‹ PoésiesChapitre 49 sur 64 · FIN DES NOTES SUR I,ES ODES · texte numérisé non relu

FIN DES NOTES SUR I,ES ODES

SUR l'jépître suivante.

Les amateurs de la poésie parurent conlens de l'épître de feu M. Rousseau; ils retrouvèrent tout le feu de sa jeunesse dans plusieurs endroits, et surtout dans la peinture qu'il y fait des esprits-forts :

Sous ses drapeaux , sous ses fiers étendards , L'œîl assuré, courent de toutes parts Ces légions , ces bruyantes armées D'esprits subtils , d'ingénieux pygmées , Qui sur des monts d'argumens entassés , Contre le ciel burlesquement haussés , Ue jour en jour, superbes Encelades, Vont redoublant leurs folles escalades , etc.

Cette même épître ne fut pas reçue moins favorablement de ceux qui conservent un véritable amour pour la religion ; ils virent avec joie un poète tel que celui-ci en prendre la défense , et se faire gloire non-seulement de sa soumission , mais de l'aveu de son changement :

Dieu brise enfin le funeste cercueil Où mon esprit letrauchoit son orgueil.

Je vois, j'entends, je crois, etc.

C'est le même aveu qu'il répète à la fin :

Tel aujourd'hui, dégagé de sa chaîne,

N'écoute plus que sa voix souveraine , Et de lui seul faisant son entretien , Voit tout en lui , hors de lui ne voit rien , Qui , comme vous commençant sa carrière , Ferma long-temps les yeux à la lumière , Et qui peut-être envers ce dieu jaloux Fut autrefois plus coupable que vous.

Des sentimens si louables m'engagèrent à faire voir clans ma réponse que l'exemple qu'il donnoit, quelque rare qu'il soit aujourd'hui , ne doit point surprendre , puisque les grands hommes sont ceux à qui l'humilité coûte le moins, et que les poètes du siècle précédent, le siècle des grands hommes, ont non-seulement respecté toujours la religion dans leurs écrits, mais ont prouvé par leurs mœurs la sincérité de leur respect pour elle. Je remonte ensuite à la source de ce libertinage d'esprit qui fait tant de progrès : je la trouve dans les écrits de Bayle , qui n'ont fait que des demi-savans , et dans cette nouvelle métaphysique , dont les étranges partisans tantôt, à l'exemple de Locke, n'osent décider si la matière ne peut penser, et tantôt avec M. Pope décident hardiment que tout est dans Tordre , et que l'homme est aussi heureux et aussi parfait qu'il doit l'être , quoique rien n'en prouve mieux le désordre et la misère qu'une pareille philosophie.

N ayant pas le bonheur de pouvoir lire dans l'original les ouvrages de M. Pope, le plus célèbre poète que l'Angleterre ait aujourd'hui, je ne prétends pas attaquer ici ses véritables sentimens, dont je ne puis être certain. Je ne prétends attaquer que ceux qui sont devenus si

<'oinniuns parmi nous depuis la lecture de son Essai sur riiomme^ dont les principes , n'étant pas assez développés pour nous, sont cause que plusieurs personnes croient y trouver un système qui n'est peut-être pas celui de l'auteur.

De ton zèle contre eux qu'ils seront étonnés

Ces esprits par l'orgueil dans l'erreur obstinés!

Eh! qui peut mieux que toi,cher Rousseau, les confondre!

Ce n'est qu'en t'imitant qu'ils doivent te répondre.

En vain dans la révolte ils étoient affermis :

Qu'ils tombent tous aux pieds du Dieu qui t'a soumis.

Et ne rougissent point d'avouer leur folie.

Quel esprit sera tler quand le tien s'humilie?

Frappés de ton exemple, attentifs à ta voix.

Qu'ils commencent du moins à douter quand tu crois.

Ce n'étoit point assez d'adorer en silence

Celui que hautement brave leur insolence;

Ce n'étoit point assez de renfermer en toi

Le respect que ce Dieu t'inspire pour sa loi;

Tu lui devois encor cet éclatant hommage.

Puissent tes derniers vers, fruit d'un noble courage,

Montrer aux ennemis de la religion

Et sa gloire, et la tienne, et leur confusion !

Elle n'est en effet que honte et que foiblesse.

Cette force d'esprit qu'ils nous vantent sans cesse.

Un grand homme, Rousseau, si l'hommeest jamais grand.

Plus il est éclairé , plus il voit son néant.

Il sait qu'il ne sait rien ; il l'avoue ; et sa gloire

Est celle d'écouter quand Dieu parle, et de croire.

Il laisse à l'ignorant la folle vanité.

Et met tout son repos dans son humilité :

Exemple peu commun dans le siècle où nous sommes.

Seroit-il donc passé le siècle des grands hommes !

Eh! quel temps, nous dit-on, de clarté plus rempli! Du honteux préjugé l'empire est aboli.

Nos aïeux sous son joug vieillissoient dans l'enfance ; Aujourd'hui rejetant toute aveugle puissance , Nous ne faisons sur nous régner que la raison.

Que béni soit le ciel qui sur notre horizon

Fit lever tout à coup ces astres salutaires ,

Ce grand jour dont l'éclat n'a point lui sur nos pères !

Goûtons notre avantage , et plaignons leur malheur. à

Quels hommes cependant! et quel temps fut le leur!

J'v vois dans son midi le soleil de la France.

Oui, ce même soleil, si pâle en sa naissance. De ses nombreux rayons rassemblant la splendeur, Vient briller à mes yeux dans toute sa grandeur. Sacy, Nicole, Arnaud, Bossuet, Bourdaloue, Pour ses pères encor l'Eglise vous avoue : Tels furent de sa foi les premiers protecteurs, ils revivent en vous ces illustres docteurs,

A M. ROUSSEAU. /((ji

Conservant au milieu de vos grâces aimables De leur antiquité les rides vénérables.

Sur vos graves écrits d'un saint zèle enflammés Je ine tais , c'est assez de vous avoir nommés. Et sans peindre Pascal , dont la plume et la vie Sera dans tous les temps la terreur de l'impie, Je ne veux m'arrêter qu'à ces esprits cliarmans , Agréables auteurs de nos amusemens.

Que de héros ! Je crois entendre dans Athènes Discourir les Platon, tonner les Démosthènes. Par de nouveaux plaisirs tour a tour enchanté, Et, loin de la tribune au théâtre emporté, Près de Socrate assis, je trouve Thucydide; Ils admirent Sophocle, ils aiment Euripide. De tous cotés alors les chefs-d'œuvre naissoient : Les juges éclairés qui leur applaudissoient Assuroient d'une longue et brillante fortune Phèdre, le Misanthrope, Armide, Rodogune. O pères trop fameux, que vos noms triomphans Sont pesans à porter par vos foibles enfans! A la religion soyons du moins fidèles : Cet amour nous rendra dignes de nos modèles. Cherchoient-ils à briller par d'insolens propos? Le ciel fut-il jamais l'objet de leurs borts mots? A-t-on vu, dans leurs vers, ces sublimes génies Faire aux dépens de Dieu rire leurs Uranies? Le peintre dangereux dont le hardi pinceau Du perfide hypocrite entreprit le tableau A ses noires couleurs eu oppose d'aimables.

f\ç^9. ÉPITRE

Et peint la piété sous des traits véritables ,

Peut-être que lui-même il admire en secret.

A des sujets honteux se livrant à regret ,

La Fontaine en gémit ; à ses remords rebelle

Sa main sert malgré lui sa plume criminelle :

Vrai dans tous ses écrits, vrai dans tous ses discours,

Vrai dans sa pénitence à la fin de ses jours ,

Du maître qui s'approche il prévient la justice;

Et l'auteur de Joconde est armé d'un cilice!

D'Arnaud l'ami constant, le sage Despréaux

Lança ses premiers traits contre les Desbarreaux.

Couronné par les mains d'Auguste et d'Emilie,

A côté d'A-Rempis Corneille s'humilie.

Toi qui peignis Monime et ses tendres douleurs ,

Tu te fis à toi-même un crime de nos pleurs.

Pour nous avoir coûté tant de larmes aimables ,

On t'en a vu sur toi verser de véritables.

Puissent ceux qu'au théâtre entraîne un même attrait

S'ils imitent ta faute, imiter ton regret!

O France , riche alors en âmes si parfaites ,

Oui, la religion captivoit tes poètes.

Faut-il s'en étonner ? L'honneur , la bonne foi ,

L'austère probité fut leur première loi.

Dans leurs écrits charmans auteurs inimitables ,

Et dans un doux commerce hommes toujours aimables,

Colbert, à double titre épuisant ses faveurs,

Récompensoit en eux les talens et les mœurs.

Us ne prétendoient pas qu'un accès près des Muses

A des vices honteux pût fournir des excuses.

Tous les dons de l'esprit, quel que soit leur pouvoir,

N'affranchissent jamais le cœur de son devoir.

Vertueux <;itoyens, amis tendres, leur zèle

Fit régner même entre eux une paix éternelle :

Leur estime sincère en étoit le lien.

Qu'aisément, cher Rousseau, l'honnêtehommeestchrétien'

Ranimez un moment votre illustre poussière,

O morts! Si vous daignez revoir notre lumière.

Sortez de vos tombeaux , et considérez-nous.

Morts fameux, dans nos traits vojis reconnoissez-vous ?

Vos fds.... Vous retombez, vous ne pouvez le croire.

Qui nous a donc changés? Trop d'amour pour la gloire.

Loin de suivre vos pas , les voulant devancer ,

Nous crûmes follement vous pouvoir effacer.

Vous paroissez sans art : vos enfans, plus habiles,

Cherchèrent des beautés moins simples , moins faciles.

Et de toujours briller l'ambitieux espoir

Amena l'esprit faux, suivi du faux savoir.

L'amour d'un vain éclat, séduisante parure.

Emporta notre esprit plus loin que la nature.

Loin d'elle rien n'est beau. L'art plaît en l'imitant.

Le merveilleux sans elle éblouit un instant';

Mais par elle tout vit, tout charme, tout réveille,

Et la simplicité devient une merveille.

Un excès plus fatal emporta la raison,

Qui, lasse de chérir son heureuse prison.

Pour vouloir tout apprendre, osa d'un pas rebelle

Sortir du cercle étroit que Dieu trace autour d'elle;

Plutôt que d'y rentrer, s'égarant pour jamais,

Elle espéra, malgré tant de brouillards épais.

Etendre son empire en étendant sa vue.

La nuit l'enveloppa : sa fierté confondue.

Au lieu de s'enrichir, perdit son propre bien,

Et, l'œil toujours ouvert, voyant tout, ne vit rien.

Dans ce trouble, usurpant son nom et sa puissance,

Compagne du déisme et de la tolérance.

Par l'orgueil soutenue et par la volupté,

Sur un trône éclatant monta l'impiété.

Un mortel préparoit la voie à ses conquêtes,

Et prompt à lui fournir des armes toutes prêtes,

A Rotterdam pour elle ouvrit son arsenal.

De toute vérité ce dangereux rival.

Guerrier infatigable et propre à tout combattre.

Peu jaloux d'élever, toujours jaloux d'abattre.

Ne se plaisoit qu'à voir argumens terrassés,

Disputeurs en déroute, et partis renversés.

Ainsi d'un œil content, Marius, dans sa fuite,

Contemploit les débris de Carthage détruite.

Détestable plaisir, cœur cruel, homme affreux

Qui regarde avec joie un objet malheureux!

Notre fier conquérant, ravageur de systèmes,

Ne traînoit après lui que doutes , que problèmes ,

Sophismes captieux, longues digressions.

Amas d'autorités, foule d'objections.

Ce merveilleux Protée, adroit à nous surprendre.

Infidèle aux drapeaux qu'il paroissoit défendre, Û

Adversaire du camp qu'il avoit protégé,

A M. ROUSSEAU. /,()j

Et souvent déserteur aussitôt qu'engagé, Forma plus d'un nuage h force de poussière, Qu'il fît presque voler jusques à la lumière. Combien de raisonneurs dont l'étonnant orgueil S'enfla dans son informe et critique recueil ! L'ardeur de disputer veut au moins pour amorce De l'érudition quelque légère écorce; Mais l'étude est pénible, et le fruit en est lenl. Que Bayle fut commode au lecteur indolent ! Tout s'y trouve : science, histoire , longs passages. Grave métaphysique et galans badinages.

Bientôt à décider son disciple hardi.

Ayant tout parcouru , crut tout approfondi. Enfin chez l'imprimeur la gémissante presse Vit sortir de son sein, las d'enfanter sans cesse, D'innombrables journaux , dont le fécond progrès Changea les ignorans en savans par extraits.

Dès long-temps la Tamise, au trouble accoutumée. Fut par un nouveau trouble elle-même alarmée. L'ame dès sa naissance en guerre avec le corps , Dans ses droits cependant paisible jusqu'alors, Pensoit seule, et jamais n'avoit eu cette crainte Qu'à son grand privilège on dût porter atteinte. Son rival lui prétend disputer ses honneurs, Et fait parler pour lui de subtils chicaneurs* L'ame dans ce reproche ne craint point qu'on décide : Son droit n'est point douteux, mais son juge est timide, Locke pèse, examine; et, pour trop balancer, Trouve la cause obscure, et n'ose prononcer.

Cruelle modestie ! 6 fatale lumière î

O mer, entre elle et nous oppose ta barrière!

Vœux tardifs : à nos yeux elle vint se montrer !

Elle étoit étrangère, il fallut admirer.

Peu contens de nos biens , nous vantons ceux des autres.

Nos voisins autrefois vantoient aussi les nôtres.

Eprise du plus grand de nos méditatifs,

Londres applaudissoit à ces spéculatifs ,

Qui dans le sein de l'être en qui tout est visible

Contemploient l'étendue, immense, intelligible,

Archétype, en qni seul je vois, sans le savoir,

Les objets qu'ici-bas de mes yeux je crois voir.

Tout change. La raison change aussi de méthode.

Ecrits , babillemens , systèmes , tout est mode.

L'homme dans tous les temps déplora ses malheurs. Rousseau, tu l'appelois un miroir de douleurs. Et quand pour son portrait tu peignis la souffrance, Il n'y trouva que trop sa triste ressemblance. Il se trompoit lui-même ; et son peintre nouveau De cet objet de pleurs fait un riant tableau.

« Eh î pourquoi , nous dit-il , rêveurs atrabilaires , « Vous plaire à vous former des maux imaginaires ? « La plainte a-t-elle donc tant de charmes pour vous? « Pourquoi soupçonner Dieu d'un bizarre courroux , « Et, critiques chagrins de l'ouvrage d'un père, « Où son amour éclate, y chercher sa colère? ((Heureux membre d'un tout sagement ordonné, (( x\u bonheur général chaque être est destiné.

« Il n'est point de désordre : et des mains de son maître

« L'homme est sorti parfait autant qu'il le doit être.

« Tout conspire pour lui, jusqu'aux séditions

« Qu'élèvent si souvent de folles passions.

« Reconnoissez, ingrats, que leurs secrets ravages

« Vous emportent au bien par d'utiles orages :

« Tels, en se disputant le royaume des airs,

« Par leurs affreux combats les vents servent les mers.»

Philosophes profonds, vos chimères sont belles. Quels cœurs ne vont s'ouvrir à ces douces nouvelles? Eh quoi! lorsque la paix dans le mien veut entrer, Il se plaint, et c'est lui que j'entends soupirer ! Qu'il se taise à l'instant, votre honneur le demande; Qu'il soit heureux enfin quand Pope le commande; Malgré lui, malgré moi serois-je mécontent? Pour ce cœur toutefois dans ses plaintes constant J'appelle en vain la joie : il la repousse encore. Calmez ces passions dont l'ardeur le dévore ; Et, loin de me vanter leurs utiles combats, Délivrez -moi plutôt d'un bien dont je suis las. L'instant qui nous délivre est l'instant du naufrage : Je le sais; mais, hélas! ennuyé de l'orage, Irai-je demander mon repos à la mort?

Savans navigateurs, si c'est là votre port, L'asile est plus affreux pour moi que la tempête. Que Lucrèce, s'il veut, à sa lugubre fête Invite parmi vous son fameux traducteur. Qui, d'un maître si cher parfait imitateur. Dans un lien tissu par la mélancolie,

Immole sa jeunesse au dégoût de la vie, Pour moi, peu curieux de ce tragique homieur. Je tremble à vos sermons, apôtres du bonheur; Et quand l'impiété qui vante son breuvage. Cher et dernier espoir des cœurs qu'elle encourage , Distilleroit pour moi tout le suc des pavots, Je laisse son nectar à ses tristes héros. Aujourd'hui, direz-vous, par nos pures lumières Nous voulons dissiper ces vapeurs meurtrières Que peuvent élever dans les foibles mortels Vos rigoureux Pascals, misanthropes cruels Qui ne parlent jamais que de crime et de peine. Ne nous donnent pour nous que mépris et que haine. Eh î pourquoi dégoûter les humains de leur sort ? Entretenons plutôt l'erreur qui les endort. N'en n'écartons jamais , imprudemment sévères, L'orgueil et le mensonge, enchanteurs nécessaires.

cf Oui , pour attacher l'homme à sa condition ,

(c Sans cesse à ses cotés marche l'opinion,

« Dont l'art inépuisable en utiles merveilles

« Sait flatter le savant dans ses pénibles veilles,

« Consoler l'ignorant dans son repos honteux,

« Faire danser l'aveugle et chanter le boiteux.

« Nous lui devons enfin ce nuage admirable

u Que soulève et grossit, complaisant charitable,

«L'orgueil, toujours fécond en charmantes vapeurs,

« Le plus cher des amis, le plus doux des trompeurs. »

De la félicité voilà donc nos seuls gages

La vanité, l'erreur, des vapeurs, des nuages! Quoi! vous que la raison éclaire de si près. Vous, pour qui la nature a si peu de secrets. Vous n'y découvrez point pour nous d'autres richesses ! De nos enfans plutôt reprenons les foiblesses. Ne sont-ils pas heureux lorsqu'une goutte d'eau Que leur souffle pénètre au bout d'un chalumeau, A l'aide d'une pâte à s'étendre docile, Étale la grandeur de son globe fragile, Vide ouvrage du vent que le vent va briser? L'homme, à tout âge enfant, ne doit que s'amuser. Badinage ou travail, qu'importe ce qu'il aime. Pourvu qu'il se dérobe à l'ennui de soi-même ? Si telle est selon vous la route du bonheur, Laissez-moi m'affliger, j'aime mieux ma douleur; J'aime mieux, de mes maux parcourant l'étendue, A l'objet qui m'attriste accoutumer ma vue; Ou plutôt, j'aime mieux, plein d'un espoir flatteur. Me jeter dans le sein de mon consolateur.

Oui, l'homme est malheureux; dès long-temps tu l'éprouves; Et son consolateur, cher Rousseau, tu le trouves: C'est celui qu'imploroit d'une mourante voix Ce saint roi de Juda, dont ta lyre autrefois Par des sons si touchans accompagnoit les larmes. C'est celui qui souvent prend contre nous les armes , Et qui, par ses rigueurs préparant ses bienfaits. Nous livre des combats pour nous rendre la paix. Peut-être que ce Dieu s'apprête h te la rendre : Contre ses ennemis tu viens de le défendre.

5oo EPITRE A M. ROUSSEAU.

Nous admirons ces vers qui les ont terrassés : Puissent-ils par lui-même être récompensés ! Que pour premier bienfait sa clémence attendrie Au gré de mes désirs te rende à ta patrie. D'un mortel courageux la patrie est partout; Mais ton courage enfin n est-il donc pas à bout ? Que tant d'amis pour toi qui soupirent sans cesse Doivent de tes marais t'augmenter la tristesse ! Qui t'y retient encore , 6 cher infortuné ? Reviens , c'est trop souffrir : quel courroux obstiné Tant de gloire et d'exil ne doit donc pas éteindre ? Et sous tant de lauriers quel foudre peux-tu craindre ?

IIM DE L EPITRE A M. KOUSSEAU.

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