation miraculeuse. C'est Caïn souillé du sang du juste : il est errant, mais il porte un signe afin que personne ne le tue.
Même page.
Maudit soit le mortel par qui sont calculés
Des jours cent fois prédits , dès long-temps écoulés !
C'est le douzième des treize articles de leur foi, dressés par Rabbi Moïse, fils de Maimon, le plus raisonnable des rabbins : « Maudits soient ceux qui supputeront le temps du Messie ! »
Le voile tant prédit est sur eux étendu.
Ce voile, figuré par celui de Moïse , est resté sur les yeux des Juifs jusqu'aujourd'hui. Nous le disons encore, comme saint Paul le disait, 2 Cor, m, 14 : Usque in hodiernum diem idlpsiun veLamcn manet.
Même page.
Sans doute il est sacré, ce livre dont je voi Tant de prédictions s'accomplir devant moi,
La venue d'un libérateur , la réprobation des Juifs , la vocation des gentils, trois grands objets des figures et des prophéties des livres saints, dont l'accomplissement frappe aujourd'hui tous les yeux. Malgré une preuve pareille de la vérité de ces livres, chercher à en douter, à cause de quelques obscurités sur la chronologie, ou de quelques différences de mots entre les anciens textes, c'est chercher à faire naufrage, et vouloir se
i68 LA RELIGION.
briser contre des grains de sable lorsqu'on ne trouve point d'écueils.
Page 53.
Et'vois d'abord un ouvrier parfait Dont, au coimneîicement , la parole a tout fait.
Parce qu'il n'a pas besoin, comme les autres ouvriers, de trouver la matière à laquelle il doit donner la forme. Avant la création, excepté Dieu, rien n'étoit. C'est pourquoi Moïse dit, Gen. I, I : «Au commencement, Dieu créa, etc. »
Page 54.
Quand tout pour nous punir s'armoit dans la nature, L'homme entendit parler d'une gi-ace future ;
On ne peut donner qu'un sens prophétique à ces paroles. Ainsi , dans le même moment où Dieu prononce aux hommes leur sentence de condamnation, il leur fait espérer un libérateur.
Même page.
On peut donc l'expliquer par ce livre admirable Aux Platon corarae à moi fénigme inconcevable.
Pourquoi sur la terre tant de beautés et d'imperfections? Pourquoi dans l'homme tant de grandeur et de misère? Pourquoi dans Dieu tant de colère et d'amour? La raison, qui ne peut expliquer cette énigme , aimoit mieux autrefois admettre deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, que de n'en admettre qu'un si contraire à lui-même. La révélation nous apprend que les contrariétés ne sont point dans l'ouvrier, et ne sont dans l'ouvrage que par le changement que le péché y a causé. L'édifice est renversé, mais ses ruines font reconnoître sa grandeur.
Même page.
Enfin je ne suis plus un mystère à moi-même ;
« L'homme, dit M. Pascal en parlant du péché originel , est « plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n'est in- « concevable à l'homme. »
Même page.
Le nœud se développe , etc.
Tout ceci suppose ce qui a été dit à la fin du second chant.
Page 55.
L'ouvrage fut parfait , il est défiguré.
M. Bossuet dit admirablement : « L'homme est tombé en « ruines, le comble s'est abattu sur les murailles, et les murailles « sur le fondement; mais qu'on remue ces ruines, on trouvera « dans les restes de ce bâtiment renversé et les traces de la « fondation , et l'idée du premier dessin , et la marque de l'ar- '« chitecte. »
Même page.
Pour prolonger des jours destinés aux douleui's, Naissent les premiers arts , enfans de nos malheurs.
La Genèse en marque la naissance long -temps avant le déluge. Lucrèce prouve que le monde n'a pas été éternel, par la naissance des arts. Pope, dans son Essai sur l'homme, prétend que les bêtes nous ont appris les arts; l'abeille à bâtir, la taupe à labourer, les vers à faire de la toile, etc. Démocrite a voit eu la même opinion. Mais qu'en peut-on savoir? Nous avons assez de sujets véritables de nous humilier sans en chercher d'incertains. Il est remarquable que la Genèse donne l'invention des
iiistruiïiens de musique , et l'art de fondre les métaux, à la race des méchans , à celle de Caïn.
Page 55.
Un ruisseau par son cours, le vent par son haleine, etc.
On sait que les anciens ne connoissoient que les moulins à bras. Une ancienne épigramme grecque fait juger que les moulins à eau ont été connus du temps d'Auguste ; cependant il ne paroît pas que les Romains en aient fait usage. D'abord on faisoit rôtir le blé, et on le broyoit avec une pierre , ce qui fait dire à Virgile : Et tonere parant Jlammis , et frange re saxo. L'usage des meules vint ensuite. Les moulins à vent n'ont été connus que très-tard.
Page 56.
Mais un juste épargné va rendre en peu de temps , etc.
Bérose, historien prophane, cité par Joseph contre Appion, parle du déluge universel dans les termes de Moïse. Abydénus, autre historien cité par Eusèbe , rapporte l'histoire de l'arche qui sauva du déluge les hommes et les animaux. Plutarque parle de la colombe qui sortit de cette arche , et rapporta des marques du retour du beau temps. Ce passage de Plutarque e^t dans son traité : Si, les animaux terrestres ont plus de sagacité que les animaux aquatiques. Lucien , dans son traité de la déesse de Syrie , parle aussi de cette histoire de l'arche. Tant d'autorités tirées des païens doivent confondre ces beaux esprits qui tournent en risée des faits éclatans dont ils n'ont point approfondi les preuves. Mais leurs railleries ne peuvent séduire que ceux qui ont comme eux l'ignorance en partage.
Même page.
Des animaux alors on chercha le secours :
Leur chair soutint nos corps réduits à peu de jours.
Le vingt-neuvième verset du premier chapitre de la Genèse a
loujoins iait croire (jifavant le déluge Dieu n'avait pas pernns aux hommes de manger de la chair des animaux , et que ceux qui furent fidèles à ses ordres s'en abstinrent. Ce qui se rapporte à ce que disent les poètes , que dans l'âge d'or on ne mangeoit que des iiuits.
Même page.
Les poètes, dont l'art, par une audace étrange, Sait du faux et du vrai faire un confus mélange , De leurs récits menteurs prirent pour fondemens Les fidèles récits de tant d'événemens ;
La création du monde, l'innocence des premiers hommes, et leur chute dans le crime; l'âge d'or, l'âge d'airain et de fer, un déluge d'où un seul homme est sauvé avec sa femme , le partage de l'univers entre trois frères, une guerre des hommes contre le ciel : voilà de grands événemens dont la mémoire se trouve chez les différentes nations , ou pure , ou altérée , parce qu'ils sont arrivés avant la division des langues , quand les hommes n'étoient qu'une famille. Après leur séparation, chaque partie divisée fit un peuple à part, qui a souvent ignoré ce qui s'est passé chez les autres.
Même page.
Doux empire de Rhée , âge pur, siècle d'or.
Aurea prima sata est aetas, quœ viudice nullo , Spoute sua, siue lege, fidera rectumque colebat. Pccua metusque aberant.
OvîD. Metam. lib. I , v, K9.
Page 57.
La mort tardive alors n'approchoit qu'à pas lents.
Plusieurs anciens historiens, cités par Joseph , attestent la longue durée de la vie des premiers hoiiniies. L'Écriture sainte, l'histoire et les poètes disent la même chose.
jna LA RELIGION.
Page 57.
Lorsqu'un déluge affreux en fut le châtiment.
Quelques impies, voulant nier le déluge universel, disent que les espèces des animaux sont en trop grand nombre pour avoir pu être renfermées dans l'arche. On ])eut répondre à cette objection que les espèces primitives ne sont pas en si grand nombre qu'on le croit communément. Toutes les espèces de chiens, par exemple, peuvent venir d'un premier chien, de même que toutes les espèces de poires viennent d'un premier poirier. Les mêmes pépins produisent des poires différentes, et la même graine d'une fleur produit différentes espèces de cette fleur. La nature, très-variée dans le détail de ses ouvrages, est uniforme dans sa conduite, et fait dans les animaux ce qu'elle fait dans les fruits et dans les fleurs. Ainsi les espèces primitives des animaux se sont multipliées en des espèces particulières par des différences dans la forme extérieure seulement. Quoique l'arrangement des parties principales du corps humain, et la disposition des parties intérieures soit toujours la même , la nature , par ime différence qu'elle met entre les hommes pour la grandeur, la grosseur et la couleur, compose comme différentes tribus d'une même famille sortant d'un même père. Le temps et plusieurs causes particulières que nous ignorons ont fait ces changemens extérieurs; ce sont des jeux de la nature qui par tant d'autres encore semble se plaire à exercer notre curiosité pour la confondre.
Même page.
Fable, histoire, physique , ont un même langage.
Le déluge est attesté par un grand nombre d'auteurs païens. Eu vain l'on veut prétendre qu'ils n'ont parlé que de déluges particuliers, à cause que plusiein^s pavs ont été inondés par la
mer. Bérose, comme je l'ai dit plus haut, parlait d'un déluge universel, et comptait, depuis la création du monde jusqu'à ce déluge, dix générations. Sa chronologie étoit conforme à celle de Moïse. La mémoire du déluge s'est conservée dans presque toutes les nations, et même en Amérique. La nature en donne tous les jours des preuves , suivant ces paroles de M. de Fontenelle, dans l'éloge de M. de Leibnitz : « Les coquillages pétrifiés « dans les terres, des pierres où se trouvent des empreintes de « poissons, ou des plantes qui ne sont point du pays , médailles « incontestables du déluge. » Dans les mémoires de l'académie des sciences 1 7 1 8 , il est parlé de pierres , dans le Lyonnais , sur lesquelles sont gravées des plantes qui ne se trouvent que dans les Indes. Et , dans le volume de 1727 , on trouve un amas de preuves d'un grand bouleversement arrivé sur la terre.
Même page.
Et même l'on diroit que , pour s'accréditer , La fable en sa naissance ait voulu l'imiter.
Quelques savans ont voulu expliquer cette conformité en disant que les païens avoient eu connoissance des livres de Moïse. Mais il suffit que la mémoire d'événemens si considérables soit toujours restée chez les hommes.
Même page.
Dieu descend pour la voir, et confond leur langage.
Nos philosophes ne peuvent nous expliquer pourquoi tant de langages sur la terre , ni même comment a pu s'établir un premier langage. Les hommes, est-il dit dans Horace, furent d'abord muets, mutum et turpe pecus , jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé des mots : donec verha quibus voces sensusque notnrent, nomlnaque invenére. Mais, pour convenir que tels sons
oxprimeroient telles idées , il a fallu se parler. La parole aiiroit donc précédé l'établissement d'une langue, ce qui ne se peut. Lorsqu'une langue a été établie, il n'a jamais été de l'intérêt des hommes de chercher à en établir d'autres. Revenons donc à la révélation : c'est Dieu qui a d'abord établi une langue sur la terre, et en a ensuite établi plusieurs pour punir leur orgueil et les forcer de se séparer pour aller habiter la terre. Nous voyons par l'histoire tous les peuples qui ont fondé des empires partir de l'Orient. Les arts et les sciences partent aussi de l'Orient.
% Même page.
Ne pouvant plus s'entendre, il se faut séparer.
Pour prouver que le monde n'est pas éternel, Lucrèce, 1. v, fait voir les bornes de l'histoire , par laquelle on ne peut remonter au-dessus de la guerre de Troie. Chez toutes les nations, au-delà d'un certain temps, tout n'est que fables , et même ces fables ne tbnt pas remonter plus haut que le déluge. Chez les Chinois, tout est incertain, jusqu'à leur roi Yao, auquel Confucius fait dire, que de soji temps les eaux qui s'étoient autrefois élevées jusqu'au ciel baignaient encore le pied des montagnes. Le règne d'Yao , suivant M. Fréret, Mémoires de l'académie des belles -lettres," tome x, a commencé dix ans après la vocation d'Abraham; et M. Fourmont, dans les mêmes mémoires, tome xiii, dit que, quand on remonteroit jusqu'à Fohi, qu'on croit fabuleux, ce Fohi se trouveroit au temps de Phaleg. Les observations astronomiques présentées à Alexandre, à Babylone , ne remontoient pas par-delà Nemrod. Ainsi ce que l'Écriture sainte nous apprend du commencement du monde, du déluge el de l'origine des peuples, n'est contredit par aucune histoire profane , nî*par aucun monument.
NOTES DU CHANT TROISIEME. r 7 j Page 59.
De l'astre qui pour lui renaît tous les matins , Ainsi que la lumière il attend ses destins.
Suivant Platon et Diodore de Sicile, Tidolâtric commença par le culte des astres : après les astres, on adora les auteurs des arts, les rois, les conquérans, les animaux utiles ou dangereux, les uns par reconnoissance, les autres par crainte. Suivant l'auteur de la Sagesse, l'idolâtrie commença par la sculpture, un père ayant fait représenter l'image de son fils mort. L'auteur de l'Histoire du ciel rapporte , par un système savant et ingénieux, l'idolâtrie à l'écriture symbolique des Égyptiens. Ce système, vraisemblable en quelques points , ne doit pas être étendu trop loin , puisque toutes les divinités ne sont point originaires d'Egypte. La Grèce a eu les siennes. L'idolâtrie a eu différentes origines chez les différentes nations.
Môme page.
Devant son Osiris l'Egypte est en prière :
Osiris , suivant l'opinion commune , donna connoissance aux Égyptiens de plusieurs arts; ce qui le fit adorer après sa mort. L'auteur de l'Histoire du ciel explique autrement l'origine d'Osiris, d'Isis et d'Anubis au visage de chien, qui pour cela est appelé par Virgile latrator Anuhis. Sans examiner ces différens sentimens , il suffit de déplorer l'extravagance humaine , dont ces divinités sont des preuves incontestables.
Même page.
Du barbare Moloch assouvit la colère , etc.
Divinité de Ammonites, à laquelle on sacrifioit des cnfans. Presque toutes les nations ont immolé des victimes humaines; ce
qui fait dire à saint Augustin : « Quelle aliénation d'esprit ! Des « fureurs dont les hommes ne sont pas capables , ramènent les « dieux à la douceur:» Tantus est perturhatœ mentis et sedibus suis pulsce furor j ut sic dii placentur , quemadrnodiim ne homines quidem sœviunt.
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Charaos , qui de Moab engloutit les victimes , etc.
Divinité des Moabites, dont le culte étoit très- favorable aux voluptés, et à laquelle Salomon, séduit par les femmes, fit dresser un temple sur une montagne près de Jérusalem.
O filles de Sidon, vous pleurez Adonis : Une dent sacrilège en a flétri les charmes ; Et sa mort tous les ans renouvelle vos larmes.
Fête célèbre à Tyr et à Sidon. L'idolâtrie se communiqua des Égyptiens aux Phéniciens, de ceux-ci aux Grecs, et des Grecs à tous les autres peuples. Les fêtes d'Adonis qui se passoient à pleurer , firent dirent à Cicéron : Quid absurdius quàm homines morte deletos reponere in deos , quorum omnis cultus essetfuturus
in luctu ?
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Et les Romains, un jour ,
De ces maîtres vaincus esclaves à leur tour, «
Prodigueront sans fin la majesté suprême.
L'homme est bien insensé, dit Montaigne; il ne sauroit forjrer un ciron , et il forge des dieux à douzaine. Pline plaignoit l'homme de se laisser dominer par ses rêveries: Quid infelicius homine^ cui suafgmenta dominantur l
NOTES DU CHANT TROISIÈME. T77 Même page.
Dans Delphes , dans Délos elle fait sa demeure ;
Les malheurs qui accablèrent les Gaulois après que, sous conduite de Brennus , ils eurent été au temple de Delphes pour le piller, sont regardés par M. Rollin , Histoire ancienne, comme une punition de leur sacrilège. « Dieu, dit-il, a pu faire éclater « sa vengeance contre ceux qui témoignoient un mépris ouvert « de la Divinité , afin de conserver en eux les traits primitifs et « fondamentaux de la religion. » Mais de quelle religion ? L'esprit de mensonge présidoit à Delphes, l'esprit de vérité a-t-il pu en prendre la vengeance ? et peut-on admettre des miracles favorables à l'idolâtrie ?
Aux sables de l'Afrique elle parle à toute heure;
Le fameux temple de Jupiter Ammon, où voulut aller Alexandre. Caton, qui passoit auprès de ce temple, n'y voulut point entrer, ne croyant pas, suivant Lucain, que le ciel eût plongé la vérité dans ces sables.
Stériles iiec legit areuas, Ut caneret paucis , mersitque hoc pulvere verum .
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A Dodone sans peine on peut l'entretenir.
Les chênes de Dodone étoient célèbres, aussi -bien que les colombes de cette même forêt, qui, dit-on, prédisoient aussi l'avenir. Où les hommes n'ont-ils pas cherché cette connoissance , qu'il leur est cependant plus avantageux de ne pas avoir, comme le dit Lucain ?
Sit eopca futuri Mens hominum fati : liceat sperare timenti.
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Chez d'îgnorans Hébreux , femme , enfant , tout publie , etc.
En même temps que Tacite parle des Juifs avec un souverain mépris, il reconnoît qu'ils ont sur la Divinité de grandes idées. Pourquoi ce peuple ignorant est-il le seul sur la terre qui parle d'un être unique, créateur de tout, qu'il faut aimer? Chez les autres peuples on trouve des philosophes divisés par des systèmes contraires. Chez les Juifs point de philosophes , mais des prophètes qui, loin d'être divisés entre eux, se rendent témoignage les uns aux autres , s'autorisent mutuellement, et ont toujours le même objet en vue.
La nature est contrainte à s'écarter des lois, etc.
Les miracles sont des événemens extraordinaires, que la suite des lois naturelles ne peut produire. C'est en cela qu'ils sont pour noils le langage de Dieu , parce que la suite des lois naturelles ne peut être interrompue que par celui même qui a établi ces lois. Spinosa définit un miracle im événement rare, arrivé par des lois de la nature qui nous sont inconnues , comme s'il étoit plus difficile à Dieu de déranger les lois qu'il a établies que d'en entretenir la continuelle exécution. Qu'il multiplie cinq pains pour nourrir cinq mille hommes, c'est im effet qu'il opère par lui seul, et par une volonté particulière; et comme il est extraordinaire , nous l'appelons miracle. Qu'il multiplie le blé par le concours de la terre, du soleil, des pluies, etc. , c'est un effet qu'il produit par une volonté générale , et par les causes secondes ; mais quelle chaîne de causes secondes , dont tous les anneaux se répondent depuis le commencement du monde! Ces effets ne nous surprennent pas, parce que nos yeux y sont accoutumés. C'est pourquoi, quand Dieu a voulu nous réveiller, il a opéré les effets extraordinaires que nous appelons miracles.
Même page.
Dans un temps qu';i des jours et tranquilles et longs , A de fertiles champs, à des troupeaux féconds Il semble que le ciel ail borné ses promesses.
Quelques incrédules nous objectent que dans les livres de l'ancien Testament il n'est point parlé de l'immortalité de l'ame. La loi, qui ne menoit rien à la perfection, avoit un voile que les Juifs grossiers ne pénétroient pas , et que nos déistes ne pénètrent pas davantage. Moïse et les prophètes, en promettant celui qui apprendroit toutes choses , ne parloient à un peuple charnel que de menaces et de récompenses temporelles ; et même, lorsqu'un ange prédit à Daniel, c. xii, qu'un jour les morts se réveilleront , les uns pour une gloire , les autres pour une honte éternelle , il lui ordonne aussitôt de tenir ces paroles fermées , et de sceller le livre. Daniel lui-même ajoute : Ego audivi^ et non intellexi. Mais, malgré le silence de ces livres sur les choses spirituelles , le mépris que les patriarches et les prophètes ont fait des biens temporels montre bien qu'ils en attendoient d'autres. Les patriarches, qui n'ont jamais rien possédé dans cette terre que Dieu leur avoit tant de fois promise, n'en murmurent point à la mort. Jacob , qui avoit reçu de si riches bénédictions dont il n'avoit point vu l'effet, appelle les jours de son pèlerinage (Gen.xLvii, 9) des jours courts et pénibles; mais il ne s'en plaint pas. Il demande d'être transporté après sa mort dans le tombeau de ses ancêtres , pour dormir auprès de ses pères : Dormiam cum patribus meis. Il regardoit donc la mort comme un sommeil. Enfin Dieu s'appelle lui-même le Dieu d'Abraham^ le Dieu de Jacob. S'il est le Dieu des morts, ces morts ne sont donc pas anéantis.
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Errans, de peaux couvei'ts, des villes retirés.
Elic t'toit vêtu de peau; Isaïe portoit un sac; Abdias ne por-
i8o LA RELIGION.
toit que du pain et de l'eau aux prophètes qui vivoieiit dans les cavernes; Elisée refuse les présens deNaaman. Des hommes pareils ne cherchoient pas les avantages de cette vie, quoique sous une loi qui scmbloit n'en promettre pas d'autres. Ils ne songeoient à plaire ni au peuple, ni aux princes. Quelle différence entre de semblables prophètes et ceux qui , chez les Grecs , osant prendre le même nom, vivoient dans le temple de Delphes! Leur attention à faire leur cour aux princes les plus puissans , avoit fait dire ce bon mot , (\i\ Apollon philippisoitf parce que ses oracles étoient toujours favorables à Philippe.
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Que sur une autre terre, et sous un ciel nouveau. Creo cœlos novos et terram novam .... Lupus et agnus pascentur simul. Is. lxv, 17.
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Verra la pure hostie immolée en tous lieux. Ah ortu enim solis usque ad occasum .... sacrificatur et oJ~ fertur nomini meo ohlntio munda. Mal. i , 1 1.
La terre produira son germe précieux.
Aperiatur terra y et gerrninet Salvatorem. Is. xlv, 8.
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Sans beauté , sans éclat, ignoré, méprisable, etc.
Non est species ei , neque décor Despectuin, et novis-
simum virorum^ virum dolorum . . . . Sicut ovts ad occisionem ducetur . . . . Etcum sceleratls reputatus est. Is. lui, i et suiv.
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Quel autre que le Dieu qui dévoile les temps Présentoit à leurs yeux ces tableaux différens?
Est-il naturel de voir toujours le même ol)jet sous deux points
NOTES DU CHANT TROÎSTEME. i8i
de vue si opposés? Cependant e'est ainsi que tous les prophètes contemplent Jésus-Christ. Lorsque Moïse et Élie sont avec lui sur le Tabor, quoiqu'ils le voient brillant comme le soleil, ils s'entretiennent avec lui de sa mort et de ses souffrances.
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Son trône est entouré de rois humiliés ;
Et adorabunt eum omnes reges terrœ . . . Conquassabit capila in terra rnultorurn. . . . Ps. Percute pastorern , et dispersent iir oves. Zach. xiii, 7. Et aspicient ad me quem conjixerunt^ et plongent eum planctu quasi super unigenitum, Id. xii , lo.
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David qui voit de loin ce brillant rejeton ,
Les prophètes annoncent en même temps la gloire et l'humiliation du Messie. Ce sont, dit saint Augustin, comme deux flûtes rendant des sons contraires, quoique toutes deux remplies par le même souffle : Duœtibiœ quasi diversa sonantes ^ sed unus spiritus ambas infiat.
Du sein de l'Eternel sortir avant l'aurore ,
Ex utero ante luciferurn genui te . Ps. 109.
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Elevé sur son trône à son fils qui s'avance..,.
Quasi filius hominis veniebat , et usque ad antiquuin dierum pervenit. . . et dédit ei potestatem et regnum. Dan. vii , i3.
Même page.
Tout périt : Tautel tombe , et le temple s'écroule. Occidetur Chris tus . . . . et civitatem et sanctuarium dissipabit
iS'2 LA RELIGION.
populus cum duce vcnturo y et finis ejiis vastUas . . . . et eiit in tcmplo ahominatio desolationis. Dan. ix, 26. Les prophéties de Daniel sont si claires , que Porphyre les croyoit supposées. Qu'on compare à Daniel, dit Abbadie , Tite-Live, Justin et Polybe, on doutera si ce prophète ne mérite pas aussi-bien qu'eux le titre d'historien.
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O Rome , tes débris seront les fondeinens
D'un empire vainqueur des hommes et des temps.
In diebus autem. regnorum illorum , suscitahit Deus cœli regnurn cjuod in œternum, non dissipabitur . . . . Dan. 11 , 44-
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Et sans cesse conduit par un peuple prophète , etc.
Saint Augustin dit, en parlant des patriarches, que non-seulement leur bouche étoit prophétique, mais que toute leur vie l'étoit aussi : Illorum non tantàm lingua, sed et vita prophetica fuit. Tertullien a dit de même : Ut verbis ita et rébus prophetarum. De tant de figures je ne rapporte que quelques-unes des plus éclatantes , comme Isaac , Joseph , l'agneau pascal , le serpent d'airain , les villes de refuge , d'oii l'on ne pouvoit sortir qu'à la mort du grand-prêtre, et enfin Jonas. Le célèbiie évèque de Rochester, qui mourut à Paris il y a quelques années, méditoit un ouvrage sur la religion chrétienne , qu'il vouloit prouver par les types. En effet , un homme qui soutiendroit que la ressemblance qui se trouve dans les événemens arrivés à tant de personnes différentes ne s'y trouve que par hasard, et n'a aucun rapport à Jésus-Christ, seroit aussi peu sensé que celui qui, voyant plusieurs portraits du roi faits par différens peintres, soutiendroit qu'aucun de ces peintres n'a eu le dessein de
NOTES DU CIIAIST TROISIEME. i83
représenter le roi, et que tous ces portraits ne lui ressemblent que par hasard. Les ligures commencent avec le monde : Adam est le pnnnier prophète et la première figure de Jésus- Chii^t. Comment entendre autrement son sommeil mystérieux et la formation de son épouse ? Il est d'abord environné d'animaux , qui ne sont attachés qu'aux choses sensibles, et ne peuvent être sa société. Il tombe dans le sommeil ; et à son réveil il trouve son image dans une épouse sortie de la plaie faite à son côté, formée de son cœur, ennoblie par son sang, digne d'être sa société, et il la rendra féconde. Jésus -Christ , avant sa mort , est parmi des hommes plongés dans leurs sens , et indignes d'être sa société. A son réveil, après sa résurrection, il trouve l'épouse à laquelle l'ouverture faite à son côté a donné naissance ; elle est formée dans son cœur, ennoblie par son sang; et il la rendra féconde. Toutes les figures se prêtent mutuellement leur lumière. L'une achève ce que l'autre a commencé ; et toutes, réunies ensemble, annoncent l'humiliation et la mort de Jésus-Christ, sa résurrection, sa gloire et son église.
ADDITION A LA NOTE de la page 172.
J'ai fait voir dans une note sur le déluge, Jîage 172, de quelle manière on pouvoit répondre à ceux qui veulent prouver l'impossibilité d'un déluge universel par l'impossibilité d'un bâtiment assez vaste pour contenir toutes les espèces d'animaux. J'ai avancé que les espèces primitives n'étoient pas en si grand nombre, et que la variété dans la forme extérieure des corps organisés étoit une suite des jeux de la nature , qui fait dans les animaux ce qu'elle fait dans les fruits et dans les fleurs. C'est par là que parmi les hommes les uns sont grands , les autres petits; les uns sont blancs, les autres noirs; les uns sont
i84 -LA RELIGION.
basanés , les autres sont olivâtres. Cependant , comme ces variétés accidentelles se perpétuent par la génération , les incrédules, à qui tout sert de prétexte pour douter, en veulent conclure qu'il y a des espèces différentes d'hommes , et que par conséquent tous les peuples ne sortent pas d'une même tige. Quelques auteurs, qui avoient plus de piété que de philosophie, ont répondu à cette objection que la couleur noire était attachée à la postérité de Canaan , comme un signe de malédiction dont Noé frappa l'un de ses fils. Il s'ensuivroit de là que tous les nègres seroient de la race de Canaan, ce qui n'est point, ei qu'ils seroient honteux de leur couleur. Ils sont si éloignés de la croire un signe de malédiction, qu'ils la croient la couleur de la beauté , et se figurent le diable blanc. Toutes ces variétés extérieures sont sujettes au changement : ce qui prouve qu'elles sont les effets passagers de causes passagères. Nous ne ressemblons plus aux peuples qui habitoient autrefois notre pays. Que sont devenus ces anciens Gaulois dont les historiens font une peinture hideuse? Cette race a cessé par le mélange. Les Arabes, qui demeurèrent long- temps en Espagne, et qui étoient originairement noirâtres, se retirèrent les uns vers Maroc, les autres vers Tunis. Ceux qui se répandirent sur la côte occidentale de l'Afrique y devinrent plus noirs qu'auparavant ; ceux qui se répandirent vers Tunis y devinrent aussi blancs que les originaires du pays. Il est vrai que, lorsqu'il n'y a point de mélange, la même couleur se perpétue ; mais un sexil fait démontre qu'on n'en doit point conclure une différence d'espèces. Tout animal produit par deux animaux d'espèces différentes rï'engendre jamais. Aucun monstre ne laisse de postérité. Or un chien produit par une levrette et un basset produira; il n'est donc pas la production de deux espèces différentes : il en faut dire autant de l'enfant né d'un blanc et d'une négresse. Mais pourquoi certains peuples sont-ils noirs? et dans quel temps une partie de
NOTES DU CHANT TROISIEME. i85
In postérité d'Adam a-t-elle pris cette couleur ? En attendant que les savans et les philosophes contentent par leurs réponses, contentons-nous de faire voir que l'objection est frivole, et de reconnoître que les incrédules sont bien méprisables loisqu'ils veulent opposer aux lumières de la religion ces obscurités de la nature.
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Les empires détruits, les trônes renversés, etc.
Quand nous regardons avec M. Bossuet tous les événemens du monde dans ce point de vue , l'histoire universelle devient l'histoire de la religion. «Tous les empires, dit-il, ont concouru « au bien de cette religion, et à la gloire de Dieu, qui s'en est « servi pour châtier, ou pour exercer, ou pour étendre, ou pour « protéger son peuple. » Ne soyons point étonnés lorsque Cyrus, en détournant tout à coup l'Euphrate, entre vainqueur dans Babylone par un passage si extraordinaire ; ne soyons point surpris de l'heureuse témérité d'Alexandre, ni de la fortune de César. Tout cède à ces trois conquérans , parce que Dieu veut que tout leur cède , pour opérer par eux les grands changemens qu'il a résolu de faire sur la terre.
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Je iaisse à Sannazar son audace profane.
J'ai parlé dans ma préface de l'abus que Sannazar avoit fait des fictions dans son poëmc de part u Viiginii. *
Même page.
Le Dieu qui dans ses mains tient la paix et la guerre, Tranquille au haut des cieux, change à son gré la terre.
Polybe et Plutarque reconnurent cux-mcmcs que la fortunaf
des Romains n'étoit pas l'effet d'une fortune aveugle, mais d'une })rovidence divine. Ils ne pouvoicnt savoir quel étoit le dessein de cette providence. M. Bossuet nous le fait remarquer; et Origène avoit avant lui fait la même réflexion sur cet empire universel de Rome au temps de Jésus-Christ. Le commerce de tant de peuples autrefois étrangers les uns aux autres , et depuis réunis sous la domination des Romains , fut un des plus puissans moyens dont Dieu se servit pour hâter le cours de l'Évangile.
Même page.
Si l'univers n'a plus pour maître qu'un seul homme , C'est ce Dieu qui le veut :
Ce projet d'être seul maître de l'univers est conçu par César; et quiconque examine les obstacles qu'il avoit à surmonter trouvera son projet contraire à toute prudence humaine. Il fal ■ loit que César fut alors entraîné, comme dit Cicéron, par quelque esprit de folie, amentiâ qiiâdam raptus. Il revient des Gaules avec une armée très-petite , si on la compare à celle qu'on peut lui opposer dans l'Italie. Il a contre lui à Rome tous ceux qui sont les soutiens de la liberté; et quels hommes! des Caton , des Brutus, des Cicéron, des Pompée. Cependant, lorsqu'au lieu d'obéir à l'ordre qu'il reçoit de congédier son armée, il lève l'étendard de la guerre civile en passant le Rubicon , ce moment de témérité est celui de son bonheur. Les provinces qui peuvent l'arrêter à chaque pas sont saisies de frayeur. L'alarme est dans Rome, les chefs de la république s'en retirent; Pompée, au lieu d'y attendre César, entraîne avec lui hors de l'Italie toutes les forces du sénat ; et du jour qu'il sort de Rome jusqu'à la déroute de Pharsale, la conduite de cet homme autrefois si sage et si grand homme de guerre n'est qu'une suite d'imprudences , comme on le voit par les lettres de Cicéron.
i88 LA RELIGION.
César, devenu le maître, gouvernoit avec douceur; son ambition étant satisfaite , comme il n'avoit point d'enfans , il eut pu, à sa mort, rendre la liberté aux Romains. Ceux qui l'assassinèrent dans l'intention de rétablir la république la perdirent pour jamais. Cette grande révolution étoit arrêtée dans les décrets du ciel ; et quand le ciel le veut , les hommes sont aveugles.
Du dernier coup frappée ( la liberté) ; expire avec Brutus.
La liberté romaine fut frappée d'un si grand coup , que ce peuple si fier, qui avoit traité jusque-là les rois avec tant de mépris et de haine, que les poètes appeloient populum latè regem, devint le peuple de la terre le plus esclave; et sous quels maîtres ! Auguste arrive par le sang et les proscriptions au pouvoir suprême; il le garde pendant quarante ans, fatigué des honneurs ridicules qu'on lui rend , accablé des éloges outrés que les poètes prodiguent à un prince qui les méritoit peu. Il laisse en mourant son pouvoir au fils de sa femme , dont il connoissoit tous les défauts. Son indigne successeur, ennuyé bientôt de la facilité qu'il trouve à établir la tyrannie, s'écrioit en regardant les Romains : O homines ad servitutem natosl Qui regarde ces étonnans changemens avec des yeux éclairés par la religion voit la main qui les opère.
Même page.
Dans ses nombreux vaisseaux une reine ose encoi'e , etc.
Antoine , qui fut mis en fuite avec Cléopâtre à la bataille d'Actium, avoit rassemblé les force de l'Orient:
Victor ab aurorae populis et littore rubro AEgyptum, viresque Orientis, et ultima secuin Bactra vehit.
Enéide, liv. vni, v. 68<i.
Même page.
Jusqu'à Rome bientôt par Auguste traînées , Toutes les nations à son char enchaînées, etc.
C'est ce magnifique triomphe ehanlé par Virgile :
lucedunt victae longo ordine gentes, Quàm variae linguis, habitu tam vestis et armis. tlic Noraadum genus, et discinctos Mulciber Afros , Hîc Lelegas, Carasqùe, sagittiferosque Gelouos Pinxerat. Euphrates ibat jam mollior iindis : Extremique hominum Morini, Rhenusque bicoruis, Indomitlque Dahae, et pontem iudigaatus Araxes.
Enéide, \\v. viti, v. "ji'x et suiv^
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Paisible souverain des mers et de la terre , Auguste ferme enfin le temple de la guerre.
Cette paix générale de la terre sous Auguste est décrite par Virgile :
Claudentur belli portœ : Furor impius intùs , Sseva sedens super arma , et centum vinctus ahenis Post tergum uodis, fremet horridus ore cruento.
Enéide j liv. i, v. 298.
Elle est encore décrite par Horace, liv. iv, od. 4 :
Tutus bos etenim rura perambulat :
Nutrit rura Ceres, almaque faustitas :
Pacatum volitant per mare navitae. . .
Et par Velléius Paterculus : Flnita hella civilia, sepulta externay reversa pax ^ sopilus ubîque armorum furor . . . . Rediit c.ultus agrisy sacris honos y securltas hominibus . . . . etc.
Même page.
« Un siècle, disent-ils, recommence son cours, etc.
Je ne prétends pas attribuer directement au Messie , comme quelques-uns l'ont fait, cette églogue de Virgile ; mais il n'est
pas non plus vraisemblable que pour Pollion, ou Marcellus, ou Drusus, le poète ait pris un ton si élevé. « Le fils de Pollion, « dit Prideaux, qui mourut neuf jours après sa naissance, n'est « pas le sujet de la prophétie ; mais ce que la voix publique « divulguoit alors fut en moins de quarante ans accompli par- « faitement dans la naissance de Jésus-Christ. » Virgile, dans cette églogue , comme le remarque Servius , plein de la grandeur d'Auguste , entre dans l'enthousiasme , et se rappelle les prédictions des sibylles, cumœi carmînis. Ces prédictions « d'un « maître qui viendroit de l'Orient renouveler toutes choses» sont rapportées dans Suétone et dans Tacite. Joseph les appliqua à Vesjiasien. Voici ce que dit Suétone : Percrehuerat Oriente toto vêtus et constans opinio, esse in fatis ut Judœâ profecti rerum potirentur. Tacite y est conforme : Pluribus persuasio inerat , antiquis sacerdotuni lihris contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens ^profectique Judœâ rerum potirentur.
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Jéi'usalem s'éveille à des bruits si flatteurs :
Les Juifs étoient si persuades que le temps du Messie étoit arrivé, que quelques-uns d'eux prirent Hérode pour le Messie. Ainsi en même temps qu'ils attendent le grand événement prédit par leurs prophètes, les Romains, de leur côté, attendent un grand changement, qui, suivant leurs sibylles, doit arriver sur la terre; et dans cette attente générale Jésus -Christ paroît.
Même page.
« Il est venu ce temps, etc.
Conjlahunt gladios suos in vonieres ^ et lanccas suas in J'alces. Is. II, [\.
NOTES DU CHANT QUATRIEME. rcjr Même page.
Cependant il paroi t à ce peuple étonné Un homme, si ce nom lui peut être donné.
Les miracles de Jésus- Christ sont avoués par Celse, et par Julien l'Apostat, qui s'écrie : «Qu'a-t-il fait de considérable sur « la terre? à moins qu'on ne regarde comme une grande mer- « veille d'ouvrir les yeux aux aveugles, de guérir les malades, « etc. » Pourquoi Julien veut -il que ce ne soit pas une grande merveille ?
Même page.
En maître , et comme Dieu, commande à la nature.
Non-seulement la nature obéit quand il lui parle, mais quand il lui fait parler ses serviteurs. Il envoie ses apôtres prêcher en leur disant: « Allez, guérissez les malades, ressuscitez les morts. » C'est un maître qui charge de ses commissions ceux qui lui appartiennent.
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Celui que du tombeau rappelle un cri puissant.
Spinosa , au rapport de Bayle à son article , disoit que , s'il eut pu se persuader la résurrection de Lazare, il eût déchiré son système, et se seroit fait chrétien. Spinosa croyoit donc qu'il étoit le maître de changer son cœur.f^ La résurrection de Lazare redoubla la haine des ennemis de Jésus-Christ et hâta sa mort. Les Juifs virent et ne crurent point, et Jésus -Christ en dit la raison : « Vous ne croyez point, parce que vous n'êtes « pas de mes brebis. » S. Jean , x , 26.
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Il ne repousse point les fleuves vers leur source, etc.
J'ai dit, au troisième chant, que Dieu avoit, en faveur des
Tg^ LA RELIGION.
Juifs, renversé l'ordre des élémens. La. mer entr'ouverte , le soleil arrêté , sont des miracles qui paroissent plus éclatans que ceux de Jésus-Christ. Quand on lui demande des signes dans le ciel , il n'en fait point. Ce n'est pas qu'il ne soit le maître de la nature. Quand il mourra, les ténèbres couvriront la terre; mais pendant sa vie, pertransiit henefaciendo. Il récompense la foi de ceux qui l'accompagnent, fait des miracles de bonté en leur faveur, et prédit que ceux qui croiront en lui en feront de plus grands.
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Par lui sont annoncés de terribles arrêts ;
vSoit que Jésus-Chrit opère des miracles, soit qu'il donne à ses apôtres le pouvoir d'en faire, soit qu'il leur ordonne d'aller prêcher sa doctrine dans tout le monde, soit qu'il la prêche lui-même, soit enfin qu'il annonce l'avenir, jamais en lui ne paroît la moindre émotion. Il semble même qu'il ne songe pas à émouvoir les autres pour les persuader. Il prophétise comme il parle, sans changer de ton, ni de style. Les prophètes annonçoient l'avenir en style poétique : ils employoient-les plus grandes figures; saisis par l'esprit divin, dominés par ime puissance supérieure à eux, et agités par une^impulsion étrangère, souvent les instrumens de musique contribuoient à les soutenir dans cet état violent. Ceux qui, pour les imiter, se sont vantés chez les païens d'être prophètes entroient en fureur quand ils annonçoient leurs oracles. Lorsque la sibylle peinte par Virgile va prophétiser , elle lutte contre un dieu qui la dompte enfin : Tantb rnagis illefatigat os rabidurn ^ fera corda domans , fingitque premendo. Les poètes ont imité l'enthousiasme des prophètes : ils disent qu'une puissance supérieure à eux leur donne la loi ; quel que soit le sujet dont ils vont parler, ils prennent toujours u'n ton élevé, parce qu'un dieu les inspire.
Jésus-Christ ne peut être saisi par l'enthousiasme : nulle impulsion étrangère ne peut l'agiter ; l'esprit divin ne s'empare point de lui, il y réside toujours ; il prédit sans s'émouvoir les événemens futurs, et quels événemens ! Les- prophètes annonçoient la chute d'un prince , le châtiment d'un peuple , la ruine d'une ville. Jésus-Christ annonce la ruine de l'univers , la chute des astres , le partage des hommes , le châtiment éternel de ceux qui seront à la gauche, la récompense éternelle de ceux qui seront à la droite : Ibunt hi in supplicium œternum , justi autem in vitam œternmn. Voilà ce qu'il prédit sans changer ni de ton ni de style. Ce n'est pas non plus un prophète qui annonce l'avenir par inspiration : c'est le maître de l'avenir qui daigne avertir les hommes de ce qu'ils doivent faire : c'est Dieu qui parle en Dieu.
Page 71, C'est en vain qu'on murmure ; il faut croire, il l'ordonne.
La preuve est dans le sixième chapitre de saint Jean. Quand il assure qu'il faut manger sa chair et boire son sang, plusieurs de ses disciples le quittent en murmurant, et en disant : Duras est hic sermo. Il se retire alors vers ses apôtres : « Et vous , « leur dit-il, voulez-vous aussi me quitter? « Que le déiste explique cette indifférence d'un fondateur de religion pour s'attirer des sectateurs.
Même page.
Proscrit, frappé, sanglant, à la croix attaché.
Fameux passage de Platon appliqué à Jésus-Christ par Grotius et M. de Meaux. Cicéron et Sénèque l'ont traduit. Ce dernier par ces mots, extendenda per patihulum manus ., désigne clairement le supplice de la croix. Le mot grec dans
Platon désigne un supplice d'esclave, dans lequel le patient étoit attaché à un pieu : àvaax,tv^uX£u67Î(T£Tat.
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Au Tibre en un moment le bruit s'en fait entendre.
Les grands événemens arrivés dans la Judée furent bientôt connus à Rome. Auguste, au rapport de Macrobe, ayant appris qu'Hérode avoit fait mourir tous les enfans au-dessous de deux ans , et n'avoit pas même épargné le sien , dit qu'il aimeroit mieux être le porc d'Hérode que son fils. Tibère, au rapport de Tertullicn, proposa au sénat de recevoir Jésus-Christ au nombre des dieux. Calcidins, philosophe platonicien, parle d'une étoile « qui annonça , dit-il , non des malheurs , mais la naissance d'un Dieu. » Phlégon , cité par Eusèbe , Origène et saint Jérôme, parle d'une éclipse, la plus grande qu'on eut jamais vue, et qui couvrit la terre de ténèbres : Eum rniindi casum relaUim in nrranis vestris hahetis , disoit Tertullien aux Romains.
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<c 11 vit, nos yeux l'ont vu : croyez. » Parole étrange !
Non contens d'attester cette vérité , ils la scellent de leur sang. Il n'est que trop commun d'oublier après leur mort ceux qu'on a aimés le plus tendrement. Les apôtres ont abandonné et renoncé Jésus-Christ pendant qu'il vivoit. Ils meurent pour lui quand il a été crucifié. Ils l'ont donc vu ressuscité. Cette belle réflexion est de saint Jean Chrysostôme.
Ils content leurs erreurs, leur honte, leur foiblesse.
Ces foiblesses confirment les témoignages que les apôtres ont
rendus depuis, comme le remarque M. Foster conirc Tindal, dont le livre a été réfuté par plusieurs savans, et par M. l'évêque de Londres, qui, au commencement de ses lettres pastorales, se plaint de ce que son « diocèse est le théâtre dos attentats « contre la religion, d'où ils se répandent partout. »
Même page.
Par eux, de leur naissance apprenant la bassesse.
Qui les obligeoit de nous dire qu'ils étoient des pêcheurs ; qu'au jardin des Oliviers ils ne purent veiller une heure avec leur maître accablé de tristesse, et qu'ils prirent tous la fuite quand ils le virent en péril ? Pourquoi nous apprendre que saint Pierre le renia trois fois ?
Même page.
A l'aspect de la mort il s'attriste , il frissonne :
M. Pascal est peut-être le premier qui ait relevé cette admirable simplicité des évangélistes. Ils ne parlent jamais en termes injurieux des ennemis de Jésus-Christ, de ses bourreaux , ni de ses juges. Ils rapportent les faits sans y ajouter aucune réflexion. Ils ne font remarquer ni la douceur de leur maître quand il reçoit un soufflet, ni sa constance dans le supplice, dont ils ne disent que ce mot, « et ils le crucifièrent. » Le triomphe de son ascension semble devoir finir cette histoire d'une manière éclatante. Deux évangélistes n'en parlent pas ; les deux autres disent seulement, « et il fut enlevé dans les cieux. » Ce caractère de simplicité et d'indifférence pour attirer l'attention des lecteurs ne leur est commun avec aucun écrivain, et leur est commun à tous quatre, quoiqu'ils aient écrit en différens lieux et en différens temps.
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Socrate en étouffa jusqu'au moindre murmure.
L'intrépidité de Socrate devant ses juges est soutenue par sa fierté. Il ose leur dire que rien ne l'empêchera d'instruire publiquement, parce que le ciel le veut. Quelle preuve donne-t-il de sa mission et de ce génie qu'il prétend lui être attaché dès l'enfance ? Il conclut son apologie par se déclarer digne d'être nourri aux dépens de la république ; et par sa hardiesse il révolte les juges, qui le condamnent à mort. Jésus-Christ, qui garde le silence devant ses juges et jusqu'à la mort, n'est pas venu donner l'exemple de la constance humaine , mais de la profonde obéissance. Nous lisons dans Platon les magnifiques discours de Socrate devant ses juges et devant ses amis le jour de sa mort; Jésus-Christ, dans les mêmes circonstances, tanquam agnus coram tondente se obmutuU ; et ce silence est bien plus admirable que l'éloquence de Socrate.
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Qu elle a d'autorité l'histoire qu'en silence
Sont contraints d'écouter des témoins qu'elle offense !
Les Juifs avouent qu'ils ont fait mourir Jésus-Christ, dont les miracles sont attestés dans le Talmud. Pourquoi gardèrentils le silence quand les évangiles parurent ? Une histoire qui déshonore une nation, et n'est point contredite par elle; une histoire écrite par quatre témoins oculaires, qui la scellent de leur sang , est une histoire véritable. Si aux quatre évangélistes on ajoute les quatre apôtres dont nous avons les épîtres, on trouve huit écrivains, historiens contemporains et témoins oculaires. Nulle histoire n'est attestée comme celle de Jésus- Christ.
Et tu ue fus jamais plus zélé pour sa loi !
Leur célèbre ambassade à Caligula en est la preuve. Ils osèrent résister à un prince si terrible , qui vouloit faire mettre sa statue dans le sanctuaire de leur temple. Ce peuple, autrefois si enclin à l'idolâtrie, étoit alors très-zélé pour sa loi, comme il l'est encore aujourd'hui.
Même page.
Combien d'avant -coureurs annoncent ta ruiue !
Le passage de Tacite est remarquable : Visœ per cœlum concurrere acies , rutilantia arma^ et subito igné nubiurn collucere templum; expansée repente delubri fores , et audita major humand vox excedere deos ; simul ingens motus excedentium. Il se trouva treize cent mille personnes dans Jérusalem quand Titus l'assiégea, et jamais siège ne fut plus affreux pour les assiégés. L'histoire n'en montre point d'exemple. Quarante ans auparavant, Jésus-Christ l'avoit prédit : Dies ultionis hi sunt... erit pressura magna et ira populo huic. Le détail de cette terrible punition est écrit par un historien juif, témoin oculaire. Tilus, qui, lorsqu'il vit le temple en feu, crioit, « sauvez la merveille de l'imivers », ne put empêcher qu'il ne fût entièrement consumé.
Même page.
Jérusalem n'est plus, et le temple est en poudre.
Ils ne l'ont jamais pu relever : ils l'enti éprirent sous Julien l'apostat; mais ils fiu^ent repoussés par des flammes qui brûlèrent les hommes et les pierres. Ce fait n'est point douteux, puisqu'il
est rapporté par un historien païen, et que saint Jean Chiysostome l'objecte plus d'une fois aux Juifs.
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K O peuple que je plains , ton vainqueur est-ce moi ? « C'est ton Dieu, dit Titus, qui se venge de toi;
Titus, après sa victoire , au rapport de Joseph même , qui ne songe qu'à lui faire sa cour, ne voulut point recevoir les couronnes ni les congratulations, parce qu'il reconnut qu'il n'avoit été que le ministre de la vengeance divine.
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Le sang de leur victime est retombé sur eux.
Ils avoient prononcé contre eux-mêmes' cette imprécation , en s'écriant : Sanguis ejus super nos et super Jilios nostros. Matth. xxvii, 25.
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Le maître a retranché les branches infidèles.
Ainsi ce peuple dépositaire de la révélation, avec qui Dieu a fait alliance , à qui il a envoyé ses prophètes et son fils ; ce peuple d'où sont sortis les apôtres, dispersé jusqu'aujourd'hui , se présente à nous en tous lieux pour nous rappeler ces paroles de saint Paul : Noli alturn sapere , sed tlme : si enim Deus naturalihus ramis non pepercit , ne forte nec tlbi parcat. Rom. XI , 20 et '2 1 .
Même page.
De ces nouveaux enfans que la mère est féconde !
Ce n'est point ici un de ces dénombremens que grossit une Imagination poétique. On le trouvera bien plus considérable
dans le traité de Grotius de verâ religionc , titie de admit abi/i propagailone religionis.
On peut bien aj)pliqiier au triomphe de la foi les vers de Virgile sur le triomphe d'Auguste :
Incedunt victie longo ordiuc geutes, Quàm variic linguis , liabitu tani vestis, etc.
TertulUen, au second siècle, soutenoit que l'empire de Jésus- Christ étoit plus étendu que ne l'avoit été celui d'Alexandre et celui des Romains. Saint Justin compte d'innombrables nations dans l'Eglise. Saint Irénée en fait un catalogue encore plus nombreux. Cent ans après, Origène et Arnobe disent que le christianisme est répandu partout où le soleil porte sa lumière.
Même page.
Le Sarmate indocile, cl l'Arabe inconstant.
M. l'abbé Desfontaines remarque sur ce vers que les Polonais, qui sont les Sarmates de l'Eurojje, n'ont reçu l'Évangile que dans le dixième siècle. Ce qu'il dit est vrai de la nation en général ; mais quoiqu'elle n'ait reçu l'Évangile , aussi-bien que la Grande-Bretagne, que long-temps après Jésus-Christ, il y avoit des chrétiens parmi tous ces peuples dès le second siècle; et je n'avance rien que sur l'autorité de TertulUen , qui nomme les Sarmates, les Bretons, les Scythes, etc. Voici ses paroles : Britannorum inaccessa Romanis loca , Chiisto ver à subdita , et Sarmatarurn , et Dacorum , et Germanorum , et Scjtharum, , et ahditarum multarum gentiiun , et provinciaTum et insularum nobis ignotarum. , in quibus Christi nomen rrgnat.
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Corinthe se réveille et sort de sa mollesse. Les épîtrcs de saint Paul aux Corinthiens, aux Romains,
aux Ephésiens et aux Galates, prouvent les nombreuses sociétés de chrétiens qui étoient déjà dans ces villes. Le progrès de l'Évangile fut aussi étonnant par sa rapidité que par son étendue.
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Athène , ouvrant les yeux, reconnoît le pouvoir , etc.
Quod ignorantes collds , hoc ego annuntio vobis , dit saint Paul dans l'aréopage, à l'occasion d'un autel qu'il avoit trouvé dans Athènes, sur lequel étoit cette inscription, ignoto Deo. Pausanias, Philostrate, Lucien, ont parlé de cet autel.
Qu'offre à leurs dieux cruels le fer de leurs Druides.
Les Druides, qui étoient les prêtres des anciens Gaulois , immoloient aux dieux des victimes humaines : Hominum fihris consulere deos fas hahehant. Tac. Ann. xiv.
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Tes illustres martyrs sont tes premiers trésors. Opulente cité.
Saint Pothin et saint Irénée, successeurs des disciples des apôtres, fondèrent l'église de Lyon. Le nombre des martyrs fut si grand dans cette ville, que les places publiques furent pleines de morts, et les deux rivières teintes de sang.
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Lieux où ne put voler leur aigle ambitieuse.
Ils ne pénétrèrent pas fort avant dans la Germanie; ils connurent peu les peuples du Nord. A peine savoient-ils, du temps d'Agricola , que l'Angleterre étoit une île.
Même page.
Au grand nom qui du monde a couru les deux bouts , De l'Inde à la Tamise , on fléchit les genoux.
Ce n'étoit pas Jésus- Christ lui-même qui devoit convertir les gentils ; il n'étoit venu que pour les brebis d'Israël. Mais son nom, publié par ses apôtres, a converti les nations, comme Isaïel'avoit prédit, chap. lxvi, 19. Mittam ex eis ad génies^ etc.
Même page.
La croix a tout conquis, et l'Eglise s'écrie :
La loi , les prophètes , tout avoit disposé les Juifs à recevoir Jésus-Christ, qu'ils attendoient. Ils l'ont vu, entendu et rejeté. Rien n'avoit disposé les gentils, qui n'avoient entendu parler ni de Moïse, ni des prophètes, qui n'attendoient pas Jésus- Christ, qui ne l'ont ni vu ni entendu, et cependant ont embrassé la religion prêchée par ses apôtres. Ce qui avoit été prédit a été accompli.
Même page.
« Comment à tant d'enfans ai-je donné la vie ? Quis genuit mihi istos...? et isti uhi ei'ant? Is. xlix, 21.
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De bitume couverts , ils servent de flambeaux ;
Ce supplice, qu'on faisoit souffrir aux chrétiens, est rapporté
par Tacite : Pereuntihus addila ludibria , ut, ferarum. teigis
contecti, laniatu canum interirent^ aut crucihus affixi^ aut in-
flammandi^ atque j uhi defecisset dies , m usum nocturni luminis
urerentur.
Même page.
Ils demandent la mort, ils courent aux supplices ;
M. de Voltaire a opposé l'exemple des fanatiques à cette
pensée de M. Pascal : « Je crois des témoins qui se font égorger, w La comparaison ne peut être juste. Des fanatiques soutiennent non un fait, mais des opinions dont ils sont follement entêtés. Des témoins déposent d'un fait qu'ils ont vu. Or on ne soutient pas un fait par entêtement ou par imagination : ainsi la pensée de M. Pascal est exactement vraie.
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Lorsque sur un bûcher Peregrin , las du jour.
Peregrin, philosophe cynique, qui, après avoir été quelque temps chrétien, se brûla par vanité aux jeux olimpyques. De même Calanus, philosophe brachmane, s'étoit brûlé du temps d'Alexandre. Ces philosophes ont fait voir jusqu'où peut aller la vanité humaine.
Mais cet immense amas de femmes et d'enfans.
D. Ruinard a savamment réfuté Dodwel, qui avoit avancé que les martyrs n'avoient pas été en grand nombre, dans un traité qu'il a intitulé, de paucitate martyrum.
Même page.
'< Victime d'un usage antique et rigoureux , « La veuve sans frémir s'élance dans les feux.
Bernier, très-fidèle voyageur, assure avoir été spectateur d'une de ces affreuses cérémonies.
Même page. *
Oui , de ses plus grands dons le ciel les favorise.
Je parlerai bientôt de leurs miracles. Je ne parle ici que de leurs dons surnaturels, et de leur pouvoir sur les démons. Ils ne sont point dans l'erreur, puisqu'ils chassent le prince du
NOTES DU CHANT QUATRIEME. 2o3
mensonge. A l'égard des dons surnaturels, comme de parler diverses langues, de les interpréter, de prophétiser, etc. , ils étoient si communs et si publics, que saint Paul, i. Corinth. XII, en fait un dénombrement. Eût-il écrit ainsi à toute une église, si ces faits n'a voient pas été certains ? Un homme peut se vanter à faux d'avoir le don des miracles ; mais il ne fait point croire à d'autres qu'ils ont le même don, s'ils ne l'ont pas.
Même paj^c.
Des corps qu'il tourraentoit il s'enfuit consterné :
A la vue même des païens, comme leur dit Tertullien , de corporibus nostro imperio excedunt invili^ et dolentes , et vobis prœsentibus. On ne parle pas en ces termes d'un fait rare ou douteux.
Mais ces temps ne sont plus : la Grèce , la première , A su du moins ouvrir la route à la lumière.
Le goût de la philosophie s'étoit répandu partout : le platonisme étoit le système dominant. On ne peut pas dire que le christianisme se soit établi à la faveur de l'ignorance. Quoique les apôtres nous paroissent simples et grossiers, ne nous imaginons pas qu'ils aient persuadé des hommes simples et grossiers comme eux. Dieu a voulu confondre la sagesse humaine par des hommes en qui cette sagesse ne brillât ni par l'esprit ni par la science. Mais, après ce miracle accompli, combien d'illustres esprits soumis à la religion chrétienne en deviennent les défenseurs! On voit, dans les trois premiers siècles, desCyprien, des Tertullien , des Origène , des Arnobe et des Lactance ; dans les deux siècles suivans, des Athanase, des Basile, des Grégoire de Nazianze , des Chrvsostome , des Eusèbe,
2o4 LA RELIGION.
des Jérôme, des Ambroise, des Cyrille; enfin un Augustin, l'un de ces rares et vastes génies qui font l'admiration de tous les siècles.
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Qui ne sait que railler évite un vrai combat.
Il est aisé de railler ce qui , selon saint Paul , est folie aux yeux des hommes. Que ces prétendus beaux esprits , qui croient porter coup à la religion par une raillerie, telum imbelle , sine ictu, fassent réflexion qu'il est glorieux pour elle de n'avoir jamais été attaquée plus solidement. Celse, Porphyre et Julien l'Apostat , malgré leur haine contre elle, malgré leur esprit et leur savoir, n'ont pu l'attaquer avec de meilleures armes.
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De deux camps ennemis par la soif désolés , etc.
Tertullien renvoie deux fois les païens à la lettre de Marc- Aurèle sur ce miracle , que Claudien attribue aux enchanteurs , vis uhi nulla ducum, etc. , de 6. cons. Hon. On peut objecter que toute religion et que toute nation se vantent d'avoir des miracles, parce que, comme dit Tite-Live, motis in religionern animis multa nuntiato. , mulia temerè ci^edita. Mais c'est ce qu'on ne peut appliquer à ceux des chrétiens. Sans parler de celui de la légion Fulminante, qui est également certain, quand même le surnom Fulminante , donné à cette légion, seroit antérieur, quelle longue suite de miracles attestés par des témoins oculaires et incapables de mensonge ! D'ailleurs ces miracles sont toujours des preuves de la bonté de Dieu pour les malheureux, comme des guérisons de maladies; au lieu que ceux que rapportent les historiens profanes , ou sont ridiculement inutiles , ce qui en prouve la fausseté , comme lorsqu'ils
NOTES DU CHANT QUATRIÈME. o.o^
racontent qu'un devin coupa un caillou en deux avec un rasoir, qu'une vestale puisa de l'eau avec un crible percé , etc. ; ou ne lurent réputés prodiges que par l'ignorance des causes naturelles, comme les pluies de sang dont nos physiciens rendent aujoiu d'hui raison , et tous ces phénomènes dans le ciel , qui n'étoient souvent autre chose que des lumières boréales, trèscapables d'effrayer un peuple qui n'en a aucune connoissance.
Même page.
Constantin triomphant fait triompher la gloire Du signe himineux qui promit sa victoire.
La figure d'une croix peut paroître dans le ciel comme d'autres figures , disent quelques physiciens en parlant des parélies. Mais peut-on regarder comme un météore les trois mots grecs qui furent vus par Constantin et son armée? Et pourquoi chicaner ce fait , quand la conversion de Constantin est un miracle plus admirable? Comment un empereur romain, maître du monde, a-t-il pu embrasser la religion de l'humilité, et le souverain pontife de la religion païenne se soumettre aux évèques chrétiens ?
Même page.
Tes orfèvres d'Ephèse ont perdu l'espérance.
On lit dans les Actes des apôtres, c. xix, la sédition qu'excitèrent contre eux les orfèvres qui gagnoient leur vie à faire de petits temples d'argent de la grande Diane d'Ephèse.
Enfin , comme Apollon , tous les dieux sont sans voix.
Il est certain que tous les oracles cessèrent quelque temps après Jésus-Christ, et Plutarque en a cherché la cause. Mais doit-on dire que Jésus-Christ les a fait taire en naissant, puis-
2o6 LA RELIGION.
que ce silence n'arriva pas tout à coup ? Pour accorder les deux, sentimens, je crois qu'on peut dire que Jésus-Chiist, en effet , fit taire les démons , mais que les prêtres suppléèrent à ce silence par leurs fourberies, et que, se lassant à la fin d'un personnage qui perd tout crédit quand il est découvert, les oracles cessèrent entièrement.
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Aux tombeaux des martyrs , fertiles en miracles , Les peuples et les rois cherchent de vrais oracles.
Après quelque temps de cette paix, la religion essuya une persécution plus dangereuse que celles des empereurs païens. Julien , qui se vantoit de la connoître , et qui disoit, «j'ai vu, j'ai « examiné, j'ai condamné », prit contre elle, à dessein, une voie contraire à la violence. Il rappela les exilés pour la cause de l'arianisme, afin de la rendre méprisable en y fomentant les disputes. Il ôta aux chrétiens les biens de l'Église , disant que l'Évangile ordonnoit la pauvreté. Il leur défendit de plaider et d'exercer les charges , disant que l'Évangile ordonnoit de souffrir les injures et de fuir les honneurs. Il leur défendit d'enseigner les belles-lettres , disant que des chrétiens ne doivent pas lire les auteurs profanes. Enfin il écrivit contre eux ce livre tant estimé par Libanius, dans lequel, en soutenant qu'on n'eût jamais songé à croire Jésus-Christ un dieu, si le bon homme Jean ne s'étoit avisé de le dire, il avoue les miracles de Jésus- Christ. La religion a triomphé de cette persécution ; et ce que saint Jean a écrit a été cru. ^
Même page.
A ce torrent vainqueur Rome long-temps s'oppose.
Ce n'est point l'autorité des empereurs qui a fait tomber le paganisme, comme Jurieu l'a prétendu. Rome soutint long-
temps SOS dieux ; mais la chute <le Rome entraîna celle du })aganism(\
Môme page.
Et Rome va tomber crune chute éternelle , Ainsi que Babylone et ta ville infidèle!
La punition de ces trois villes a été différente. On ne trouve plus sur la terre aucun reste de Babylone , et l'on ignore où a été sa place. On trouve les restes de Jérusalem, mais nulle trace de son temple. Rome , tant de fois ravagée , subsiste avec gloire.
Même page.
Que prétend Attila ? que demande Alaric ?
Alaric, roi des Goths, saccagea Rome en /jio ; Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, ravagea en 4^2 plusieurs villes de l'Italie. Il alloit à Rome ; mais les prièi^es du pape saint Léon l'arrêtèrent. Gcnseric, roi des Vandales, la prit en ^55, et la livra au pillage. Odoacre , roi des Hérules , acheva, en 476, de détruire l'empire romain en Italie.
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Par l'anneau d'un pêcheur autorisant ses lois , etc.
Il n'est pas étonnant que ce morceau ait déplu au traducteur allemand de ce poème, puisqu'il est protestant; mais il s'est fort trompé lorsque par Vanneau fV un pêcheur il a ii\\\QX\à\\ peccatoris au lieu de piscatoris .
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Des rives du Jourdain au sommet du Tabor ?
Je parle suivant l'opinion commune. Les évangélistes ne nomment pas la montagne.
9o8 LA RELIGION.
Ses apôtres enfin sont sortis du sommeil.
Petriis verb , et qui cum illo erant^ gravati erant somnOj et evigilantes viderunt majestatem ejus. Luc. ix, 3o. Jusqu'à la mort de Jésus-Christ, son Église, représentée par les apôtres , est comme endormie. Les apôtres, après la résurrection de Jésus- Christ, connurent toute la majesté de leur maître ; et le réveil de leur foi a produit à la religion le témoignage de tant de martyrs, dont la voix est conforme à celle qu'on entendit sur le Tabor , ipsum aiidite. Mais pourquoi les apôtres , après avoir vu la transfiguration, et tant de miracles, ont-ils eu si long-temps une foi languissante ? Dieu l'a permis pour assurer la nôtre. Ils ont été lents à croire afin que nous ne le soyons pas.
Le grand événement décrit dans ce chant est la terre devenue chrétienne, événement incompréhensible quand on y fait attention. Parce que nous regardons aiyourd'hui la religion païenne comme un amas d'extravagances , nous nous imaginons qu'elle étoit facile à détruire. Il n'est pas facile d'arracher un peuple à ses idoles , que soutiennent des prêtres qu'anime l'intérêt. Ceux des païens qui dans le cœur se moquoient des erreurs du peuple, étoient philosophes, et faisoient de la raison leur divinité. Il n'étoit pas facile de les arracher à cette idole. Et comment un empereur romain, qui, comme souverain pontife, réunissoit en lui le sacerdoce et l'empire, a-t-il pu reconnoître dans ceux des chrétiens qui se disoîent évéques une autorité supérieure à la sienne ? Pourquoi Constantin u'a-t-il pas songé à donner à la ville qu'il aimoit tant la primauté du siège dans l'Église , sous prétexte que Rome étoit encore toute païenne ? Mais un miracle bien plus étonnant est la conversion de ces milliers de Juifs qui formèrent tout à coup l'église de
Jérusalem. Ce n'étoient pas des idoles qu'ils quittoient, mais une loi que le vrai Dieu leur avoit donnée, des sacrifices qu'il avoit demandés, un temple où il avoit voulu être adoré. Il falloit que, de très-charnels qu'ils étoient, ils devinssent tout à coup spirituels ; qu'ils reconnussent que toutes leurs cérémonies n'avoient été que des ombres ; qu'ils regardassent comme leur Dieu un homme qu'ils avoient crucifié avec des scélérats , et comme leurs frères ces gentils qu'ils avoient toujours méprisés. Cependant saint Pierre, par un premier discours, convertit trois mille Juifs , et par un autre cinq mille ; tandis que saint Paul , qui dans l'aréopage parle avec tant d'éloquence à la raison humaine, ne changea que deux ou trois auditeurs. Il ne parloit pas cependant des humiliations de Jésus-Christ dans l'aréopage, mais d'un créateur du ciel et de la terre, et d'un premier homme dont tous les autres sont sortis ; d'un Dieu qui les jugera tous le jour qu'il ressuscitera les morts. Ces Grecs si savans et si spirituels ne peuvent comprendre ces vérités, tandis qu'eu écoutant saint Pierre, tant de Juifs, comme je l'ai dit, changés tout à coup ,
Recounoisseat pour roi De la Jérusalem éteruelle, invisible.
Celui qui, daus la leur, traité de roi risible, D'épiues couronné par la maiu d'un bourreau, Daus les siennes pour sceptre a vu mettre un i-oseau.
PaL;o 83.
Le Verbe égal à Dieu , splendeur de sa lumière, etc.
« Dieu ne produit nécessairement que son égal : il n'a créé « tout le reste que par sa bonté. S'il n'avoit rien créé, l'être « manqiieroit à tout ce qu'il n'auroit pas voulu faire. Mais rien « ne lui manqueroit, parce (\n'il est celui qui est. »