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ODE III

Adressée, en 1730, à M. D.

A l'hymen asservi , je ne suis point encore

De ses fers étonné ; Et le poids de ma chaîne est si doux, que j'ignore

Si je suis enchaîné.

« Tu l'apprendras , dit-on ; ce joug d'abord enchante;

« L'Hymen paroît l'Amour. »

Pourquoi m'intimider ? Sous ce dieu que je chante

J'ai vécu plus d'un jour.

Oui, l'on a vu l'hiver sur la triste nature

Deux fois s'appesantir , Depuis que l'on me voit esclave sans murmure ,

Époux sans repentir.

Hymen, je te l'avoue, à ta fête pompeuse

Je me sentis troubler :

Je portai tes flambeaux d'une main courageuse ,

Mais non pas sans trembler.

Je soupirois encor, secrètement rebelle.

En acceptant tes nœuds ,

Vers cette liberté, dont je te renouvelle Le sacrifice heureux.

Hymen, 6 doux Hymen , achève ton ouvrage,

Remplis tous mes souhaits : Y

De l'amour de sa mère, un fils, le tendre gage. Comblera tes bienfaits.

Ah, si dans ce moment il me crioit monperel

Sur mes genoux assis , O grands dieux, à ce nom, que d'une ardeur sincère

Je répondrois monjîls !

Je crois le voir, c'est lui, c'est mon sang, mon image;

J'y trouve tous mes traits :

Compagnon de ses jeux, sans rougir de mon âge.

Avec lui je renais.

Est-ce à moi d'en rougir, quand je vois dans la Grèce

Ce héros si vanté, Risible cavalier, sans perdre sa sagesse.

Perdre sa gravité ?

Mais tandis que mon cœur s'égare par avance

Dans ces transports charmans, Quelle terreur oppose à ma douce espérance

De noirs pressentimens ?

Ce fils si demandé, l'objet de tant de joie, Mon appui, mon bonheur,

Dans son courroux, hélas! si le ciel me l'envoie, Sera mon déshonneur.

Ah! d'un stérile hymen quand vous osez vous plaindre,

J^Iortels impatiens, Avez-vous oublié que l'hymen est à craindre

Jusque dans ses présens?

Vertueux Antonin , pleure , malheureux père ,

Ta triste dignité :

Comment a pu sortir cet enfant de colère

D'un sang si respecté?

Que le mien , quel qu'il soit , au milieu de sa course

S'arrête en ce moment , Plutôt que de le voir, infidèle à sa source,

Couler indignement.

Mais, pour toi , dont le sang jamais ne dégénère,

D...., ne crains rien :

Tu recevras des dieux, digne fils de ton père.

Un fils digne du sien.

L'aigle de Jupiter, le ministre intrépide

De son foudre vengeur , Ne fut jamais ton père, oiseau foible et timide.

Colombe sans vigueur.

SUU DIFFERENS SUJETS. /,53

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