SUR L'ÉPITRE A M. ROUSSEAU
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De ton zèle contre eux qu'ils seront étonnés !
Cette épître est la réponse à celle qu'il m'a adressée, et dans laquelle il attaque les esprits forts.
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J'y vois dans son midi le soleil de la France.
Que de grands hommes en tout genre rassemble le siècle de Louis XIV! On peut bien dire que notre soleil fut alors dans un brillant midi, quoique peu auparavant il eût encore été si pâle. Qu'étoit notre poésie avant Corneille ? et qu'étoit Corneille lui-même dans ses premières pièces ?
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Phèdre, le Misanthrope, Armide , Rodogune.
Les trois pièces que plusieurs personnes regardent comme les chefs-d'œuvre de la tragédie et de la comédie. On regarde aussi Armide comme le triomphe de notre spectacle lyrique , et le chef-d'œuvre de Lulli.
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Faire aux dépens de Dieu rire leurs Uranies ?
Épître très-impie d'un auteur qui n'est que trop connu. On ne peut accuser aucun poète fameux du siècle précédent d'avoir fait des vers contre la religion.
5o9. ÉPITRE A M. ROUSSEAU.
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Le peintre dangereux dont le hardi pinceau , etc.
Puisque Molière, tout criminel qu'il est, n'a rien écrit qui puisse le convaincre d'impiété, pensons de lui le plus favorablement qu'il est possible ; et que le portrait qu'il a fait dans le Tartufe, acte I, se. 5, de la vraie piété, nous fasse croire qu'intérieurement il respectoit l'original.
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La Fontaine en gémit : à ses remords rebelle , etc. Lorsqu'il s'écrie :
O combien l'homme est inconstant , divers , Foible, léger, etc.
Jamais on ne vit des mœurs plus simples, ni un cœur plus sincère. On lit le détail de sa conversion , dont le père Pouget fut le ministre, dans l'Histoire de l'académie française. M. l'abbé d'Olivet dit avoir vu le cilice qu'on trouva sur lui après sa mort, et fait de La Fontaine ce grand éloge, que dans toute sa vie il navoit jamais songé à tromper en rien, ni Dieu , ni les hommes.
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D'Arnaud l'ami constant, le sage Despréaux, etc.
M. Brossette, dans les notes sur la satire première, dit que Boileau , dans les derniers vers , désigne Desbarreaux , et qu'il retrancha de ce portrait d'un libertin quelques vers qui parurent trop hardis à M. Arnaud.
Même page.
A côté d'A-Kempis Corneille s'humilie.
Il j)aroît lui-même avoir voulu s'humilier, puisqu'il dit au
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pape , dans son épîtrc dédicatoire : « La traduction que j'ai « choisie, par la simplicité de son style, ferme la porte aux « plus beaux ornemens de la poésie , et , bien loin d'aug- « menter ma réputation , semble sacrifier à la gloiie du sou- « verain auteur tout ce que j'en ai pu acquérir en ce genre « d'écrire. »
Même page.
Tu te fis à toi-mènie un crime de nos pleurs.
Postqunm profana tragœdiaruin argumenta tractâsset^ musas tandem suas uni Deo consecravit y omnemque ingenli vim in eo laudando contulit , qui solus laude dignus est. Ces paroles de son épita plie, faite par Boileau, font connoître les sentiinens des deux poètes.
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Ce merveilleux Protée, adroit à uoiis surprendre, etc.
Bayle, qui Ge protestant se fit catholique, et retourna ensuite à la religion protestante , non-seulement a su , par sa manière de raisonner, éblouir les esprits superficiels, mais il a su paraître rempli d'iuie vaste érudition à ceux qui n'approfondissent point. Lorsque son Dictionnaire parut, M. l'abbé Renaudot, chargé d'en faire son rapport à M. le chancelier, en donna son jugement par écrit, dans lequel il avança sans crainte que Bayle n'avoit lu les anciens que dans les citations des modernes; et que, dans les articles d'érudition un peu recherchée, il faisoit plus de fautes que le Moréri qu'il critiquoit. Quoiqu'un pareil reproche dût piquer un homme qui se donnoit pour savant critique, Bayle, dans une réponse à ce jugement, s'efforce de se justifier sur les impiétés et les obscénités; mais à l'article de la science il paroît baisser pavillon devant M. l'abbé
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Renaudot ; il avoue qu'il ne fournit aux vrais savans que des compilations indigestes et assez crues. Ce sont ses termes. Ce Dictionnaire, où l'on trouve tant d'articles inutiles, et où l'on ne trouve pas tant d'articles importans, peut bien être appelé un recueil informe.
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Locke pèse , examine ; et , poui' trop balancer , Trouve la cause obscure , et n'ose prononcer.
Non -seulement Locke a nié les idées innées , et a soutenu que toutes venoient des sens ; non-seulement il a soutenu que l'ame ne pensoit pas toujours , et que la pensée étoit à l'ame ce que le mouvement étoit à la matière ; mais sur la question si la matière peut penser ou non il est resté indécis , par respect, a-t-il dit, pour la puissance de Dieu. « Que savons-nous, « selon lui, si Dieu ne peut pas la rendre pensante? Par « conséquent sommes-nous capables de connoître si un être « purement matériel pense ou non ? » Qu'une telle modestie peut mener loin !
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Éprise du plus grand de nos méditatifs, Londres applaudissoit à ces spéculatifs, etc.
La métaphysique du père Mallebranche a été long- temps très en règne en Angleterre. Aujourd'hui Locke domine. Dans un livre de M. Voltaire qui a fait beaucoup de bruit, les raisonnemens du père Mallebranche sont appelés des illusipns sublimes. La mode change. ^
11 se trompoit lui-même ; et son peintre nouveau De cet objet de pleurs fait un riant tableau.
J'ai parlé dans le poème de la Religion , chant deuxième et
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chant cinquième, des malheurs de l'homme, dont le péché originel est la cause. Je ne soupçonne pas M. Pope de ne pas admettre cette source du désordre ; mais comme ses principes ne la supposent pas, on pourroit croire que, suivant son système , l'homme innocent seroit tel qu'il est aujourd'hui , sujet aux infirmités, à la mort, aux combats de la cupidité, à l'importunité des passions. « Certainement, disoit saint Augustin «< aux pélagiens qui soutenoient cette erreur, si un peintre s'a- « visoit de faire un pareil tableau du paradis terrestre, quand « même il y mettroit une inscription , qui de nous croiroit voir « un paradis ? Qui croiroit même que le peintre s'est trompé ? Nous dirions tous qu'il a voulu se moquer. » Certè , si talis paradisus pingeretur, nullus diceret esse pai^adisurn , nec si supra legisset hoc nomen inscriptum. Nec diceret errasse pictorem, sed plané agnosceret irrisorem. Op. imp. 1. 3.
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« Qu'élèvent sî souvent de folles passions.
Si par ce mot passions on n'entend que nos inclinations , il est vrai qu'elles sont utiles, nécessaires et louables, suivant leur objet. Mais comme on entend ordinairement par ce mot les mouvemens violens qui emportent l'ame , et qu'elle a beaucoup de peine à retenir, l'homme n'est-il pas bien malheureux d'avoir à soutenir contre lui-même une guerre continuelle ? Et doit-on s'étonner que la morale chrétienne nous ordonne toujours de résister à nos passions, puisque la morale païenne l'a ordonné tant de fois ? Tout sage doit , comme dit Horace , responsare cupidinihus.
Même page.
Savans navigateurs, si c'est là votre port, etc. Pline le naturaliste , qui seroit bien mieux surnommé le mi-
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santhrope , dit que le pouvoir de se donner la mort est le plus grand présent que la nature nous ait fait, quod homini dédit optimum in tantis vitœ pœnis ; et il s'étonne qu'on ait donné l'épithète de funestes aux plantes qui empoisonnent; «parce « que, dit-il, notre condition est telle , que, pour les plus lieu- « reux même, la mort est un port: » Quoniam ea vitœ conditio est , ut mori plerum,què etiam. optimis portus sit. L. 25, c. 3. Où conduit l'esprit d'irréligion, qui étoit celui de Pline! Lucrèce, le prédicateur de l'impiété , se tua à quarante-quatre ans ; et Greech, fameux en Angleterre par sa traduction de Lucrèce, se pendit à quarante ans.
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Vos rigoureux Pascals, misanthropes cruels, etc.
Ce reproche de sévérité et de misanthropie qu'on a fait particulièrement à M. Pascal , et qu'on peut faire également à tant d'autres écrivains, est si injuste, qu'il ne mérite pas d'être réfuté. Mais d'où vient l'acharnement des esprits forts contre M. Pascal ? Ne vient-il pas du chagrin qu'ils ont d'avoir contre eux l'exemple d'un génie si supérieur ?
Même page.
« Oui , pour attacher l'homme à sa condition, etc.
Ceci est encore tiré de V Essai sur L'homme. Qui auroit cru que nous eussions tant d'obligations à l'opinion, à la vanité, à l'erreur ? Si notre bonheur consistoit à ignorer nos malheurs , le désordre en seroil encore plus grand , et nous n'en serions que plus à plaindre, suivant cette belle parole de saint Augustin : Quid miserius misera non miserante seipsum ?
NOTES. :k>7
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Ce saint roi de Juda , dont ta lyre autrefois , etc.
Le cantique d'Ézéchias, dont M. Rousseau a fait une belle traduction.
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Au gré de mes désirs te rende à ta patrie.
Lorsque j'achevai cette épître, le bruit couroit que M. Rousseau étoit près de revenir dans sa patrie : il fit en effet un voyage à Paris, où il ne se montra qu'<à quelques amis. Ce fut alors que je le vis pour la première et la dernière fois.
UN DES NOTKS SUR L KPITRE A M. UOUSSEAU.