‹ PoésiesChapitre 29 sur 64 · ODE XL · texte numérisé non relu

ODE XL

TlllÉi: DV PSAUME 6S.

Jésus-Christ souffrant.

O MON Dieu, sauvez -moi, je péris; accourez, Calmez ces vents cruels contre moi conjurés; Repoussez promptement ces flots que la tempête Rassemble sur ma tête.

Mes cris et mes regards s'élèvent vers les cieux; Mais ma langue se lasse aussi -bien que mes yeux : Ma vue est affoiblie, et ma voix va s'éteindre A force de me plaindre.

Pour me perdre, Seigneur, on se croit tout permis; Et j'ai moins de cheveux que je n'ai d'ennemis; Chaque jour s'en accroît, malgré mon innocence. Le nombre et l'insolence.

Pourquoi fait- on payer celui qui ne doit rien? C'est à vous que je dois, hélas! je le sais bien; C'est à vous seul aussi, c'est à votre colère Que je veux satisfaire.

'6iyi ODES

Mais ne permettez pas que vos saints, dont la foi Attend que votre amour se déclare pour moi, Rougissent de ma honte, et de ma délivrance Perdent toute espérance.

C'est pour vous que je souffre : ils ne l'ignorent pas. Étranger même aux yeux de mes frères ingrats. Ils m'abandonnent tous; et le fils de ma mère Insulte à ma misère.

C'est vous que je veux voir chéri, craint, adoré; D'un saint zèle pour vous mon cœur est dévoré ; Et pour vous mon amour contre moi les anime : Yoilà quel est mon crime.

Je crois les attendrir par mon jeûne et mes pleurs : Je gémis, je soupire: inutiles douleurs! Sur le sac et la cendre en vain je m'humilie. Tout leur paroît folie.

De moi sont occupés ceux que n'occupe rien : Je suis de leurs repas l'éternel entretien , Le sujet des chansons et des traits de satire Que le vin leur inspire.

Ce n'est donc plus qu'à vous que je puis m'adresser Entre eux et moi c'est vous qui devez prononcer. Ce qu'ils m'ont fait souffrir, devant vous je l'expose Grand Dieu, jugez ma cause.

Mais l'orage redouble. O inpment plein d'horreur! Les vagues et les vents raniment leur fureur; Et jusqu'au fond des eaux dont le sein va se fendre Je suis prêt à descendre.

Ah , Seigneur, il s'entr'ouvre : étendez votre bras; Que l'abîme sur moi ne se referme pas ! Voulez -vous qu'à vos yeux la mer m'ensevelisse, Que la mort m'engloutisse?

Protégez l'innocent qui n'espère qu'en vous , Et ne permettez pas qu'un injuste courroux Triomphe de celui dont le cœur vous adore , Dont la voix vous implore.

Hélas! j'avois prévu leur rage et mon malheur, J'avois su préparer mon ame à la douleur! Mais pouvois-je m'attendre à l'excès incroyable Des maux dont on m'accable ?

Un peuple tout entier en est le spectateur. J'y demande , j'y cherche un seul consolateur ; Et je n'y puis trouver un cœur dont la tendresse Partage ma tristesse.

Quand d'une ardente soif j'ai senti le tourment , Ils ont connu ma peine à mon gémissement. Mais que m'ont - ils offert pour apaiser ma plainte ? Du fiel et de l'absinthe!

Qu'ils soient eux-mêmes enivrés De leur breuvage détestable, Et qu'on leur présente à leur table Les poisons qu'ils m'ont préparés.

Qu'ils soient privés de la lumière, Et qu'étendant toujours les bras, Courbés jusque sur la poussière.

Ils chancellent à chaque pas.

Que leurs provinces ravagées Soient désertes dans tous les temps; Que dans leurs villes saccagées Il ne reste plus d'habitans.

Est-il un pardon pour leur crime?

Loin de respecter mon malheur, N'ont- ils pas sur votre victime Ajouté douleur à douleur ?

Qu'ils comblent enfin la mesure

De leurs exécrables forfaits ;

Et faites - leur avec usure

Payer tous les maux qu'ils m'ont faits.

Que, d'affreux remords poursuivie , Leur race vous implore en vain ; Que son nom du livre de vie Soit effacé de votre main.

Pour moi, pauvre et souffrant, mais rempli d'espérance, Moi qui dans vos bontés ai mis mon assurance , J'annoncerai bientôt mon bonheur aux mortels; Et mes chants vous seront, Seigneur, plus agréables Qu'à vos yeux ne le sont ces taureaux innombrables Dont le sang tous les jours arrose vos autels.

Vous sur qui des médians la fureur se déploie , Contemplez mon triomphe et tressaillez de joie. Quels que soient vos tourmens , cherchez Dieu , vous vivrez. Oui, par lui quelque jour consolés de leurs peines. Les malheureux captifs verront tomber leurs chaînes : Ce Dieu rappellera ses peuples égarés.

Sion doit rassembler ses pierres dispersées; Sion relèvera ses villes renversées :

Leurs murs renfermeront de nouveaux citoyens , Et Juda , rétabli dans le champ de ses pères , Si long -temps cultivé par des mains étrangères. Laissera ses enfans héritiers de ses biens.

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