ODE XVIII
L'ouvrage des six jours.
L'Éternel va sortir d'un éternel silence : Il veut créer le monde; il l'a voulu toujours. Rien ne commence en lui; hors de lui tout commence, Et le temps , et les jours.
Les cieux ne sont encor qu'une masse imparfaite; La terre un sombre amas de principes confus. Que la lumière soit. Il l'a dit : elle est faite, Et le chaos n'est plus.
O jour, premier des jours où naquit la lumière. Brillant écoulement de la Divinité, Ruisseau pur , qui répand sur la nature entière La vie et la beauté ;
C'est à toi , vrai rayon , sainte et céleste flamme , Éternelle clarté, que j'adresse mes vœux! Lumière de lumière, éclaire de mon ame Le chaos ténébreux.
Soumettez -vous, mortels : que votre foi détruise Ces mondes qu'à son gré bâtit votre raison ; Et ne rougissez pas de quitter pour Moïse Descartes et Newton.
SACRÉES. . 4t5
Quel spectacle pompeux, quelle inagnificenee, Quand les eaux, tout h coup s'élevant dans les airs. Forment, en s'étendant, comme une voûte immense Dont les cieux sont couverts !
Qui la soutient? Celui qui sur nous peut suspendre Ces nombreux amas d'eau, de nos mers attirés; Celui qui les enlève, et qui les fait descendre Dans nos champs altérés.
Qu'il nous aime bien plus quand sa grâce féconde De sa prodigue main descend au fond du cœur , L'arrose , l'amollit , le pénètre , l'inonde , Le remplit de vigueur!
Heureux qui dans sa soif est abreuvé par elle ! Heureux qui peut puiser au torrent précieux Dont l'onde qui retourne à sa source éternelle Rejaillit jusqu'aux cieux !
Mais les flots cependant couvroient la face entière Du séjour dont nos biens deviendront l'ornement; Et la mer à grand bruit rouloit sur la poussière De l'aride élément.
Il est temps que d'un lit la prison la resserre. Un vaste abîme s'ouvre, elle en murmure en vain. Dieu lui parle : elle fuit, elle y tombe; et la terre Fait paroître son sein.
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ïu l'embellis partout, ô verdure naissante : Herbes , fruits , plantes , fleurs , arbres , vous croissez tous. Ah ! d'heureux habitans une race innocente L'orneroit mieux que vous î
Aujourd'hui condamnée à nourrir un coupable, Cette terre en gémit, et demande en secret Qu'on la délivre enfin du fardeau méprisable Qu'elle porte à regret.
Toi , que de la nature on appelle le père , La lumière et les fruits déjà t'ont précédé. Pourquoi ne viens -tu pas? Celui qui nous éclaire Ne t'a point demandé.
Que sa grandeur éclate en brillans caractères! Pour l'annoncer encore, il t'appelle à son tour. Viens répandre partout tes rayons salutaires ; Viens présider au jour.
Tu parois, o soleil! ta gloire incomparable Efface le flambeau qui préside à la nuit. D'étoiles devant toi quelle armée innombrable Se dissipe et s'enfuit!
Ainsi, près des clartés, grand Dieu, que tu révèles, Qu'est-ce que ma raison dans son jour le plus beau ? Malheureux qui se fie aux foibles étincelles De ce pâle flambeau!
Tandis ([u'enfans des eaux , les poissons en silence Vont partager entre eux les fleuves et les mers ; Enfant des eaux, comme eux l'oiseau chante et s'élance Dans l'empire des airs.
D'une vitesse égale à l'instant se répandent Des liquides états les citoyens nouveaux, Également conduits par des rames qui fendent Ou les airs , ou les eaux.
O terre , enfante aussi ta famille admirable ; Rampez, marchez , courez, animaux , sur son sein. D'un ouvrier habile autant qu'inépuisable Remplissez le dessein.
Que son chef-d'œuvre enfin se hâte de paroître. Oui, Seigneur, il est temps d'accomplir ton projet. Pourquoi délibérer ? L'univers veut un maître , Ta grandeur un sujet.
Tu pétris une boue, et tu souffles sur elle. L'homme en sort : sur son front ta main grave tes traits. Puisse , hélas ! sur ce front une image si belle Ne s'altérer jamais!
Tu vas donc l'établir roi de la terre entière : Qu'il règne, tu le veux; mais qu'il règne après toi. Pourroit-il oublier , si près de sa poussière , Celui qui l'a fait roi?
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Tout est fini : tu vois d'un œil de complaisance Tant d'êtres différens que tu voulus créer. Ce brillant univers, l'œuvre de ta puissance, Tu daignes l'agréer.
O spectacle à tes yeux plus beau, plus admirable, Grand Dieu , lorsque ton fils viendra t'offrir un jour Cet univers lavé dans son sang adorable. L'œuvre de son amour!