ODE VII
Sur l'harmonie.
Fille du ciel, mère féconde
Des innocentes voluptés;
Lien des cœurs, ame du monde,
Souveraine des volontés;
Par toi seule, aimable harmonie,
Euterpe , Erato , Polymnie ,
De leurs concerts charment les dieux ;
Chez les hommes , c'est ta puissance
Qui de la farouche ignorance
A détruit l'empire odieux.
Pour une vile nourriture ,
Pour les plus honteux intérêts ,
Jadis errans à l'aventure ,
Ils s'égorgeoient dans les forêts.
De leurs déserts tu les arraches ,
De leurs vils glands tu les détaches ;
Ils se rassemblent à tes sons ;
Et dans l'enceinte de ces villes
Qu'élèvent les pierres dociles
Ils vont écouter tes leçons»
Aux pieds du fils de Calliope
Tu tiens les tigres enchaînés;
Tu fais du haut du mont Rhodope
Descendre les pins étonnés.
Par toi, conduit jusqu'au Ténare,
Il attendrit ce cœur barbare
Que n'ont jarnais touché nos pleurs ;
Mégère même est immobile ,
Et dans le Tartare tranquille
Suspend les cris et les douleurs.
Mais qui peut compter tes merveilles ,
Enchanteresse de nos sens ?
Si je languis , tu me réveilles;
Je vis au gré de tes accens.
Tyrtée enflamme mon courage ;
Il chante : je vole au carnage ,
Bellone règne dans mon cœur ;
Anacréon monte sa lyre :
Mes armes tombent, je soupire,
Et le plaisir est mon vainqueur.
Par quel art le chantre d'Achille Me rend-il tant de bruits divers?
Il fait partir la flèche agile , Et par ses sons sifflent les airs.
Des vents me peint-il le ravage , Du vaisseau que brise leur rage Eclate le gémissement ; Et de l'onde qui se courrouce
Contre un rocher qui la repousse Retentit le mugissement.
S'il me présente ce coupable Qui dans l'empire ténébreux Roule une pierre épouvantable Jusqu'au sommet d'un mont affreux ; Ses genoux tremblans qui fléchissent, Ses bras nerveux qui se roidissent Me font pour lui pâlir d'effroi :
Le malheureux enfin succombe, Et de la roche qui retombe Le bruit résonne jusqu'à moi.
Par la cadence de Virgile Un coursier devance l'éclair; Souvent, prêt à suivre Camille, Comme elle je me crois en l'air; Du bœuf tardif que rien n'étonne , Et qu'en vain son maître aiguillonne, Tantôt je presse la lenteur; Et tantôt d'un géant énorme, La masse lourde, horrible, informe, M'accable sous sa pesanteur.
Qu'avec plaisir je me délasse
Sous ces arbres délicieux
Que la main d'Horace entrelace
Par des nœuds qui charment mes yeux !
lueurs branches se cherchent, s'unissent,
kji ODES
S'embrassent et m'ensevelissent Dans l'ombre que font leurs amours; Tandis que l'onde fugitive D'un ruisseau que son lit captive Murmure de ses longs détours.
Dans l'Italie et dans la Grèce, La langue, riche en tours heureux, N'offroit, nous dit-on, que noblesse, Que mots sonores et nombreux.
Chaque syllabe mesurée.
Par sa courte ou lente durée, Conspiroit aux plus beaux accords; Pour nous les Muses plus sévères Ont, par des bornes trop austères , Rendu timides nos transports.
Quelle humeur triste et dédaigneuse Nous dégoûte de notre bien?
Notre langue est riche et pompeuse Pour quiconque la connoît bien ; Et, moins brillant par le génie Qu'aimable par son harmonie, Notre Malherbe sut cueillir Ces feuilles si vertes , si belles , Dont les couronnes immortelles Empêchent son nom de vieillir.
Mais quoi , le fer brille à ma vue , Et de morts les champs sont couverts.
SUR DIFFÉRENS SUJETS. l^i^
L'aigle par' V aigle est abattue , On combat pour choisir ses fers !
Rome déchire ses entrailles ; Quels meurtres ! que de funérailles !
Paix sanglante , ouvrage d'horreur ! Que de cris percent mon oreille !
Plein d'effroi , j'admire Corneille, Et je me plais dans ma terreur.
Toi qui rends à la tragédie L'ornement pompeux de ses chœurs , Ta muse, encore plus hardie , D'un saint trouble remplit nos cœurs.
Je te suis jusqu'à la montagne Où Dieu, que sa gloire accompagne, Vient dicter ses commandemens :
Frappé du bruit de son tonnerre , Je crois sentir trembler la terre Sur ses antiques fondeniens .
Au moindre zéphyr dont l'haleine Fait rider la face de Veau , L'aimable et tendre La Fontaine M'intéresse pour un roseau.
Mais s'il appelle la tempête Contre cette orgueilleuse tête Qui veut en braver les efforts, Quelle chute ! quelle ruine !
Le chêne qu'elle déracine Touchait a Vempire des morts.
Que j'aime la voix languissante Qui laisse tomber foiblement Ces mots dont la douceur m'enchante , Et qui coulent si lentement !
O grand peintre de la mollesse , J'aime encor jusqu'à ta vieillesse, Lorsque , après dix lustres pesans Amassés sur ta tête illustre , Elle jette un onzième lustre Qu'elle surcharge de trois ans.
Si le maître de notre Ivre
Aujourd'hui chante loin de nous ,
Dans l'air étranger qu'il respire
Ses accords n'en sont pas moins doux.
Non , la veine de notre Alcée
N'a point encore été glacée
Par la froideur de ces climats
Où si souvent de la Scythie
Le fougueux époux d'Orithie
Rassemble les tristes frimas.
Telle est la noble poésie
Que nos Muses nous font goûter,
Qu'à son tour avec jalousie
Homère pourroit écouter.
Ne regrettons point le Méandre :
La Seine nous a fait entendre
Quelques cignes mélodieux ;
Mais partout ils ont été rares :
SUR DIFFÉREINS SUJETS. 475
Si les dieux étoient moins avares , Leurs dons seroient moins précieux.
Amateurs des pointes brillantes , Des jeux d'esprit et des éclairs , Toutes ces beautés pétillantes N'immortalisent point nos vers.
Mais une constante harmonie , A la raison toujours unie , De l'oubli nous rendra vainqueurs.
Qu'elle soit l'objet de nos veilles : C'est l'art d'enchanter les oreilles Qui fait la conquête des cœurs.
Flx\ DES ODES,
Page /|43, ode i.
Charme de mon loisir et de ma solitude , etc.
Le sujet de cette ode est un mot de Zenon sur ce vers de Sophocle: L'homme libre , en entrant chez les rois, en sort esclave. Zenon répondoit : S'il y entre véritablement libre, il n'en sortira point esclave. Ce mot est rapporté par Plutarque, dans son traité sur la manière d'étudier les poètes.
Page 445, même ode.
Qu'il te regarde, Alcandre.
Le chancelier d'Aguesseau.
Page 44? ? ode 2.
Au service du dieu qui préside aux richesses, etc.
Louis Racine venoit d'être nommé inspecteur -général des fermes du roi en Provence.
Page 448, même ode.
Chargé de recueillir les tributs qu'il impose, Qu'Aristide a d'éclat !
Il falloit imposer une taxe pour subvenir aux frais de la guerre. Aristide fut chargé de l'imposer, de la recevoir et de l'administrer. Dans un pareil emploi il ne gagna d'antres ri-
chesses que les cœurs des peuples. Thémistocle , entendant louer sa fidélité dans l'administration des finances, dit, par une froide plaisanterie, qu'on pouvoit également louer un coffre qui ne retient rien de ce qu'il reçoit.
Page 449, ode 1.
Charmé de la vallée où l'Anio serpente, Tibur est tout son bien :
La maison de campagne d'Horace étoit entre Tibur et la plaine Sabine- C'est pourquoi il lui donne ces deux noms :
Nec potentem amicum Largiora Jlagito ,
Satis heatus unicis Sahinis.
OnE i5, Hv. 2.
Page 4^1, ode 3.
Rlsible cavalier ^ etc.
On troïiva Agésilas à cheval sur un bâton au milieu de ses en fan s.
Page 452, même ode.
L'aigle de Jupiter, intrépide ministre, etc.
Horace, ode 3, liv. 3, a dit :
Nec imbellem féroces 'Progenerant aquilœ columbam.
Page 453, ode 4.
O discordes vraiment funestes ! , etc.
Les deux poètes désignés dans cette ode sont .T. B. Rousseau et Ijamotbe.
NOTES. /i7()
Page 454 ) même ode.
Tu l'appris , misérable reine , Aiitigone, mère d'Étéocle et de Polynice.
Page 455, môme ode.
Je vois l'ennemi des Lycambes.
Archiloque, fameux poète satirique.
Page 460 , ode 5.
Mais quels nuages m'obscurcissent !
Puissent ceux qui diront que cette peinture est outrée ne reconnoîtrc jamais par leur expérience la fausseté de leur critique !
Même page, même ode.
Fameux coupable qu'au Tartare Dévore un avide vautour , etc.
Prométhée.
Même page , même ode.
Et toi , dans ton désest aride Par des ingrats abandonné ,
Philoctcte, abandonné par les Grecs dans l'île de Lemnos.
Page 464 j ode 6.
« Dans ces retraites fortunées , etc .
Le lieu de la scène, dans cette ode, est le temple delà
48o ODES SUR DIFFÉRENS SUJETS.
Gloire, placé sur le Parnasse , près du dieu qui dispense l'immortalité. Tous les grands hommes ont aimé les Muses :
Carmlna amat qiiîsquis carminé digua gerit.
Page 465, ode 6.
« Le Rhin, qui voulut le défendre, etc.
Les débordemens du Rhin furent des obstacles que surmonta le courage des assiégeans.
Page 467, même ode.
« Du Mentor si cher à la France , etc. Le cardinal de Fleim.
Même page , même ode.
« Au fameux père de la France , etc.
Louis XII.
Page 468 , même ode.
Le seul Armand , etc.
Le cardinal de Richelieu.
Page 47O) ode 7.
Par quel art le chantre d'Achille , etc. Homère, lUiade, 1. i.
Page 47 ï 5 même ode.
S'il me présente ce coupable, etc.
Homère, Odyssée, 1. 11.
NOTES. 48i
Même page, même ode.
Que la main d'Horace entrelace , etc.
Liv. 2, ode 3.
Page 472 et suiv. ode 7.
Ces /huilles si vertes , si belles
Empêchent son nom ne vieillir.
Vers de Malherbe.
L'aigle par l'aigle est abattue. . . . Rome déchire ses entrailles.
Vers de Corneille, tragédie de Cinna.
Sur ses antiques fondemens.
Vers d'Alhalie, premier ehœur.
Fait rider la face de l'eau
Touchait a l'empire des morts.
Vers de la fable le chêne et le roseau , de La Fontaine.
Que j'aime la voix languissante , etc.
Vers de Boileau , épisode de la Mollesse , dans le Lutrin.
Qu'elle surcharge de trois an^.
Boileau , épitre à ses vers.
Le fougueux époux d'Orithye.
Vers de J. B. Rousseau, alors exilé.