X ELOGE
aussi à l'édition des lettres de Jean-Baptiste Rousseau. Il fut commis des finances pendant vingtquatre ans , et n'eut jamais le moindre intérêt dans aucune affaire de finances. Il avoit épousé à Lyon mademoiselle de Presle, fille de M. de Presle, secrétaire du roi, dont la fortune mit M. Racine dans une situation plus commode et en état de quitter ses emplois.
Il donna en 17 Sa trois volumes de remarques sur les tragédies de son père, et traduisit ensuite le Paradis perdu de Milton ; mais cette traduction est fort inférieure à celle de M. Dupré de Saint- Maur, et parôît servile à force d'être littérale. Peu de temps après la publication de cet ouvrage, il apprit l'événement funeste qui lui enleva son fils unique à Cadix , où il étoit lors du tremblement de terre de Lisbonne.
Ce jeune homme, par ses talens et ses mœurs, donnoit les plus grandes espérances. On a de lui des vers qui prouvent que le nom de Racine devait être toujours cher aux muses, et qui perpétueront les regrets de sa perte. M. Lebrun célébra ce triste événement dans une ode pleine de chaleur, dont on se rappelle celte strophe :
Reviens. ... la mer s'élance. . . . arrête, Vois, crains, fuis ces flots suspendus;
DE LOUIS KACIINE. xi
Ils retombent .... Dieu ! la tempête L'entraîne à mes yeux éperdus.
Divin Racine! ombre immortelle!
Ton fils. . . . il expire, il t'appelle; Violez, Muses, Grâces, Amours, Volez; sa bouche vous implore !
Toi , déesse plus chère encore , Amitié, vole à son secours.
Plongé dans la plus vive douleur, M. Racine abandonna ses études, vendit sa bibliothèque, ses estampes , et ne conserva que les livres saints. Il y avoit long-temps qu'il s'étoit interdit l'entrée des spectacles. Il vivoit solitairement , et composa quelques ouvrages de piété, qui n'ont pas encore été donnés au public. Deux ans avant sa mort , il ressentit quelques atteintes d'apoplexie , et ne songea plus qu'à se préparer à mourir. Il termina sa vie dans les sentimens de la résignation la plus chrétienne, le 29 janvier 1763.
M. Racine n'a eu contre lui que la gloire immortelle du nom de son père. On ne peut refuser au poème de la Grâce le mérite de la difficulté vaincue, et peut-être n'étoit-ce pas une médiocre preuve de génie que d'avoir entrepris d'embellir un sujet aussi abstrait des plus brillantes couleurs de la poésie. Il faut avouer cependant que la matière toute théo-