C. XI
Page 317.
Il verse ses faveurs sur une ame infidèle Que l'abus de ses dons rendra plus criminelle.
N'y auroit-il pas plus de bonté, nous dit notre raison, à ne point donner des grâces dont on doit abuser ? Elle peut dire de même : N'y auroit-il pas eu plus de bonté à ne pas permettre
la chute du premier homme ? Puisque Dieu a jugé à propos de tirer le bien du mal, plutôt que de ne permettre aucun mal, réformons les idées de notre raison sur celles de la foi. En Dieu tout est incompréhensible pour nous : sa bonté comme sa puissance.
Page 3i8.
Il faut, pour la ravir, fournir la course entière.
Asscrimus donum Dei esse perseverantiam , qud usque in finem perseveratur in Christo. « Nous disons que la persévérance « par laquelle nous demeurons unis à Jésus-Christ jusqu'à la « (in est un don de Dieu. » S. Axtg. de dono persev. c. i.
Même page,
Tertullien s'égare et périt hérétique.
Après avoir été le défenseur de la religion contre les païens et contre les hérétiques, Tertullien se sépara de l'Église, et embrassa la secte des montanistes.
Même page.
Osîus sur la terre avoit brillé cent ans, etc.
Osius , évêque de Cordoue , que saint Athanase appelle le père des évéques , le maître des conciles , le grand confesseur de Jésus-Christ, ne voulant pas favoriser les ariens, fut exilé par Çonstantius. Il avoit alors plus de cent ans. Après avoir souffert pendant une année d'exil beaucoup de mauvais traitemens, il succomba, et signa la formule de Sirmich, dressée par les ariens. Il mourut peu de temps après.
Même page.
« Mais que sert de courir? répond un téméraire , etc. Simt qui proptercà vel non orant, vel frigide orant. Nùni
NOTES DU CnmT QUATRIEME. 3^7
propter talcs , hujus scntentlœ veritas desei'enda , aut ex Evaiigclio delenda putahitur ? « Il y en a qui , frappés de cette parole « de Jésus-Christ, que Dieu sait ce qu'il nous faut avant que « nous le lui demandions , ou négligent de prier, ou ne prient « qu'avec tiédeur. Faut-il, à cause de ces gens-là, renoncer à « la vérité de la prescience de Dieu ou l'effacer de l'Evangile ? » S. AuG. du don de la persév. c. xvi. Et dans le c. xix , le même docteur ajoute : « Saint Cyprien et saint A.mbroise, qui ont « relevé le prix et la force de la grâce jusqu'à dire, l'un qu'il « n'y a rien dont nous puissions nous glorifier , parce qu'il n'y « a rien qui vienne de nous ; et l'autre que notre cœur et nos « pensées ne sont point en notre pouvoir, n'ont pas cessé pour " cela d'employer les exhortations et les corrections pour porter « les hommes à l'observation des commandemens de Dieu. Et « ils ne craignoient pas qu'on leur dît : Pourquoi nous exhorter a et nous reprendre , s'il est vrai que nous n'ayons rien de bdn « qui vienne de nous , et si notre cœur et nos pensées ne sont « point en notre pouvoir ? » Cyprianus et Ambrosius cùm sic prœdicarent Dei gratiam , ut unus eoruin diceret : In imllo gloriandum , quoniam nostrum nihil est ; alter autein : Non est •n potestate nostrâ cor nostrum et nostrae cogitationes , non tamen hortari et corripere destiterimt ut fièrent prœcepta divina. Nec timuerunt ne diceret u?' eis : Quid nos hortarnini? quid et corripitis y si nihil boni kabeamus quod sit nostrum , si non est in potestate nostrd cor nostrum ?
Page 319.
Détestable pensée ! affreuse conséqueuee ! L'espérance et la crainte sont deux contre-poids qui soutiennent l'homme entre deux précipices, la présomption et le désespoir. Il suffit, pour espérer, de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie ; il suffit , pour craindre , de savoir que la persévérance est un don qu'il ne doit à personne.
Page 317.
Dans le irouble où vous jette un douteux avenir , Ignorant votre arrêt, vous l'osez prévenir.
Quid metuis , si in via ambulas ? Tune tiine , si deseris viam. « Que craignez- vous , si vous marchez dans le chemin ? Vous « n'avez rien à craindre qu'en abandonnant la voie qui mène à « Dieu. » S. AuG. serm. \l\i.
Même page.
Où sout donc pour le ciel les efforts que vous faites ?
« Dieu nous a prédestinés , dit le père Bourdaloue , comme « des créatures raisonnables, libres, capables de mériter, et « qui doivent gagner le ciel par titre de conquête ou de ré- « compense. » «
Paffe 320.
o Si mon sort est douteux , je le rendrai certain. Je travaille , je couis, et ne cours pas en vain.
M. de Nointel , ambassadeur à la porte , avoit écrit à M. Arnauld touchant la manière dont les Turcs raisonnent sur la prédestination. M. Arnauld lui répond , lettre 147: « Le meilleur « est de ne se point enfoncer sur ces matières qui sont impéné- '< trahies. Il est certain que tout ce qui arrive dans le monde « est réglé par la providence de Dieu , et que le péché même , « dont il n'est pas l'auteur, rentre dans cet ordre, parce qu'il « n'arrive point qu'il ne le permette , et qu'il ne le permet que
« pour en tirer du bien Mais l'erreur des Titres est qu'ils
« séparent les moyens par lesquels les événemens arrivent des « événemens mêmes ordonnés de Dieu : ce qui fait qu'ils croient « qu'il ne sert de rien d'éviter les périls , parce que , Dieu « ayant réglé ce qui devoit arriver , il n'est pas en notre pou- <c voir de l'éviter. Mais Dieu ne l'ayant réglé qu'en attachant
NOTES DU CIIAJN r QUATRIEME. :^59
« la cause aux effets, je fais bien de ne me pas exposer à la « peste sans nécessité, parce que, né m'y exposant pas, je ne « la gagnerai pas ; et ne la gagnant pas , je n'en mourrai pas ; « et par là je ne changerai pas l'ordre de la Providence ; mais « je me serai conduit d'une manière sage , et qui sera conforme « à cet ordre. Après tout , néanmoins , il en faut toujours « revenir là , qu'il y a quelque chose en tout cela qu'on ne « sauroit comprendre. »
Même page.
Il m'aîme : du pécbeui' il ne veut point la mort ;
Misericors et miserator Dominus in his quitus veniam dédit, in his quibus adhuc non dédit , longanitnis , non damnans , sed expectans.,.. vocal te nunc , exhortatur te ^ expectat donec res~ piciat f et tu tardas ! « Le Seigneur est plein de miséricorde à « l'égard de ceux dont il a pardonné les péchés ; il est patient « à l'égard de ceux auxquels il ne les a pas encore pardonnes ; « il ne les pardonne pas , mais il les attend , et par là semble leur « crier : Revenez à moi, et je reviendrai à vous — Dieu vous « appelle aujourd'hui ; Dieu vous exhorte et attend que vous «rentriez en vous-mêmes; et vous différez de le faire ! » S. AuG.
Page '32 1.
Entre tant d'appelés poui'quoi si peu d'cins :"'
« On demande, dit le père Bourdaloue , s'il est à propos que « les prédicateurs prêchent dans la chaire la vérité du petit '( nombre des élus. J'aimerois autant qu'on demandât si l'on « doit prêcher l'Évangile en chaire. Prêchons-le sans en rien «retrancher ni rien adoucir; prêchons -le dans toute son ■y étendue, dans toute sa sévérité. Malheur à quiconque s'en < scandalisera... S'il y en a (juelques-uns que ce sujet désespère .
36o LA GRACE.
« qui sont-ils ? Ceux qui ne veulent pas bien leur salut. Tout (c bien examiné , il vaudroit mieux , si j'ose le dire , les déses- « pérer ainsi pour quelque temps que de les laisser dans leur « aveuglement. » Pensées du père Bourdaloue , titre du petit nombre des élus.
Même page.
Nous tremblons C'est assez, unissons notre foi :
Qui tremble croit , et qui croit a le principe du salut. Ainsi la crainte même est un sujet d'espérance. Dans quelque abîme que l'on soit, on en peut crier : De profundis clamavi.
Page 222.
Donne-nous ces secours que tu nous as promis ; Donne la grâce enjQn même à ses ennemis.
OrernuSy dilectissimi ^ oremus ut Deus gratiœ det etiam inirnicis nostris , maxirnèque fratrihus et dilectorihus nos tris , intelligere et confiteri , post ingentem et ineffabilem ruinam , qud in uno omnes cecidimus , neminem nisi gratid Dei liberari , eamque non secundiim mérita accipientium , tanquarn débitant reddi , sed tanquarn veram gratiam , nullis meritis prœcedentibus , gratis dari. « Prions, mes très-chers frères, prions « l'auteur de la grâce de faire que nos ennemis mêmes , et sur- " tout nos amis et nos frères, comprennent et confessent que , ( depuis cette grande et ineffable ruine où la chute d'un seul « nous a tous précipités, nul n'est délivré que par la grâce de « Dieu ; que cette grâce n'est point donnée comme une dette et « une récompense des mérites, mais qu'étant véritablement « grâce, elle se donne gratuitement, sans qu'aucun mérite la '< précède. »