‹ PoésiesChapitre 54 sur 64 · DES ÉPURES SUR L'HOMME · texte numérisé non relu

DES ÉPURES SUR L'HOMME

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Sur les gnfans d'Adam ia colère est visible ! Jugum grave super filios Adam. Eccl. xl, i.

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Rarement il y pense , et souvent il l'ignore. Peut-il l'être à ce point ! Il l'est bien plus encore.

Miserum te, si sentis ; miseriorem , si non sentis. Cic. Phil. 1. C'est ce qu'on peut dire à bien des personnes ; mais que dire à celles qui avancent les principes que je vais attaquer?

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» Jamais de plus d'honneur nous ne fûmes capables.

Il est inutile de citer les ouvrages d'où je tire ces principes devenus si communs : ces ouvrages sont assez connus.

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Brille à ses tristes yeux l'appareil redoutable , etc. Saint Augustin, lett. 127, fait la même réflexion sur ces

534 ÉPITKE 1 SUR L'HOMME.

terribles opérations : Quitus uuciantur doloribus , qui curantur à medicis et secantur ! ISurnquid ut non inorianiur , sed ut aliquanto sérias rnoriantar? Multi cruciatus suscipiuntur certi , ut pauci dies adjiciantur incerti ^ etc.

Pii{j;e f>i(;. Un touriueut u'csl-il pas toujours uu châtiiueul ?

La moindre incommodité afflige la nature. La seule pituite, suivant Horace, humilie le stoïcien. Toute peine que souffre l'homme est la peine de Tmiage d'un Dieu. Souffre-t-elle ce qu'elle n'a point mérité ? dit S. Aug. Op. imp. ? Oinnis pœna hominis est pœna imaginis Dei. Quis duhitet qubd injuste injeratur pœna imaginis Dei, nisi hoc culpd meruerit ? S. Augustin se fait faire l'objection tirée des douleurs que les animaux paroissent souffrir ; et, après avoir répondu qu'on ne peut fonder un argument sur une question si obscure, il ajoute, toujours ferme sur son principe, ou que les animaux ne souffrent point, ou qu'ils ont mérité de souffrir : Quid mihi est , in hâc re , scimtari obscura natui^œ , ciim indè nostra causa non pendcat ? Si muta animantia nihil doloris patiuntur , argumentum tuum nullum est.... si patiuntur , pœna, nisi culpa prœcederet , justa esse non p os set.

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Et n'ose seulement lever les yeux sur loi.

Le soleil et la mort ne peuvent se regarder fixement^ dit M. de La B.ochefoucauld, qui prouve fort au long que nous ne la méprisons jamais sincèrement. « Contentons-nous , dit-il , de « faire bonne mine. >> Socrate tacha de faire bonne mine ; mais comment pouvoit-il ne pas craindre intérieurement, lui qui n'étoit pas certain de l'immortalité de l'ame ? « Sans le chris-

« tianisnie, dit encore M. de La Rochefoucauld, le mépris n d'une moit assurée est plutôt extravagance que grandeur « d'anie. >•

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Nul de nous de sang-froid, avouons-le sans honte. ...

On a vu des mouransdire des bons mots, et des malheureux, avant leur supplice, danser sur l'échafaud. Ils ne cherchoient qu'à ne point envisager la mort. Les guerriers ne l'envisagent pas quand ils vont aux plus grands périls. Les hommes risquent aisément leur vie , qui est leur bien \e plus cher ; mais ils ne comptent que risquer ce bien, et espèrent toujours ne le point perdre.

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César veut la plus prouipte.

Celerem subitamque , disoit cet homme dont l'ambition a voit avancé la mort de tant de milliers d'hommes. Montaigne dit de même : « Heureuse la mort qui oste le loisir aux appresis « de tel équipage ! » Quand on n'attend point une autre vie , César et Montaigne ont raison; et Séuèque a tort de dire, totd vitd discendum est mori. Cela n'est vrai que pour les chrétiens.

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Quand on va cesser d'être et qu'on n'en doute point. . . .

M. du Guay-Trouin parlant dans ses mémoires d'une occa sion où le conseil de guerre décida qu'il ne falloit point donner sur l'ennemi, ajoute celle réflexitm remarquable dans un

homme comme lui : « Je mourrai persuadé que , dans les occa- « sions où le péril est grand , c'est au commandant à décider , « sans assembler de conseil. Autrement, la nature, qui abhorre « sa destruction , suggère imperceptiblement à la plupart des « conseillers tant de raisons plausibles sur les inconvéniens à « craindre, que le résultat est toujours de ne point combattre, '< parce que la pluralité des voix l'emporte. »

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Mécénas pense mieux que Sénèque et Moutagne.

Dans les douleurs les plus cruelles, il se console pourvu qu'il vive , vita dùm supei^est , henè est. Ce mot , qui paroît à Sénèque turpissimum votum y est conforme au désir de la nature, et les grands raisonnemens de Sénèque et de Montaigne sont contraires au bon sens. « La mort, dit Montaigne, ne vous « concerne ni mort ni vif : vif, parce que vous êtes; mort, « parce que vous n'êtes plus. » Beau raisonnement ! Il dit encore : « Tant de milliers d'hommes enterrés avant nous nous « encouragent d'aller trouver une si bonne compagnie. » Belle consolation !

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Et l'homme n'est jamais rassasié de vivre.

Phérès, dans l'Alceste d'Euripide, fait bien connoître que les vieillards sont encore plus attachés à la vie que les jeunes gens. L'arbre qui a jeté de profondes racines est plus difficile à arracher.

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Fatal tribut du crime , et non de la nature. *

Voilà par quelle raison nous craignons tous la mort : elle

est contraire à la nature : înors malurn contra naturaw. S. Ang. Le péché l'a fait entrer dans le monde. Puisqu'elle est contraire à la nature , elle est pour elle un supplice. Si anima à corpore sepai'ari naturalitcr non vult , ipsa mors pœna est. S. Aug. On a dit il y a long-temps que le corps et l'ame étoient deux amis qui ne pouvoient vivre ensemble , et deux ennemis qui ne pou voient se quitter.

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L'être immortel soumis à l'être péinssable !

L'ordre est dérangé, dit saint Augustin, quand ce qui est plus parfait est sotunis à ce qui l'est moins : Non ordo appellandus est uhi detcriorihus meliora suhjiciuntur. Le crime est la cause de ce dérangement. L'homme n'a pas obéi à son maître ; il ne mérite plus que son corps soit soumis à son ame. Injustum eî'at ut ohtemperaretur à servo siio , qui non ohtemperârat Domino suo. Lucrèce a trouvé cette désobéissance un désordre incompréhensible dans l'union de l'ame et du corps.

Quid diversiiis esse putandum est Aut magis inter se disjunctum discrepitansque , Quàm mortale quod est immortali atque perenni Junctum in concilio sœvas tolerare procellas ?

Lucrèce a raison de désap]>rouver cette étonnante société : mais elle ne prouve pas que l'ame soit mortelle ; elle prouve que l'ame est maintenant dans un état de punition.

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Un bonheur méprisé n'est jamais un bonheur.

Beata vita, si non amatur , non habetur. S. Aug. L'homme, malgré les attraits des plaisirs des sens, les trouve méprisables, et y renonce souvent pour des plaisirs qui flattent son orgueil,

comme pour acquérir de la gloire par les armes, ou par les sciences, et même pour une gloire moins éclatante. Le jeune homme qui veut, dit Horace, remporter le prix de la course , ahsiinuit venere et vino.

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Lorsque daus ces transports, malgré leur violence , etc.

L'Hippolyte d'Euripide dit , en parlant de Vénus : Je hais une déesse qui a besoin des ténèbres. Diogène prétendit qu'on ne devoit point chercher ces ténèbres ; et comme il sa voit donner à ses principes extravagans une couleur de raison , insanire cum ratione , il fondoit son impudence sur des raisonnemens spécieux ; mais il n'a persuadé personne , parce que la pudeur n'est une suite ni des préjugés, ni de l'éducation, ni des raisonnemens. Les Sauvages même en observent quelques lois ; et l'on n'a jamais vu des peuples imiter des animaux chez lesquels la concupiscence, comme dit saint Augustin, ne répugne pas à la raison, parce qu'ils n'en ont point. Libido in helluis non répugnât rationi, quâ carent. Les païens prétendoient que les chrétiens commettoient dans l'ivresse les crimes les plus honteux; cependant, malgré leur ivresse, au rapport des païens mêmes, ces crimes étoient ensevelis dans les ténèbres. Everso et extincto conscio lumine , impudentibus tenebris, etc. Minut.

Sage Homère , tu veux cacher à tous les yeux , etc.

« Eh quoi ! à la face du ciel et de la terre , dit Junon à Ju- « piter! Iliad. i4. Que deviendrai-je si l'on nous aperçoit? Je « n'aurois jamais le front de retourner dans notre palais. » .Tu-

j)iU;r lui répond qu'il va faire naître un nuage d'or que le soleil ne pourra pénétrer.

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Mais, quand à nos plaisirs préside la sagesse , Sur noU'e front encor pouquoi te répands-tu?

Pourquoi rougir de ce qui est permis , et même ordonné ? Parce que , comme dit saint Augustin , depuis le désordre causé par le péché, l'ame a honte de tout transport qui l'opprime , opprirnciis cngitatioTiem turbulento impetu voluptatis. Le plaisir même de boire et de manger devient honteux quand il va jusqu'à l'excès, parce qu'alors, comme dit Horace, il humiUe la partie divine qui est en nous. -Affgit humo diviiiœ partlculani aurœ. Cicéron, dans ses Offices, prouve admirablement contre les stoïciens que les lois de la pudeur sont dans la nature ; mais il ne savoit pas qu'elles n'y étoient pas avant le péché. Adam et Eve noji eruhescehant. Gen. 3. ►

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Et ton illustre ami n'en a jamais douté.

M. Pope, dont j'ai parlé dans mon avertissement sur ces deux épîtres, vivoit encore lorsque je composois cet ouvrage. Sa mort a suivi de près celle de M. de Ramsay.

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Met un ordre nouveau dans le désordre même.

La maxime fondamentale du système de Pope est celle-ci, tout est bien. Puisqu'il fait cependant la description d'un état d'innocence, selon lui-même, tout a été mieux; ce qui nempêche pas qu'il ne puisse dire encore tout est bien, parce que

54o EPITRE I SUR L'HOMME.

Dieu se sert des maux, ou pour punir les pécheurs, ou pour purifier les justes.

Voilà, selon moi, la meilleure manière d'entendre Pope, qu'on doit expliquer favorablement, lorsqu'on est certain que ses intentions ont été pures. Un homme qui , sans aucun intérêt particulier , m'a écrit la lettre que j'ai publiée ; un homme qui a toujours professé , quoiqu'en Angleterre , la religion catholique, dans laquelle on sait qu'il est mort, peut-il être soupçonné d'avoir voulu répandre par ses vers les maximes de l'impiété ? .Je rends l'hommage que je dois à sa mémoire , sans approuver son ouvrage, qui, n'étant qu'un amas de principes abstraits, souvent obscurs, quelquefois inintelligibles, à en juger par la traduction en prose qui doit être littérale , écrit d'ailleurs dans un style dénué d'images et de descriptions agréables, ne me paroît, du côté de la poésie, ni du côté de la doctrine, devoir s'attirer de zélés partisans parmi nous.

NOTES. 5/4 r

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L'orgueil (étoit-ce ainsi que Dieu nous avoit faits ! )

« L'homme, dit M. Pascal, fut créé avec deux amours : l'un « pour Dieu , l'autre pour soi-même. Par le péché , il perdit le « premier amour ; et le second s'est étendu et débordé dans le « vide que l'amour de Dieu avoit quitté. » Voilà l'origine de cet amour déréglé de notre excellence. Nous nous élevons un temple dans notre cœur, et nous nous plaçons sur l'autel , prêts à sacrifier à l'idole quiconque veut lui refuser l'encens. De là tous nos crimes.

Quels crimes , qu'à regret on est forcé de croire , Offre le genre humain dans sa tragique histoire !

M. Rollin, dans son avant-propos de l'histoire des successeurs d'Alexandre, se plaint de « n'avoir plus à montrer la nature « humaine que par des endroits qui la déshonorent, et de ne « pouvoir semer des agrémens dans une narration qui n'offre « qu'une uniformité de vices et de forfaits. » Cette réflexion si belle seroit également bien placée à la tête de toute l'histoire. Les beaux siècles de la Grèce offrent comme les autres une suite de crimes. Alexandre , dans le peu de temps qu'il a vécu a parcouru la terre pour la remplir de meurtres.

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Autrefois dispersés, féroces et muets, etc.

Mutum et turpe pecus unguibus ^ etc, Horace et Lucrèce font cette même peintm^e des premiers hommes. Comment peut-ou l'accorder avec celle de l'âge d'or ? J'ai dit , dans le troisième chant du poème de la Religion , que la tradition des premiers événemens du monde fut l'origine des fables. Le Paradis terrestre donna lieu à la fiction de l'âge d'or. Les crimes de Caïn, qui fut long-temps errant, suivant Joseph, à la tète d'une troupe de brigands , firent dire que les pi^emiers hommes avoient été errans et meurtriers. Enfm , dans la Grèce , les premiers habitans furent véritablement sauvages. Platon parle d'une comédie de son temps intitulée les Sauvages. Orphée adoucit , dit-on , les mœurs de ces premiers honmies. Les anciens habitans de la Germanie, nos ancêtres, dont Tacite décrit les mœurs, étoient presque sauvages. Il est dit dans les écrits d'un disciple de Confucius que le roi Yao rassembla les hommes épars dans les forets. Ainsi il y a eu des sauvages, à la Chine comme en Grèce; ce qui arriva quand les hommes, au temps de Phaleg , se dispersèrent siu' la terre.

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Une fille en nos jours l'a fait voir à nos yeux.

Cette étonnante fdle, triste exemple de ce que nous serions sans l'éducation et la société , fut trouvée par hasard , il y a environ quinze ans, .près de Châlons en Champagne, et est maintenant dans un couvent de cette province. Après toutes les peines que l'on a prises pour adoucir sa férocité, elle en conserve quelques restes dans les regards et les manières : elle n'aime ni notre nourritiue , ni la société , où elle ne reste que

par obéissance à Dieu. La religion, dont elle est instruite, l'empèchc, dit-elle, de retourner dans les bois. Comme elle y avoit été abandonnée dès la plus tendre enfance, elle ignore où elle est née, et se souvient seulement d'avoir tué une compagne de sa solitude. C'est tout ce qu'elle a pu raconter de son histoire.

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Les menacans arrêts qui sur l'airain brillèrent , etc.

Non verl)a niinantia fîxo AEre legebantur,

dit Ovide de l'âge d'or, Métam. 1. i.

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Qu'une éternelle paix soit le fruit de leurs lois.

Depuis l'établissement des ennpires, le monde n'a jamais été sans guerres. Tacite dit des anciens Germains qu'ils aiment mieux répandre leur sang que de labourer la terre. Arare terrain non tain facile pcrsuaseris quàni vulnera rnereri. Nous connoissons des peuples dont la profession est de s'engager aux autres puissances afin de combattre pour elles. La guerre est leur métier.

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• Du cruel javelot, de la flèche homicide , etc.

Flèches, javelots, dards, frondes, catapultes, balistes, tours roulantes, chariots armés de faux, scorpions, feux grégeois, etc., que de machines meurtrières ont précédé notre artillerie î Quoiqu'il n'ait rien manqué aux anciens pour ravager les villes (^t détruire les hommes, on doit cependant regarder comme

lin malheur l'invention d'un art qui contribue à les détruire plus promptement. Milton feint que notre artillerie fut inventée par Satan dans le combat qu'il excita dans le ciel. L'Arioste suppose que Roland , ayant trouvé une arquebuse dont se servoit un scélérat, la jeta dans la mer en disant : « Je « te rends à l'enfer dont tu es sortie, » Plusieurs siècles après , C^tte arme fut retrouvée. » Arme détestable , s'écrie l'Arioste ^ « par toi toute gloire est anéantie , la valeur devient inutile , et « le plus lâche est souvent le vainqueur du plus brave. «

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Une éternelle haine est leur seul ruauifeste.

Deux nations de sauvages sont entre elles en guerre par la seule raison qu'elles ont toujours été en guerre.

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Avec un ris forcé lui-même il les anime.

Ces cruautés inconcevables sont attestées par tous les voyageurs. Il y a eu de tout temps des anthropophages ; il y en avoit encore du temps d'Aristote en Grèce : il en parle, Polit. 8. Ces peuples ont donné lieu aux fictions d'Homère sur les Lestrlgons et les Cyclopes. A tant d'horreurs ajoutons les sacrifices de victimes humaines, communs chez toutes les anciennes nations- »

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Et vous , Domitien, Caligula , Néron , etc.

A ces monstres de Rome ajoutons les Denys de Syracuse , les Phalaris d'Agrigente, les Alexandre de Phères, les Hérode en

Jndéo, tant de souverains dans la Turquie et dans la Perse, un Christiern en Danemarck, un Pierre-le-Cruel, etc.

Le plus doux des mortels aime à voir du rivage, etc.

C'est la réflexion de Lucrèce :

Suave, mari magno turbantibiis œquora ventis, E terra magnum alterius spectare laborem , etc.

Ce n'est pas que les gens raisonnables aiment à voir souffrir les autres ; mais, comme dit le même Lucrèce , quitus ipse mails careas , quia cernere suave est, on aime à voir les malheurs dont on est exempt. Un criminel qu'on fait mourir sur un écliafaud ne manque jamais de spectateurs. « Dans l'adversité « même de nos amis, dit M. de La Rochefoucauld, nous trouvons « toujours quelque chose qui ne nous déplaît pas. » Ce plaisir , dans lequel celui de la tragédie prend sa source , fait faire à Montaigne cette réflexion : Notre estre est cimenté de qualités « maladives, l'ambition, la jalousie, l'envie, la vengeance, « voire et la cruauté, vice si dénaturé. Car au milieu de la com- « passion nous sentons au-dedans quelque aigre-douce pointe « de volupté maligne à voir souffrir autrui, et les enfans la « sentent. » Les enfans en effet aiment à détruire et à faire souffrir les animaux plus foibles qu'eux.

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Mais le gladiateur, mieux instruit à mourir, etc.

Les maîtres de ces malheureuses victimes leur apprenoient non-seulement à combattre , mais à expirer avec grâce. On les instruisoit de la manière dont ils dévoient tomber, lors-

qu'ils étoient blessés mortellement. On les noiurissoit avec des pâtes et des alimens propres à les tenir en embonpoint, afin que leur sang coulât plus lentement, et que leur agonie fût plus longue. Le plaisir des vestales à ces affreux spectacles est décrit ainsi :

At quoties Victor ferrum jugulo inscrit , illa

Delicias ait esse suas, pectusque jacentis

Virgo modesta jubet converso pollice rumpi , etc.

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Qu'il a fallu de temps à la religion !

Malgré les défenses de Constantin et d'Honorius , et malgré celles de l'Église , ces spectacles durèrent en Italie jusqu'à Théodoric.

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Dans nos moindres procès, dans ceux même des prêtres, etc.

On a quelquefois oblige les prêtres et les moines , intéresses dans quelque accusation , à fournir des champions pour se battre à leur place. Ces combats étoient autorisés par nos rois et nos magistrats ; et avant que d'entrer dans le champ de bataille, on disoit des oraisons destinées à de pareilles occasions.

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Le fer nous suit toujours ; et pour nous dès l'enfance L'instrument du courroux devient un ornement.

On sait que cette coutume n'étoit pas en usage chez les Romains : les César et les Pompée alloient dans Rome sans armes.

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Eh ! pourquoi s'égarer quand la route est si belle ?

La nature, dit Quintilien, 1. 12, nous porte à être vertueux : Natura nos ad mentem optimarn genuit. Pourquoi donc le nombre des mécbans est-il si grand ?

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S'il est le dieu du bien, je suis le dieu du mal.

Les païens ont eu quelque idée de cette vérité. Les mages de Perse admettoient deux dieux , l'un bon et éternel , nommé Orosmades ; l'autre mauvais et créé, nommé Arimane. Une opposition continuelle devoit régner entre eux jusqu'à la fin du monde. Alors, après un jugement universel, chacun de ces dieux devoit avoir pour toujours son empire et ses sujets séparés.

FIN DES NOTES DES ÉPITRES SUR l'hOMME.

ËPITRES

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