DU POÈME DE LA GRACE
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La nature, attentive aux besoins de son maître, Lui présente les fruits , etc.
« L'homme, né pour le commandement, dit M. Bossuet dans « ses Élévations, commandoit aux animaux et à son corps, à « ses sens intérieurs et extérieurs, et à son imagination. Telle « étoit la puissance de l'ame créée à l'image de Dieu : elle « tenoit tout dans la soumission et le respect. »
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L'animal craignoit l'homme , et l'homme craignoit Dieu ;
« Qu'est devenu cet empire que nous avions sur les ani- « maux ? ajoute M. Bossuet. On n'en voit plus qu'un petit reste , « comme un foible m.émorial de notre ancienne puissance, et « un débris malheureux de notre fortune passée. »
Adam à son conseil vivoit abandonné.
Pour bien entendre cette différence des dpux états qu'admet
saint Augustin, il faut lire le passage de M. Bossuet que j'ai rapporté dans ma préface. Ce même M. Bossuet , dans ses Élévations, explique ainsi la manière dont les anges ont persévéré dans leur libre arbitre : « Leur volonté dans un parfait « équilibre donnoit seule, pour ainsi parler, le coup de « l'élection; et leur choix, que la grâce aidoit, mais qu'elle ne « déterminoit pas , sortoit comme de lui-même par sa propre « et seule détermination. Tel étoit le libre arbitre parfaitement « saint. »
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L'ame alors dut par elle ( la grâce ) être déterminée.
Taie erat adjutoriuin , quod desereret quwn vcllet , et in quo permaneret y si vellet , non quo fierct ut -vellet. « Le secours de « la grâce donné à Adam innocent étoit tel, qu'il pouvoit ne « point s'en servir lorsqu'il le vouloit, et s'en servir s'il le « vouloit ; mais il n'étoit pas tel , qu'il le fît vouloir. » S. Aug. de Gorr. et Gratiâ, c. xi , n. 3i.
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Ainsi le soleil brille , et par lui nous voyons ;
Sicut oculus corporis etiam plenissimè sanus , nisi candore lucis non potes t cerner e , sic et homo etiam perfectissimè j'usti- Jicatus , nisi œternâ luce adjuvetur , non potest rectè vivei'e. «. Comme les yeux du corps les plus sains et les mieux organisés « ne peuvent voir qu'avec le secours de la lumière créée ; de « même l'homme le plus parfaitement justifié ne peut vivre dans « la justice qu'avec le secours de la lumière éternelle. » Id. de IS^at. et Grat. c. xxvi.
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Condaùinés à la mort, destinés aux travaux, etc. k Enfans de la révolte, la révolte est la première chose qui
NOTES DU CHANT PREMIER. Si^
« passe en nous avec le sang : dès notre origine nos sens sont « rebelles. Toutes les passions nous dominent tour à tour , et « souvent toutes ensemble, et même les plus contraires. Tout « le bien, jusqu'au moindre, nous est difficile; tout le mal, « quelque grand qu'il soit , a des attraits pour nous. » Bossuet, Elevât.
Page 277- La terre dans son sein resserre ses trésors , etc.
« La terre, si féconde dans son origine, maintenant, si elle « est laissée à son naturel , n'est fertile qu'en mauvaises herbes : « elle se hérisse d'épines , nous menace de tous côtés , et semble « nous vouloir refuser la liberté du passage. On ne peut marcher
« sur elle sans combat Homme, voilà ta vie : éternellement
« tourmenter la terre, ou plutôt te tourmenter toi-même en « la cultivant, jusqu'à ce que tu ailles toi-même pourrir dans « son sein. O repos affreux ! ô^triste fin d'un continuel travail ! « Bossuet, ibid.
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Adam , le foible Adam avec nous s'est réduit : Son crime fut le notre , etc.
■^ Corruit, et cuucti simul in genitore cadente
Corruimiis ; trauscurrit enim virosa per omues Peccati ebi'ietas.
« Adam-, notre premier père, est tombé, et nous a entraînés « dans l'abîme où il s'est précipité ; car depuis sa chute le venin « du péché et de la concupiscence se communique à tous les « hommes. » S. Prosp. part, m, c. xvii.
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Dans son funeste sort d'autant plus déplorable, etc.
« Cet état malheureux de l'ame aseervie sous la pesanteur du
« corps a fait penser aux philosophes que nos âmes étoient « attachées à ce corps comme à un cadavre ; et ils ne pouvoient « concevoir qu'un tel supplice se pût trouver dans un monde « gouverné par un Dieu juste sans quelque péché précédent. « De dures expériences firent connoître à ces philosophes le « joug pesant des enfans d'Adam : sans en savoir la cause, ils « en sentoient les effets. » M. Bossuet, Elevât.
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C'est du haut de son trône un roi précipité,
« L'homme est si grand , dit M. Pascal , que sa grandeur paroît « mieux en ce qu'il se connoît misérable. Ce sont misères de « grand seigneur , misères d'un roi dépossédé. »
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Mon cœur, toujours rebelle et contraire à lui-même, Fait le mal qu'il déteste, et fuît le bien qn'il aime.
Non enim quod volo boniim , hoc facio , sed quod nolo inaluin, hoc ago... Infelix ego homo , quis me liherahit de corpore mords hujus ? « Je ne fais pas le bien que je veux , et je fais « au contraire le mal que je ne veux pas... Malheureux que je « suis, qui me délivrera de ce corps de mort? » S. Paul aux Romains, c. vu, 19, 24. Cette vérité a été connue des païens. Il est dit dans Xénophon : « Si je n'avois qu'une ame , elle n'ai- « meroit pas ensemble et le bien et le mal. J'en ai donc deux : « quand la bonne est la plus forte, je fais le bien; quand la « mauvaise a l'avantage, mes actions sont vicieuses. »
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Plus vertueux que toi, le païen te condanme !
L'action d'un païen, quoique bonne en soi, ne pouvoit étro
agréable à Dieu, puisque, n'ayant pas Dieu pour fin, elle étoit gâtée dans son origine. Un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits. Non potest arhor mala bonos fritctus faccrc .
MaTTH. VII, 18.
Même page.
Rome n'eut des verUis que la fausse apparence.
Les actions même qui sont bonnes de leur nature, si elles ne naissent pas de la semence d'une foi véritable , sont des péchés qui rendent coupables ceux qui les font.
Omne etenim probitatis opus, nisi seminc vera; Exoritur fidei , peccatiim est inque reatum Vertitur.
S. Prosp. part, ii, c. xvi.
Saint Augustin dit que les Romains, pour récompense de leurs actions vertueuses, reçurent leur grandeur humaine, l'empire du monde ; récompense aussi vaine que leurs désirs : Recepeinint mercedem vani vanam.
Les deux motifs des actions d'un Romain étoicnt, suivant Virgile, l'amour de la patrie , et la passion pour la gloire : Amor patriœ, laudumque imniensa cupido.
Le père Bourdaloue, dans son sermon sur l'état du péché, prouve admirablement que, quelque chose que fasse l'homme en cet état, son péché en détruit tout le mérite devant Dieu, qui rejette les plus belles actions , quand elles sont corrompues dans le motif. « Elles n'ont point, dit -il, le germe de vie « qui les rend méritoires. Dieu est la vie de l'ame : ainsi « l'ame, séparée de Dieu, ne peut opérer que des actions de « mort. »
Même page.
Dont les justes n'étoieut que de moindres coupables.
Le surnom i\i^ juste fut dotmé à Aristide.
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Socrate , du vrai Dieu s'approcliant de plus près.
Les grandeurs visibles de Dieu dans ses créatures ont fait connoître ses grandeurs invisibles; mais tous les philosophes, comme dit saint Paul , ont retenu la vérité dans l'injustice , et ont refusé à Dieu le culte qu'ils savoient bien qu'on lui devoit. Toute leur sagesse s'est évanouie : ils n'avoient pas été choisis pour être la lumière du monde : ISon hos elegit Dominus.
Même page.
Mais ce n'est qu'en l'aimant que Dieu veut qu'on l'adore ;
Quis veraciter laudat ^ nisi qui sinceriter arnat? Pietas cultus Del est , nec colitur nisi amando. « Qui est-ce qui loue vérita- (c blement le Seigneur, si ce n'est celui qui l'aime sincèrement ?... « La piété n'est autre chose que le culte de Dieu ; et on ne lui a rend ce culte qu'en l'aimant. » S. Aug. epist. 140.
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Et quiconque usurpa ce titre audacieux
Fut de tant d'insensés le moins sage à tes yeux.
Quurn cognovissent Deum , non siciit Deurn glorijicaverunt ,
aut gratias egerunt , sed evanuerunt in cogitationibus suis
dicentes enim se esse sapientes , stulti facd sunt. « Ayant connu « Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont « point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs vains
raisonnemens et ces hommes qui se disoient sages sont
<( devenus fous. » S. Paul, Rom. i, 21, 22.
Même page.
Pour guérir la nature infirme et languissante, Ainsi que la raison la loi fut impuissante.
Toutes les expressions dont je me sers en parlant de la loi ,
NOTES DU CïIAN l PREMIER. 829
sont [>rises de saint Paul. Lex propter transgressioncs posita
qiium vcnisset jnandatum, peccatmn revlxit... mirdstnitio mortis.. egcna et infirma elemcnta. L'église chante ces paroles dans une liynine de Santeuil :
Insculpta saxo lex vêtus , Praeccpta , uou vires dabat ; Inscripta cordi lex nova , Quidquid jubet, dat exequi.
« La loi ancienne, gravée sur la pierre, donnoit les préceptes, « sans donner la force de les accomplir; la loi nouvelle, gravée « dans le cœur, fait exécuter tout ce qu'elle commande. »
Même page.
Ainsi ne put jadis le bâton d'Elisée Ressusciter l'enfant de la mère affligée :
Venit ipse Elisœus , jam figuram portans Domini , qui servum suuni cum baculo , tanquam curn lege prœmiserat.... fecit Dominus quod non Jecit haculus ; fecit gratia quod non fecit littera. « Elisée vint lui-même figurant Jésus-Christ : il « avoit envoyé devant lui son serviteur avec un bâton, qui étoit « l'image de la loi.... le maître fit ce que le serviteur n'avoit « pu faire ; la grâce fit ce que la lettre n'avoit pas fait. » S. Aug. serm. i , in ps. 70.
Même page.
Le Juif, portant toujours l'esprit de servitude , etc.
Vctus homo in timoi^e est, novus in amore. Ita enim duo Testamenta discernimus , vêtus et novum, quœ in allegoriâ dicit Apostolus in Ahrahœ filiis figurari, uno de ancilld, allero de libéra, quœ sunt , inquit , duo Testamenta. Servitus enim pertinet ad timorem, lihertas ad amorem. « Le caractère du « vieil homme est la crainte , et celui de l'homme nouveau est
33o LA GRACE.
« le saint amour. Ce sont là les caractères des deux Testamens, « l'ancien et le nouveau, figurés, selon saint Paul, par les « deux enfans qu'eut Abraham, l'un de l'esclave, et l'autre de « la femme libre. Car la crainte est l'apanage de l'esclavage , « et l'amour est celui de la liberté. » S. Auo. t. lo, p. 157.
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La grâce dont le jour ne brilloit pas eucoie,
Eadem namque fides et nostra , et iLlorum ; quoniam hoc illi crediderunt futur um , quod et nos credimus factum.... nondiim nomine , relpsâfuerunt christiaiii. « La foi des justes de l'ancien « Testament est la même foi que la nôtre, puisque ce qu'ils « ont cru comme devant se faire , nous le croyons comme déjà '< fait... s'ils n'ont pas été chrétiens de nom, ils l'ont été en « effet, » S. AuG. t. 1 1, epist. 190.
Même page.
Les prophètes eu vain anaonçoient leurs oracles !
Tant de promesses, de menaces, de châtimens, de récompenses, de miracles, de prophéties, enfin tant de bienfaits pour un peuple qui n'en profite point, nous prouvent l'insuffisance des remèdes extérieurs et la nécessité de la grâce.
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Les temps étoient venus où, régnant dans les cœurs, Dieu vouloil se former de vrais adora'.eurs.
Reliquit priùs Deus hoininem in llbcrlate arbit/ii, in Icge naturali, ut sic vires natuiœ suce cognosccrct : ubi quurn deficeret, legem accepit; qud data morbus invaluit ,noft legis sed natuiœ vitiOf ut, ita cognitâ sud infirmitate , clarnaret ad medicum , et
NOTliS DU CHANT PREMIER. 33 1
gratiœ quœreret auxilium. « Dieu d'abord abandonna riiommeà « son libre arbitre sous la loi de nature, afin qu'en cet état il lit « comme l'essai de ses forces. L'homme, s'étant trouvé trop « foiblc, reçut la loi : alors sa maladie augmenta, non par la o faute de la loi, mais par la corruption de la nature humaine; « et par une triste expérience de sa foiblesse il apprit à recourir « au médecin et à chercher le secours de la grâce. » S. Tkom. 3. part, quaest. i , art. 5.
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L'église, à la douleur destinée ici-bas, etc.
Ab ipso A bel y quem primum j'ustuni ipsiusf rater occidît , et deinceps usque in finem Jiujus sœculi , inter persecutiones mundi et consolationes Dei, peregrinando procurrit Ecclesia. « Depuis Abel, le premier juste égorgé par son frère, jusqu'à « la fin des siècles , l'Église s'avance vers la patrie céleste parmi « les persécutions du monde et les consolations de Dieu. » S. AuG. de Civ. Dei, liv. xviii, c. li.
Même page.
De son époux mourant le sanglant sacrifice.
Adimpleo ea quœ desunt passionum Christi in carne meâ , pro corpore ejus, quod est Ecclesia. « J'accomplis dans ma chair « ce qui reste à souffrir à Jésus-Christ, en souffrant pour son « corps, qui est l'Éghse. » S. Paul., Coloss. i, 24.
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Pelage de la grâce ose attaquer les lois. »
Pelage, né en Angleterre, étoit moine ; il vint à Rome à la fin du quatrième siècle, et il y eut long-temps la réputation d'un homme de vertu et de piété. Il commença en 400 à débiter ses erreurs, qui consistent en trois points principaux : 1° Qu'il n*y a point de péché originel. 2° Que l'homme peut se
porter au bien sans le secours de la grâce, qui est donnée à proportion qu'on la mérite. 3^ Que l'homme peut parvenir à un état de perfection dans lequel il n'est plus sujet aux passions ni au péché. Par une profession de foi captieuse il surprit le pape Zosime , qui depuis reconnut qu'il avoit été trompé , et condamna Pelage.
Mémo page.
Le docteur pénitent, l'austère anachorète,
Saint Jérôme , fameux par sa vaste érudition et par sa vie austère, écrivit contre Pelage, et mourut peu de temps après.
Même page.
De ce grand défenseur le ciel ayant fait choix , etc.
L'église a eu toujours une singulière vénération pour saint Augustin , qu'elle a regardé comme le docteur de la grâce. Les conciles et les papes se sont souvent servis de ses termes pour former leurs décisions.
Même page.
Et Molina lui seul en ignore le prix. *
* Louis Molina, né à Cuença, dans la nouvelle Castille, d'une famille noble, entra chez les jésuites en l553, à l'âge de i8 ans. Il fit ses études à Coinibre, et enseigna pendant vingt ans la théologie dans l'université d'Ébora , avec succès : il mourut à Madrid le 12 octobre 1600, à 65 ans. Ses principaux ouvrages sont : i ° des Commentaires sur la première partie de la Somme de saint Thomas, en latin; ci° un traité de Justidâ et Jure; 3"* de Concordiâ gi'atice et iiberi arhitrii. Molina , en travaillant sur la Somme de saint Thomas, avoit cru trouver le moyen d'accorder le libre arbitre avec la prescience de Dieu , la providence et la prédestination : il se flattoit que saint Augustin lui-même auroit approuvé son système. C'est ce système qui fil naître les disputes sur la grâce , et qui partagea les jésuites et les dominicains en thomistes et en molinistes.
( Note de l'éd. )
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Prosper s'unît à lui pour défendre la grâce.
Saint Prosper, qui selon toutes les apparences n'a jamais été que simple laïque , étoit d'Aquitaine. Il s'est acquis une grande réputation par son poème contre les ingrats, c'est-à-dire, contre les ennemis de la grâce. « On s'étonne que ce saint ait pu ac- « corder la beauté de la versification avec les épines de sa « matière , et que l'exactitude pour les dogmes de la foi y soit si « régulièrement observée, malgré la contrainte des vers et la « liberté de l'esprit poétique. Les vérités sont représentées avec « les ornemens naturels de la poésie, c'est-à-dire, avec une « hardiesse également agréable et ingénieuse. » Cet éloge du poème de saint Prosper est dans le Jugement des savans, par M. Baillet.
Page 287.
A ux forces que la grâce inspire à la nature , etc.
SuhintraK'it ignorantia rerurn agendariun , et concupiscentia noxiarum ^ quibus comités suhinferuntar error et dolor. « Nous « naissons avec l'ignorance de ce que nous devons faire , et le « désir de ce qui nous est nuisible : à leur suite viennent l'erreur « et la doidenr. » S. Aug. Ench. c. xiii.
Même page.
Connoissons par nos maux la main qui nous guérit.
Omne maluin hominis error, et infirmitas : aut nescis qiiid agas , eterrando laheris ; aut sais quid agi debeat , et inflrmitate superaris. » Ce qui fait toute la maladie de l'homme, c'est « l'erreur et la foiblesse : ou il ne sait ce qu'il doit faire , et il « pèche par erreur ; ou il sait ce qu'il doit faire , et la foiblesse « le fait succomber. « S. Aug. Ench. c. xiii.
Morne page.
A croître nos malheurs le démon met sa joie;
« Les démons, dit M. Bossuet, au lieu de la félieité dont ils « jouissoient dans leur origine, n'ont plus que le plaisir obscur « et malin que peuvent trouver des coupables à se ftiire des « complices, et des malheureux à se donner des compagnons « de leur disgrâce. »
Page 9.88.
Souvent il les étouffe ; et , pour mienx nous surprendre , Il se détruit soi-même, et renaît de sa cendre;
Rien n'est si beau que la peinture que M. de La Rochefoucauld , dans ses Maximes , fait de l'amour-propre. Il est , dit- « il, dans tous les états de la vie, et dans toutes les conditions : « il vit partout, il vit de tout, il vit de rien; il s'accommode « des choses et de leur privation ; il passe même dans le parti « des gens qui lui font la guerre , il entre dans leurs desseins ; « et ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il con- « jure sa perte ; il travaille même à sa ruine. Enfin il ne se « soucie que d'être; et pourvu qu'il soit, il veut bien éti^e son « ennemi. »
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Il suit toujours le crime et souvent la vertu.
Il a presque toujours quelque part à nos meilleures actions. Ce qui fait dire à saint Augustin : Superhia et in rectè factis
animo Insidiatur hwnano JJbi lœtatus homo fuerit in aliquo
bono opère se etiam superasse superbiam , ex ipsâ lœtitiâ caput erigit et dicit : Eccc ego vivo; quid tiiumphas ? Et ideb vivo
quia triumphas. « L'orgueil est comme en embuscade pour
« corrompre le cœur de l'homme dans le bien même qu'il fait
« Si l'on s'applaudit d'avoir vaincu l'orgueil, il se prévaut de « cette joie même, et s'écrie : Je vis dans ton cœur, pourquoi « triomphes-tu ? Et j'y vis parce que tu triomphes. >» De Nat. et Grat. c. xxx.
C'est encore ce qui a fait dire à M. Pascal : « Ceux qui écrivent « contre la gloire veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit : « ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l'avoir lu ; et « moi qui écris ceci , j'ai peut-être cette envie , et peut-être que « ceux qui le liront l'auront aussi. »
Même page.
Souffle du saint amour, par qui l'ame embrasée Suit et chérit la loi qui lui devient aisée.
Inspiratio dilectionis , ut cognita sancto amore faciainus. « La grâce est une inspiration de l'amour divin pour nous faire « pratiquer par ce saint amour le bien que nous connoissons. » S. A.UG. epist. ad Bonif.
« C'est cette grâce, dit le père Bourdaloue, qui opère en « nous et avec nous tout ce que nous faisons pour Dieu, et « qui nous donne par son efficace non-seulement le pouvoir , « mais la volonté et l'action.... Son cai^actère est d'unir ensemble « l'onction et la force , et de conduire les œuvres de Dieu avec « autant de douceur que d'efficacité. »
Même page.
Tout travail est oisif, toute course inutile.
Et nisl donet Qu3R bona sunt , nilùl efficiet benè caeca voluntas. Hœc ut cujusquam studio affectuque petatur , Ipsa agit, et cunctis dux est venientibus ad se : Perque ipsam nisi curratur , non itur ad ipsam.
« Le libre arbitre, qui est aveugle, ne fera aucun bien, si la
« grâce ne lui fait faire , dit saint Prosper. Nul ne la désire et « ne la cherche que par le désir et l'affection qu'elle inspire « elle-même. C'est la grâce qui conduit tous ceux qui la trou- « vent; et si on ne marche par sa puissance, on ne va point « vers elle. »
Dans le même moment, ô moment précieux, La grâce ouvre le cœur et dessille les yeux !
Gratia quœ occulte humanis cordihus divina largitate tribuitur, à nidlo duro corde respuitur : ideb quippè tribuitur^ ut cordis durilia primitîis auferatur. « Il n'y a point de cœur, quelque « dur qu'il soit, qui rejette cette grâce, que Dieu, par sa pure « libéralité, répand dans les âmes, parce que son premier « effet, et pour lequel Dieu la donne, est d'ôter la dureté du « cœur. » S. AuG. de Prsedcst. sanct. c. vtii.
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Si la grâce un moment abandonne son cœur, etc.
Une doctrine qui nous enseigne l'empire souverain de Dieu sur notre volonté , et qui nous apprend à tout attendre de sa miséricorde, fonde dans nos cœurs l'amour, l'humilité et la reconnoissance.
Page 291.
David, rheureux David, si chéri du Seigneur, etc.
Per medicinalem providentiam David paululiim desertus est à redore^ ne per exitialem superbiam desereret ipse rectorcm. « Ce fut par une providence médicinale que le seigneur aban- « donna David pour un peu de temps, de peur que par un « funeste orgueil il n'abandonnât lui-même son divin conduc- « tcur. » S. AuG. de Cont. c. xiv.
Pa^re 291.
C'est aux regards divins qu'il doit ses justes pleurs.
Nisi désertas i non negaret; nisi respectas y nonfleret. « Pierre <( n'auroit pas renoncé Jésus- Christ, s'il n'eût pas été aban- < donné; et il n'auroit pas pleuré son péché, si Jésus-Christ « n'avoit jeté sur lui un regard de miséricorde. S. Aug. serm.
Que le juste à toute heure appréhende la chute :
Cratia nolentcm prœvenit , ut velit • volentem subsequitur, ne frustra velit. « La grâce prévient celui qui ne veut pas, afin « qu'il veuille ; elle accompagne et suit celui qui veut , afin qu'il « ne veuille pas en vain. » Idem.
Même page.
Ne dit-il pas ; « Sans moi vous ne pouvez rien faire ;
Sine me îîihil potestis facere.... Neino potest venire ad tne ^ ni si qui misitme, traxerit eum. « Sans moi vous ne pouvez rien « faire... Personne ne peut venir à moi, si mon père, qui m'a « envoyé, ne l'attire. » Joan. viii, 22.
Même page.
Je conviens avec vous que l'homme peut tout faire :
Deus impossibilia non jubet ; sed jubendo monet, et facere quocl possis^ et petere quod non possis ; et adjuvat ut possis. « Dieu ne commande pas des choses impossibles ; mais , en <( commandant, il avertit et de faire ce que l'on peut, et de « demander ce que l'on ne peut ; et il aide afin qu'on puisse. » Concil. trid. sess. vi, c. 11.
Page 293.
Oui, qu'il peut à toute heure obéir à la loi.
Certum est nos inandatum servare , si volurnus ; sed quia prœparatur voluntas à Domino , ah illo petendum est ut tantiim velimus quantum sufficit. « Il est certain que nous observons « les préceptes, si nous voulons. Mais comme c'est le Seigneur « qui prépare la volonté, il faut lui demander que nous vou- « lions autant qu'il faut pour faire ce que nous voulons, » S. Aug. de Grat. et lib. Arbit. c. xvi.
En vain nous lai voudrons disputer notre cœur , etc.
« Dieu est la cause universelle de tout ce qui est. Les façons « d'être doivent venir nécessairement du premier être.... Si le « bon usage du libre arbitre ne venoit pas de lui , nous pour- « rions dire que nous nous ferions meilleurs que Dieu ne nous « a faits, et que nous nous donnerions à nous-mêmes quelque « chose qui vaut mieux que l'être ; parce qu'il vaut mieux n'être « point que de ne pas user de son libre arbitre selon la loi de « Dieu.
« A la réserve du péché, qui ne peut être attribué qu'à la « créature , tout le reste de ce qu'elle a dans son fonds , dans sa « liberté et dans ses actions, doit être attribué à Dieu. Et la « volonté de Dieu qui fait tout, bien loin de rendre tout né- « cessaire, fait au contraire dans le nécessaire aussi-bien que « dans le libre , ce qui fait la différence de l'un et de l'autre. » M. BossuET, Traité du libre arbitre.
Même page.
Quand nous courons vers elle, elle nous fait courir;
Da quodjubesy et Jubé quodvis. S. August. Confess. Certum
34o LA GRACE.
est nos facere cùm facimus ; scd ille facit ut facinmus , prœhendo vires efficacissimas voluntati , qui dixit : Faciam ut in justificationihus meis ambuletis. « Donnez ce que vous com- « mandez, et commandez ce que vous voidez.... Il est certain «. que nous agissons quand nous agissons ; mais celui qui fait « que nous agissons , parce qu'il donne des forces très-efficaces « à notre volonté, c'est celui qui dit : Te vous ferai marcher « dans la voie de mes préceptes. » Id. de Grat. et lib. Arb. c. xiv.
Page 29/1.
Elle forme nos vœux ; et dans l'ame qui prie Par d'ineffables sons c'est l'esprit saint qui crie,
« Dans la loi de grâce, dit le père Bourdaloiie, Dieu nous « donne de quoi accomplir ce qu'il nous commande ; disons « mieux , Dieu lui-même accomplit en nous ce qu'il exige de « nous. «
Même page.
L'impétueux Luther qu'emportoient ses fureurs , etc.
« Le pélagianisme , dit encore le père Bourdaloue, attribuant « des forces à l'homme pour agir indépendamment de Dieu , <( sembîoit rendre l'homme fervent. Le calvinisme pour élever « la prédestination de Dieu , anéantissant le libre arbitre , humi- « lioit l'homme en apparence, mais lui ôtoit la pratique des « bonnes œuvres. L'Église tient le milieu entre ces deux extré- « mités : elle nous maintient dans l'humilité sans préjudice « de la ferveur, et excite en nous la ferveur sans^ intéresser « l'humilité. «
Page 295.
Notre coeur n'est qu'amour , il ne cherche , il ne suit Qu'emporté pat l'amour dont la loi le conduit.
Les passions sont les mouvemens de l'ame pour s'unir aux
objets qu'elle aime, ou se séparer de ceux qu'elle hait. Ainsi toutes les passions, quoiqu'elles aient des noms différens, se réduisent à une seule, qui est l'amour. La haine pour un objet vient de l'amour qu'on a pour un autre; le désir est l'amour d'un bien qu'on n'a pas ; la joie est le plaisir que cause un bien qu'on possède. Ainsi notre cœur n'est qu'amour. Et la grâce , étant le souffle du saint amour, fait que toutes nos passions, c'est-à-dire tous les mouvemens de notre ame, ne tendent plus qu'à s'unir à l'objet qu'elle aime, c'est-à-dire à Dieu.
Même page.
Le plaisir est son maître : il suit sa douce pente , etc.
Quod atnpliàs tios delectat , secundàm id operernuT' necesse est. « Nous ne pouvons manquer d'agir selon ce qui nous plaît « davantage. S. Auc. in epist. ad Gai. c. xlix.
En cela pour nos droits nous n'avons rien à craindr«« :
La liberté consiste à pouvoir faire le contraire de ce qu'on iÀxt^facultas ad opposita. Or, quand la grâce me détermine à faire le bien , je sens que j'ai toujours le pouvoir de faire le mal. Elle ne m'ôte donc jamais ma liberté.
Page 296.
Mais faut-il s'étonner que cette aimable ardeur , etc.
Non arhitreris istam asperam molestamque violentiam. Dulcis e^t , suavis est : ipsa suavitas te trahit. « Ne vous figurez rien " de dur ni de fâcheux dans la sainte violence par laquelle « Dieu nous attire à lui. Elle n'a rien que de doux , rien qui « ne fasse plaisir : et c'est le plaisir même qui nous attire. » S. AuG. serm. i3i, c. 11.
Page 296.
Dans l'instant que je veux il fait ma volonté, etc.
La grâce fait tout, et la volonté fait tout. La grâce fait tout dans la volonté, et la volonté fait tout parla grâce. Bern. de Grat. et lib. Arb. c. xiv, n. 46.
Page 297.
Dieu m'a fait libre : un Dieu peut-il faire et détruire ?
Tune efficimurverè lihericiim Deus nos fingit , id est , format et créât, non ut homines , quod jam fecit ^ sed ut boni homines simus , quod gratia sua facit. « Nous devenons véritablement « libres lorsque Dieu nous forme et nous crée, non afin que « nous soyons des hommes, puisque nous le sommes déjà, mais « afin que nous soyons des hommes justes , ce qui est l'ouvrage « de sa grâce. » S. Aug. Enchir. c. xiii.
Même page.
Oui, je sens que je l'ai ce malheureux pouvoir;
« Voilà, dit M. Bossuet dans ses Élévations, un trait défec- « tueux dans ma liberté, qui est de pouvoir mal faire. Ce trait « ne vient pas de Dieu , mais du néant dont je suis tiré. »
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Saintement pénétré d'un spectacle effrayant , . Rancé de ses plaisirs reconnoît le néant :
On attribue l'éclatante conversion de M. l'abbé de la Trapjjc à la vue du cercueil d'une dame qu'il aimoit. Allant voir celte dame sans savoir qu'elle étoit morte subitement , il trouva son cercueil à la porte.
Page 3oo.
Arrache Madeleine à ses honteux projets, etc.
Quoique les savans distinguent Marie-Madeleine de la femme pécheresse, il est permis de parler en vers suivant l'opinion commune.
Même page.
Et nous devons nommer nos mérites des dons.
« On a des mérites quand on est saint; mais la grâce qui «• nous les donne nous est donnée sans mérite. La récompense « est due après la promesse ; mais la promesse a été faite par «pure bonté. La récompense est due aux bonnes œuvres ; « mais la grâce qui n'est point due précède, afin qu'on les fassCr » M. BossuET , Élév.
Page 3oi.
« La grâce, dites-vous, vous paroît la contraindre, »
TuUores vivimus y si totuin Deo damus , non autem nos illi
ex parte , et nohis ex parte commiltimus . « Il est plus sûr pour « nous de donner tout à Dieu que de dépendre en partie de lui « et en partie de nous. » S. Aug. de dono persev. c. vi.
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La molle et souple argile est moins obéissante , etc.
ILle qui in cœlo et in terra omnia quœcumque volait j fecit, etiam in cordibus hominum operatur. « Celui qui a fait dans le « ciel et sur la terre tout ce qu'il a voulu opère aussi tout ce « qu'il veut dans le cœur des hommes. » S. Aug. de Grat. et lib. Arb. c. xxi.
Mutans mentem atque reformaus.
Vasque novum ex fracto fingens virtute creandi.
« Quelquefois , dit saint Prosper , Dieu attire à lui les na- « tions les plus farouches et les plus opposées à l'Évangile, en « changeant le fond du cœur, en rétablissant l'ame et la re- « nouvelant , et en formant , par une puissance de créateur et « de souverain y un vase nouveau de ce vase qui étoit brisé. » Part. II.
Même page.
J'en dépends ; mais , Seigneur, ma gloire est d'en dépendre ;
" L'état de notre être est d'être tout ce que Dieu veut que « nous soyons. Il fait être homme ce qui est homme, corps « ce qui est corps, pensée ce qui est pensée, passion ce qui « est passion, action ce qui est action, nécessaire ce qui est « nécessaire, libre ce qui est libre. » M. Bossuet , Traité du lib. arb.
Même page.
Mes vices, que je bais, je les tiens tous de moi; Mea sala non sunt nisi peccata. « Je n'ai de moi ({ue le
« péché, dit saint Augustin, sermon sur le ps. 70. » Et dans ses Conf. liv. 11, c. vu : Gratiœ tiiœ dcpnto et quœcumquc notf feci mala.... et omnia iiii/ii demissa esse fateor , et qiiœ ineâ spontefeci mala, et quœ te duce non feci. « Je reconnois que « c'est votre grâce, ô mon Dieu, qui m'a préservé de tout le « mal que je n'ai point fait.... Je vous suis redevable et du « pardon que vous m'avez accordé pour les péchés que j'ai « commis, et de la protection par laquelle vous m'avez garanti « de ceux que j'aurois encore pu commettre. y>
Page 3 02.
Le Molinîste, aidé par un autre secours ,
La grâce , nous dit-il , vient offrir son appui,
La grâce, suivant ce système, ne change pas le cœur : elle met seulement la volonté dans l'équilibre. Ce n'est pas Dieu qui donne l'inclination à la volonté, c'est l'homme. Suivant le système des congruistes , Dieu épie le temps, le lieu, les circonstances où la volonté fera un bon usage de la grâce.
Page 3o3.
« Il n'est point, nous dit-il, de race favorite :
Il admet une science moyenne , par laquelle Dieu prévoit , avant aucun décret de sa volonté , le bon usage que nous ferons de notre liberté dans telles et telles circonstances.
Même page.
Le pontife appela la fameuse assemblée.
Les dominicains attaquèrent vivement le livre de Concordiâ gratiœ et îiberi arbitrii , dès qu'il parut, et le déférèrent à l'inquisition de Castille. La cause fut portée à Rome. Clément viii établit la congrégation, qui eut pour cette raison le titre de
Auxiliis. Lcmos , célèbre dominicain , s'y distingua. Après soixante-huit congrégations où Clément viii présida, ce pape mourut. Léon xi lui succéda , et mourut peu de jours après. Paul V reprit l'examen de ces disputes, et, après dix-sept congrégations , fit dresser sa bulle ; mais des raisons particulières l'empêchèrent de la publier.
Page 3o4, Ne rejetons pas moins le dangereux système.
Suivant ce système, la grâce, qui n'est pas efficace par ellemême, tire son efficacité des circonstances. Paul n'eût pas été converti , si Dieu ne Teût renversé dans le moment où il savoit que le cœur du persécuteur de son Eglise scroit disposé à se rendre.
Même page.
Fais connoître tes droits au démon qui t'assiège.
Selon Molina , Dieu a fait un pacte avec Jésus-Christ , par lequel il s'engage à donner sa grâce à tous les hommes qui feront ce qui sera en eux par les forces de la nature. Combien l'homme s'égare quand il veut expliquer par sa raison seule ce que notre raison ne peut comprendre ! Suivant le système du père Mallebranche , il est indigne de Dieu d'agir par des volontés particulières. Les anges ont été la cause occasionnelle des miracles de l'ancienne loi ; et l'ame de Jésus-Christ est la cause occasionnelle de la distribution de la grâce. Cette ame , quoique unie au Verbe , a des volontés que le Verbe ne lui fait point avoir, et elle ne connoît point le fond des cœurs : d'où il arrive qu'elle fait donner des grâces sans savoir quels effets elles auront ; et de même que la pluie qui, en conséquence des lois générales, tombe sur des terres ensemencées où elle fait germer les fruits , tombe aussi sur des rochers stériles , la grâce
NOTES DU CllVNï TROISIEME. 347
tombe sur des cœurs disposés à la recevoir , et sur d'autres où elle ne peut produire aucun effet. Exposer un paieil S3^stèlne , c'est le réfuter.
Page,^3o5.
Que sert-il de prier ? Nous devons tous nous taire.
Quid stultiàs quàin orare ut facias quod in potestnte habeas !...» Qui orat , non orat ut homo sit, quod est naturâ ; neque orat ut habeat liberurn arbitriurn , quodjam accepit, cùm crearetur ipsâ naturd; nequc orat ut accipiat mandatum : sed plané orat utfaciat mandatum,..» Jpsa igitur oratio clarissima estgratiœ testificado. « Quoi de plus insensé que d'avoir recours « à la prière pour faire ce qui dépend de nous !.... Quand nous « prions, nous ne prions point Dieu de nous faire hommes , « puisque nous le sommes par la nature ; ni de nous donner le « libre arbitre, puisque nous l'avons reçu dès le premier mo- « ment de notre être ; ni de nous donner la loi, mais de nous « la faire accomplir.... La prière même est donc une preuve très- « authentique de la grâce. » S. Auo. epist. 177.
Page 3o6.
Quel mortel à son gré dispose de son coeur ?
L'unique moyen d'accorder une contrariété apparente qui attribue tantôt à nous, tantôt à Dieu, nos bonnes actions, est de reconnoître qu'elles sont de nous , à cause de notre libre arbitre qui les produit; et qu'elles sont de Dieu, à cause de sa grâce, qui fait que notre libre arbitre les produit. «Dieu, « dit saint Augustin , nous fait vouloir ce que nous aurions pu 0 ne point vouloir. » A Deo factum est ut vellent quod et nollc potuissent.
Même page.
Pourquoi donc les pécheurs qui détestent leurs chaînes , etc.
Ex voluntatc perversd facta est libido ; et diim servitur libi-
dini^facta est consuetudo ; et du m consuetudini non resistitur , facta est nécessitas. « Ma volonté, en se déréglant, est devenue V. passion : à force de suivre cette passion, elle s'est tournée en « habitude ; et, faute de résister à cette habitude, elle est de- « venue nécessité. » S. Aug. Conf. lib. viii, c. v.
Page 307.
»< Infortuné captif, cesse donc de souffrir, etc.
Ceci est imité de la 77^ épigramme de Catulle.
Difficile est longum subito depouere amorem :
Difficile est , etc.
O dî, si vestruin est misereri , aut si quibus uuquàm
Extremà jam ipsà in morte tulistis opem , Me miserum aspicite ; et si vitam puriter egi ,
Eripite liane pestem , perniciemque milii , Quœ, milii subrepens inios ut torpor in artus^
Expulit ex oinni pectore lœtitias.
Page 3 08.
«< Ma fougueuse jeunesse, ardente pour les crimes, etc.
Efferhui miser , sequens impeturn fluxûs mei., relicto te. . . . Tu semper aderas , misericordiler sœviens , et amarissimis aspergcns offensionibus omnes illicitas jucunditates rneas , ut ita quœrerem sine offensione jucundari. S. Aug. Confess. lib. 11, c. II, n. 5.
Même page.
« A mes tristes regards me présentoit moi-même.
Constituebas me ante faciem meam , ut vidercm quani turpis essem., quam dislortus et sordidus , maculosus et ulcerosus. Et videbam , et horrebam ; et qub a me fugerem non erat... Sed dissimulabam et connivebam, et obliviscebar. Conf lib. VIII , c. VII.
NOTES DU CHANT TROISIÈME. 3/J9 Page 309.
" Et moi , je répondois : « Un moment , tout à l'heure. »
Modo , ecce modo , sine paululiim. Sed modo et modo non habchant m.odum , et sine paululùm in longiim ibat. Confess. lib. VIII.
Même page.
:« De mes premiers plaisirs la troupe enchanteresse , etc.
Retinebant nugœ nugarum , et vanitates vanitatum. antiquœ arnicœ meœ , et succutiebant vestem meam carneam , et submurmurabant : Dimitlis nos , et à momento isto non erimus tccum in œtcrnum , etc. Idem, ibid. n. 26.
Mais devant moi l'aimable et douce chasteté , etc.
Cas ta dignitas continentiœ , serena et non dissolutè iiilaris ^ honestè blandiens. Confess. c. x, n. 27.
Page 3 10.
« Vérité qui trop tard avez su me charmer , etc.
Serb te ama^i , pulchritudo tam anticjua , et tam nova , sera te amavi, Confess. lib. x, c. xxaii.
35o LA GRACE.
Page 3 II.
Ju^emens éternels , et lois irrévocables , ett,
« L'ordre des choses humaines, dit M. Bossuet, Traité dii 'î libre arbitre, est l'ordre des décrets divins. Dieu voit tout, « ou dans son essence, ou dans ses décrets : il ne peut connoître « que ce qu'il est , ou ce qu'il opère.
Mcnnie page.
Mystère ténébreux , qui pourra le comprendre ?
On objectoit à saint Augustin qu'il étoit dangereux de parler de la prédestination gratuite. « C'est-à-dire, répondoit-il , que « nous craignons d'offenser par nos paroles ceux qui ne sont « pas en état d'entendre la vérité ; et nous ne craignons pas que « ceux qui sont en état de l'entendre soient trompés par notre « silence. » Timemus ne , loquentibus nobis , offendatur qui veritatem non potest capere ; et non timemus ne , tacentibus nobis, qui veritatem potest capere , falsitaîe capiatur.
Page 3 12. *
Pour un crime pareil si l'ange est condamné, Pourquoi l'homme après lui sera-t-il épargné .^
Vniver&a massa pœnas débet ; et si omnibus debitum damnationis supplicium redderetu?' y non injuste redderetur. « La « niasse entière du genre humain mérite la punition ; et quand
NOTES DU CHAN r QUATRIEME. 35 1
« Dieu livreroit tous les hommes au supplice de la damnation, « ce seroit sans injustice de sa part. » De Nat. et Grat. c. vu. « C'est , suivant saint Augustin dans le livre de la Prédestina- « tion , ce qui ne doit pas révolter un chrétien , persuade cpie 'i tous les hommes sont tombés , par le péché d'un seul , dans « vme condamnation si juste, que, quand Dieu n'en délivreroit « aucun , on n'auroit aucun sujet de se plaindre. » Omues isse in condctnnatlonern justissimarn : ita ut nulla Dei esset justa reprehensio y etiamsi nullus indè liheraretur. De Prsedest.
c. VIII.
Même page.
Il choisit , il rejeUe , il fait justice et grâce.
Elcgit nos Deus , non quia per nos sancti futuri eramus ; sed elegit y prœdestina\'itque f ut essemus. «Dieu ne nous a pas « choisis parce que nous devions être saints; mais il nous a « choisis et prédestinés afin que nous fussions saints. >> De la Prédestin, e. xvni.
Même page.
Chef de tous les élus , Jésus-Christ par son sang , Lui-même élu par grâce, a mérité ce rang.
Sicut prœdestinatus est ille unus , ut caput nostrwn esset, ita niulti prœdestinati sumus , ut memhra ejus essetnus, « Comme « Jésus-Christ a été prédestiné seul pour être notre chef, de « même plusieurs d'entre les hommes ont été prédestinés pour « être ses membres. »
Page 3i3.
Cher et petit troupeau que m'a donné mon père , etc. Nolite timerCf pusillus gre.r, quia cornplacuit patri vestro dare
vobis regiium. « Ne craignez point, petit troupeau ; car il a plu «■ à votre père de vous donner son royaume. » Luc. xii, 32.
Oves ineœ non peribunt in œternum , et non rapiet eas quisqiiam de manu med. « Mes brebis ne périront point à jamais , « et nul ne me les arrachera d'entre les mains, w Joan. x , 28.
Page 3i3.
Les uns vases d'honneur, objet de ma tendresse, etc.
« Qui peut se plaindre de Dieu, dit l'Apôtre, si, voulant « montrer sa colère et faire connoître sa puissance, il supporte « avec une patience extrême les vases de colère destinés à périr, « afin de faire paroître les richesses de sa gloire sur les vases de « miséricorde qu'il a préparés pour la gloire ? >^
Même page.
Qu'ici sans murmurer la raison s'humilie.
Sufjicit scire hotnini quod non sit iniqidtas apiid Deuin. Jam quomodà istà dispenset , faciens alios secundàm rneritutn vasa irœ , alios secundhm gratiam vasa misericordiœ , quis cognovit sensum Domini? aut quis consiliarius ej us fuit ? « Il suffit à « l'homme de savoir qu'il n'y a point d'iniquité en Dieu. Et si « vous demandez pourquoi il fait les uns des vases de colère « selon qu'ils le méritent, et les autres des vases de miséricorde « par sa grâce , saint Paul vous répondra : Qui a connu les « desseins de Dieu ? ou qui est entré dans le secret de ses « conseils? » S. Aiig. contra duas epist. Pelagii, lib. i, c. xx.
Page 3 14.
Il regarde, tranquille, et l'être et le néant.
« Comme Dieu , dit M. Bossuet , Traité du libre arbitre , « possède lui-même tout son bien , et qu'il n'a besoin d'au- « cun des êtres qu'il a faits , il n'est porté à les faire , ni à
« faire qu'ils soient de telle façon, que par sa seule volonté « indépendante. »
Même page.
Des salutaires eaux un enfant est lavé.
Sed qui judicium arbitrii meritumque tueris. . .
Infautum discerne animos , et discerc quales
Affectus , qualesque habcant hsec pectora motus. . . .
.... Pariter nequeuut boua vel mala velle ,
Et tamen ex illis miseratrix gratia quosdam
Eligit, et rursùm genitos baptismale transfert
In regnum œternum, multis in morte relictis.
« Vous qui faites dépendre les dons de Dieu des mérites de « l'homme, de son choix et de son libre arbitre, dit saint « Prosper, faites-nous voir ce choix et ces mérites dans les « enfans , et dites-nous quels sont les mouvemens de leur vo-
« lonté Tous également ne peuvent vouloir ni le bien ni le
« mal ; et cependant Dieu , par sa miséricorde et sa grâce , en « choisit quelques-uns qu'il fait renaître dans le saint baptême « pour les placer dans sa gloire, pendant qu'il en laisse un « grand nombre dans la mort. » Part, m, c. x, 3o.
Page 3i5.
O sage profondeur ! 6 sublimes secrets !
« O altitiido I Tous les chrétiens, Bayle, art. Ârminîus , « doivent trouver dans ce mot de saint Paul un arrêt définitif , « prononcé en dernier ressort et sans appel , touchant les dis - « putes de la grâce , et opposer cette forte digue aux inonda- « tions des raisonnemens. »
Ce premier des présens qu'il fait aux malheureux Leur ouvre le chemin , quand il a pitié d'eux.
« Dans tous les principes de théologie , dit le père Bourda-
< loue , la première grâce du salut est la lumière qui nous dé- « couvre les voies de Dieu, parce que, pour agir, il faut « connoître, et, pour connoître, il faut être éclairé de Dieu. »
Page 3i5.
Le précieux flambeau qui s'allume par grâce, Aux ingrats enlevé, souvent change de place.
« Il y a de la part de Dieu, dit le père Bourdaloue, des « substitutions terribles : il abandonne les uns, il appelle les « autres; il dépouille les uns, il enrichit les autres. Mystère de « prédestination certain et incontestable ! Mystère qui , tout « rigoureux qu'il est, ne s'accomplit que selon les lois de la « plus droite justice, et dans lequel Dieu découvre aussi tous « les trésors de la miséricorde.... C'est ainsi que, les anges re- « belles ayant laissé par leur chute un grand vide dans le ciel , «. Dieu leur a substitué les hommes.... Il substitue aussi un « peuple à un autre peuple ; et plaise au ciel que nous ne ser- « vions pas d'exemple à ceux qui viendront après nous , comme <( nous en servent ceux qui nous ont précédés ! » Pensées du père B0URDA.LOTIE , au titre Substitutions.
Même page.
Cette lie, de chrétiens féconde pépinière, L'Angleterre , où jadis brilla tant de lumière , Recevant aujourd'hui toutes religions, T^'est plus qu'un triste amas de folles visions.
Les anabaptistes, les trembleurs, les indépendans , les puritains , etc. *
La France est aujourd'hui ton royaume fidèle. Ah ! nos crimes , enfin à leur comble montés. Du ciel lent à punir lasseront les bontés !
Plus on est environné de lumières, plus on est souvent près
de tomber dans les ténèbres, parce que Dieu nous punit de l'abus de ses grâces. Jamais l'Afrique ne fut plus éclairée que du temps de saint Augustin ; cependant la religion y fut presque éteinte par les Vandales. L'Egypte, la Palestine, la Syrie , malgré cette foule de saints anachorètes, furent ravagées par l'arianisme, le nestorianisme, l'eutychianisme, etc.
Même page.
Il aveugle celui qui deiiiaude à tout voir.
« Cest une vérité incontestable , dit le père Bourdaloue , que « Dieu aveugle quelquefois les homnjes. De quelle manière « s'accomplit une punition en apparence si contraire à la sain- « teté de Dieu ? C'est un secret de la prédestination et de la « réprobation des hommes, que nous devons révérer, mais qu'il « ne nous appartient pas de pénétrer. »
Même page.
Un mot eût pu changer les sages Antonins;
Non volentis , nequc currentis , sed jnisei^antis est Dei , qui et parvuUs quitus vult , etiain non volentibus neque currentibus subvenit. « Tout dépend, dit saint Paul, non de celui qui « veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde, « et qui l'accorde à qui il lui plaît d'entre les enfans, quoi- « qu'ils ne veuillent ni ne courent. » S. Au g. de dono persev