‹ PoésiesChapitre 58 sur 64 · FIN DE L EPITRE II · texte numérisé non relu

FIN DE L EPITRE II

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Sans ra'aimer il me flatte, et me fuit sans me craindre.

« L\ crainte des périls, dit le cardinal de Polignac, est la « crainte de la mort : or, les animaux qui ne savent point ce que «' c'est que la mort, ne peuvent la craindre. »

Nam timor est odium mortis quœ creditur instans; Nullo viva modo nôrunt animalia mortem : Ignoti nuUus timor est, ut niilla cupido. Idcircô fugiunt, quoniam fugere illa necesse est.

Anti-Lucr. liv. vi , v. ^Sr.

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Le sang fait tout en lui, seul maître de son corps, etc.

Les objets extérieurs, qui agissent sur les bétes comme sur nous , peuvent les faire agir de môme sans qu'une ame y ait part. Pour le concevoir, faisons réflexion à trois choses qui se passent en nous consécutivement : i** l'innpression de l'objet extérieur sur l'un de nos organes; 2" la sensation qui suit cette impression ; 3° le raisonnement qui suit la sensation. L'air a<nté frappe notre oreille : la sensation du son en est la suite- et notre raison juge de la qualité du son. Mais si le son annonce

58o NOTES DES ÉPITRES

'.m grand péril très-prochain , notre corps a pris la situation «^onvcnable à la défense ou à la fuite avant que notie raison en ait jugé. Supposons encore qu'un homme affamé découvre une pierre et un pain : chaque objet fait sur ses yeux en même temps une même impression, que ne suit pas une même sensation; mais, avant tout raisonnement, l'homme a couru au pain par une propension secrète entre l'objet extérieur et sa faim. Ce n'est pas sa raison qui l'a fait courir; ce n'est pas non plus elle qu'il faut admirer, mais la sagesse de celui qui a fait la machine : il peut avoir fait des machines que les objets extérieurs fassent agir comme nous , sans que la raison ait part à leurs actions. Ces réflexions sont de M. Bossuet, dans son Introduction à la philosophie.

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Oui, c'est de l'homme ici que je plaide la cause;

Notre préjugé est si fort, que celui qui devant nous plaide la cause des bêtes contre nous a plus beau jeu que celui qui plaide la nôtre. Un cartésien nous ennuie, et Montaigne nous amuse quand il se dépeint jouant avec sa chatte, sans savoir si c'est lui qui se joue d'elle, ou si c'est elle qui se joue de lui. Il s'oublie jusqu'à prétendre que, si nous sommes les seuls qui possédions l'avantage de penser, cet avantage, qui nous est vendu bien cher, est la cause de tous nos maux. Madame Deshoulières a dit de même aux animaux :

Cependant nous avons la raison en partage,

Et vous en ignorez l'usage.

Innocens animaux, n'en soyez point jaloux :

Ce n'est point si grand avantage , etc.

Peut-on, comme Montaigne et madame Deshoulières, employer son esprit à avilir sa raison ?

D'indignes animaux à la terre bornés , etc.

Ils ne sont occupés que de la vie présente, ce qui fait dire si agréablement au cardinal de Polignac :

Nec plus quàm satis est ad vitam, uec minus optant, O physici ! ô verè sapientes, atque beati ! O epicureâ diguissima turba palae^trâ !

Ibid. liv. \i, V. 121 1.

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Est un don qu'il n'a fait qu'à son plus bel ouvrage.

La création des animaux est rapportée dans la Genèse bien différemment de celle des hommes. Dieu dit aux eaux de produire les poissons et les oiseaux, et à la terre de produire les animaux qui habitent sur elle. A l'égard de l'homme, il le forme lui-même, et lui inspire un souffle de vie, splraculwn vitœ : c'est ce souffle qu'il n'a point inspiré aux animaux.

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Je n'en puis voir que deux, Y esprit et la matière.

Nous ne concevons que deux substances : cependant le Journal de Paris, juin i73o, m'objecte sur cet endroit» que Dieu u a pu former ime infinité de substances différentes, et ne s'est « pas engagé de rien créer sans en donner à l'homme la con- « noissance. » J'ignore, je l'avoue, tous les êtres que Dieu a créés; mais quelque substance qu'il ait tirée du néant, il faut ou qu'elle soit pensante , ou qu'elle ne le soit pas : par conséquent mon raisonnement subsiste toujours. Dieu a créé ou des esprits non unis à des corps , comme les anges , ou des corps non unis à des esprits, comme tous les objets matériels que

nous voyons, ou des esprits unis à des corps, comme les hommes.

«Tous ces bruyans sujets, si soumis à leur roi.

La mouche à miel que Virgile appelle roi doit maintenant être appelée reine. On a reconnu qu'elle étoit femelle; et l'on croit même que chaque essaim n'a que cette femelle; mais je fais parler une dame suivant l'opinion commune.

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« Pourquoi dans les rochers, les arbi'cs, les buissons....

Les animaux, dit-on, agissent conséquemment à leurs besoins. On en peut dire autant des plantes. De combien d'enveloppes couvrent-elles leurs graines ! Tout paroît intelligent dans la nature, parce que tout est conduit et fait par une intelligence suprême. L'intelligence est toujours dans l'ouvrier, et n'est pas toujours dans l'ouvrage.

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« Cette crainte est leur gloire et notre déshonneur.

« Les oiseaux, dit Montaigne, peuvent-ils plancher leurs « palais de mousse et de duvet sans prévoir que les membres « tendres de leurs petits y seront mollement? Notre art est « foible à les imiter. » En prouvant trop pour eux , on prouve contre eux. Leur art est admirable, mais toujours le même. A tout 4ge un oiseau, dans tout pays, fait la même chose. Une hirondelle jeune ou vieille, en France ou à la Chine, construit son nid de la même façon. Son art ne vient donc pas de son expérience, ni de l'étude, ni de la raison. C'est ce que le cardinal de Polignac a dit :

Arguit iu fabro, non in se machiua meutem.

Ibid. liv. VI, V. 1269.

SUR L'AMb: DES r>lVl ES. 583

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«< Le loi amour, suivi de ses transports terribles, «< Entre aussi quelquefois dans ces âmes paisibles.

Siepè duobus Regibus inoessit injigno discordia motu, etc.

ViRG. Georg, liv. iv, v. 67.

Dans ces vers pompeux de Virgile on croit voir nos guerres , quoiqu'il ne parle que de celles des abeilles. C'est ce que fait si bien observer Montaigne, toujours content quand il peut humilier l'homme. « Dans ces vers, dit-il , je crois voir l'ineptie « et la vanité humaine. Un dépit, une jalousie domestique, « causes qui ne devroient pas émouvoir deux harangères à s'é- « gratigner,estrame de ces grands troubles. Ce furieux, mons- « tre à tant de bras et tant de testes, c'est toujours l'homme, « foible, calamiteux et misérable. Ce n'est qu'une fourmilière « émue et échauffée : It nigrmn campis agmen. Qu'on leur jette « un peu de poussière comme aux mouches , voilà toutes nos « enseignes, nos légions et le grand Pompée lui-même rompu « et fracassé. »

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Vengeur de la patrie, un courageux. Pompée, etc.

Le cardinal de Polignac compare les combats du lion à ceux de César.

Prosilit ad prnedam rapidus leo , Caesar ad oi'bis Imperium : finis , fateor , diversus utrlque : At non dissimiles puguae, labor uuus et idem. Que cœaam fera , qiu> reguum sibi (•omj)arat héros.

^inti-Lucr. liv. vi , v. 7'?..

Il rapporte ces combats qu'il a vus dans l'Ukraine entre ces animaux qui sont une espèce de renards :

Vidi belligeras acics et ca>tr;i f'cianiin, etc.

Ibid. V. x8).

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« Ce qu'il a résolu du beau-père et du gendre.

Vers de Corneille dans la mort de Pompée.

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« Et ta toîle , Arachné , quoi que l'on nous raconte.

La toile de l'araignée est un ouvrage admirable. On la peut connoître par la dissertation savante qu'a faite M. le premier président Bon, spretœ novus ultor arachnes.

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« La bête ( qui voudroit en prendre la défense ? )

Nous aurions honte de donner une ame à des reptiles, à des moucherons, etc.; il faut cependant faire ce présent à tous les animaux, ou le refuser à tous, comme le dit le cardinal de Polignac :

Omnibus aut uullis mens est. Si mentis honores Concédas aquilis , et habebunt ostrea mentem.

Ibid. V. 549.

Donnerons-nous une ame à ces insectes qui vivent encore long-temps quoiqu'on leur ait coupé la tête, et dont chaque partie coupée paroît vivante ? Et combien d'ames faudra-t-il donner aux polypes qui se multiplient à mesure qu'on les coupe, de façon que chaque partie coupée devient un autre animal entier et vivant ! Ce fait , si inconcevable et si certain depuis que les observations de M. du Trembley et de M. de Réaumuf le confirment, déroute, sur le système de l'ame des bêtes, tous les philosophes, excepté les cartésiens.

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«« Le renard qui s'échappe aux chiens qu'il a trompés. Montaigne parle , après Plutarque , de renirds qui , en s'a-

SUR L'AME DES lîETES. 585

vancant sur une rivière glacée, prêtent l'oreille à chaque pas pour écouter si l'eau ne coule point; ce qui leur fait jui^^er si la glace est assez forte pour les porter, suivant ce raisonnement : « ce qui fait du bruit remue, ce qui remue n'est pas gelé, ce « qui n'est pas gelé est liquide , ce qui est liquide ne porte pas. » Avant de faire raisonner ainsi le renard , il faut être assuré du fait; et malgré l'autorité de Plutarque, il est fort douteux.

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« Contemplez seulement ce chien qui me caresse.

Il faut avouer que les chiens étonnent souvent un philosophe. Montaigne admire avec raison ceux qui conduisent les aveugles. Ils savent s'arrêter aux portes où leurs maîtres doivent demander l'aumône; ils savent leur faire éviter les embarras des rues ; et quoiqu'un espace soit assez large pour eux , ils n'y passent point, s'il n'est assez large pour leurs maîtres. Les choses surprenantes que font ces animaux sont les frnits des leçons qu'on leur a données : mais comment les leiu- a-t-on données? Avec un bâton. On instruit les hommes avec la parole : on s'adresse à la raison. On instruit les animaux avec le bâton, parce qu'on s'adresse à la machine, dans laquelle on ne veut que faire des impressions assez fortes pour y rester toujours.

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« Que quelque heure à me voir , et le reste à ni attendre.

Vers de J. Racine dans Bérénice.

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Ils m'étonnent : c'est tout ce qu'ils peuvent sur moi.

C'est tout ce que dit aussi le cardinal de Polignac :

Ista vides , miraris ; et ipse admiror ; at ultra Prosequor , et miranda magis mibi causa videtur.

Ibid. V. 1227.

Surpris d'une machine à mes yeux si parfaite.

Tout l'artifice, comme dit le cardinal de Polignac, est dans les ressorts :

Omne est arcanum ia fabricâ.

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Vingt fois me les répète et réponde à mes doigts , etc.

Le cardinal de Polignac , dont je n'avois pas vu l'ouvrage quand je fis ces vers , avoit dit la même chose en meilleurs vers, en prenant la montre pour comparaison ,

Mentein inventons certè laudabit et artcm, Consiliumque fabri , tliecà nou quœret in ipsâ. Quanquam opus eximium , quanquam ingeniosa reparla Miratur, digitoque premen» interrogat horam.

Ibid. V. 1283.

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Et quand sous des doigts morts une bouche sans vie, etc.

Le flûteur automate, ouvrage de M. Vaucanson, qui a fait voir jusqu'où l'homme pouvoit porterie mécanisme. Ne soyons donc pas sui^pris que des machines dont Dieu a disposé les ressorts soient si admirables.

Même page.

Tantôt ce sang rapide, à l'âme obéissant.

Nous éprouvons, dans les passions violentes, que toutes les parties de notre corps s'entr'aident mutuellement et concourent à la conservation du tout.

Même page.

Notre ame , qui n'a pas le temps de commander.

Et souvent même malgré elle. Qu'un ami approche sa main

SUR 1;AME des liKlES. r)87

de notre visage comme poiii' le fVapper, quoique nous sachions que ce n'est qu'une feinte, nous fermons les yeux, et nous détournons la tète involontairement.

Iguari quid agaut et cur, aut quid sit agenduin. Porrectis taiaeu Iii firmaut se vectibus , artem Mcchanicam gestu, uon coguitione professi.

Ibid. V. 792.

Même page.

Pour défendre mon œil qu'attaque la poussière , etc.

lu teueros etiain improvisum si quid ocelles Involet, en refugit caput,it manus antè, periclum Averteus, aniinus quàm scnsit, opcmve ferendam.

Ibid. V. 7y5.

Même page.

Prépare pour le front uu secours favorable.

Il ne sait pas que la tête est la partie la plus importante, et qu'il faut la secourir aux dépens des mains; mais la nature n'attend ni les réflexions ni l'âge des réflexions.

Même page.

D'ignorans portefaix, pour soutenir leur poids, etc.

S'ils portent un fardeau du bras droit, ils étendent le bras gauche, afin d'avoir toujours un même centre de gravité: les parties du corps s'arrangent suivant la manière dont le corps est chargé, et c'est ce que peint le cardinal de Polignac dans les vers suivans :

Rusticus, nrbanus pariter , juvenisque senexque, Corpora ciim subito librant , crus , brachia tendunt.

Ibid. V. 788.

Je suis prêt à douter qu'elle soit nécessaire.

Quand je parle ainsi, on ne doit pas me soupçonner de croire

que l'ame soit inutile dans quelques hommes. Ce qui est dit pour égayer la matière ne doit point être pris sérieusement. Boileau parloit-il sérieusement quand il faisoit dire à l'âne :

Ma foi, nou plus que nous, l'homme n'est qu'une bête!

La réflexion du Journal des savans sur cet endroit m'a obligé de faire cette note.

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Et d'où vient qu'en effet la longue expérience , etc.

L'invention des arts fait honneur à l'esprit humain. Les animaux, depuis le commencement du monde, n'ont rien inventé ni perfectionné. Les muets du grand-seigneur ont un art infini pour se parler par signes : les animaux n'ont point entre eux ce langage. On objecte qu'on contient les animaux féroces par des exemples de sévérité faits sur leurs pareils. Quelque peuple a fait ces exemples, et s'est imaginé qu'ils étoient utiles; mais cette utilité est-elle bien certaine?

Même page.

Du premier coup d'essai, par le même artifice, etc.

Tout animal d'une même espèce, dit le cardinal de Polignac, a les mêmes occupations; et le rossignol chante toujours, dans tous les pays , le même air :

Omnis aves vultur, capit omnis aranea muscas. . . . Sic Philomela parem terris canit omnibus bymuum, Hymnum delicias veris.

Ibid. V. 864.

Et pourquoi, dit-il, le perroquet ne parle- t-il jamais qu'au hasard ?

Sed temerè ac frustra rogat, et respondet, inani Garrulitate loquax.

Ibid. V. 920.

SUR UAME DES BÈTES. 589

Même p«ige.

Quand je vois ce castor qui ne fait que de naître, etc.

Pline le naturaliste donne à l'éléphant toutes nos vertus , même celle de la religion : Proxlrnum est elephas humanis sensibus , qiiippè intellectus scrmonis patrii , amoris et gloriœ voluptas , immo vero , quœ etiain in hornine rara , prohitas ^ prudentia, œquitas , religio quoque siderurn ^ etc. Puisqu'il lui donne nos vertus les plus rares , il le fait plus parfait que nous. Tout ce qu'il en dit est faux.

Même page.

Je ne puis rapporter cet étonnant savoir, etc.

M. Arnaud, M. Pascal, et le père Desmares, furent un jour témoins à Liancourt d'une grenouille qui contrcfaisoit la morte lorsqu'un brochet l'approchoit , ets'enfuyoit sitôt qu'il la quittoit : elle fit plusieurs fois la même chose ; ce qui fit dire à M. Pascal , puisqu elle agit toujours de même , elle agit machinalement.

Même page.

Oui, je le crois, duchesse, et la foi rae l'ordonne.

Il n'est pas nécessaire d'avertir que ce mot n'est pas dit sérieusement : il est vrai néanmoins que la preuve que je vais faire valoir dans l'épître suivante est très-forte en faveur du système cartésien.

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Sous l'empire d'un Dieu tout-puissant, équitable, etc.

C'est ce grand principe que saint Augustin employa si souvent pour prouver le péché originel : sub Deo j'usto ncmo miser, nisi mereatur ; principe conforme à ce que dit la Sagesse, c. xiT : Ipsum qui non débet punir i ^ condemnare , cxterum œstimas h tua virtute ; principe conforme à ce que la raison a dit il ces païens qui croyoient que les hommes naissoient pour expier quelque crime commis dans une autre vie; principe que j'ai fait valoir dans le 2^ chant du poème de la Religion , et dans mes deux épîtres sur l'âme des bêtes.

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Verrions-nous donc entre eux ce divers traitement, C]e partage inégal d'un commun châtiment ?

L'inégalité de nos conditions, et surtout la prospérité des méchans, faisoient souvent murmurer contre la Providence ceux même des païens qui croyoient à l'immortalité de l'ame. Il paroît, par Homère et Virgile , qu'ils avoiènt une bien foible idée du bonheur de l'ame après la moi^t : l'honneur de commander aux ombi^es cnniiyoit beaucoup Achille. La religion chrétienne, qui fournit une prompte réponse à cette difficulté, nous fait demander tous les jours l'arrivée du règne où l'ordre sera rétabli. Mais si les bétes pensent, et n'ont rien à espérer

après la mort, comment accorder leurs mallieiirs et l'inégalité (les conditions entre elles avec la bonté de Dieu ?

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Du tonneau d'amertume ont-ils jamais goûté ?

Homère place auprès de Jupiter deux tonneaux : celui des biens, et celui des maux. Jupiter ne puise que dans le premier pour les dieux : et il ne puise que dans le second pour ces mortels que le malheur semble poursuivre à tout moment ; pour tout le reste des hommes il puise en même temps dans les deux tonneaux , ne leur donnant jamais de biens que le mélange des maux n'empoisonne son présent. La fiction d'Homère prouve une chose communément vraie : il faut pourtant excepter quelques hommes qui, jusqu'à la mort, n'ont presque pas goûté du tonneau d'amertume.

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Mais contre l'homme injuste et son règne barbare , etc.

L'auteur du Spectacle de la nature prétend que justifier notre empire sur les animaux par ce principe qu'ils sont des machines , c'est autoriser un droit très-certain par une raison trèsincertaine. « Vouloir, dit-il, expliquer l'âme des bétes, c'est « de la philosophie perdue. Nous voyons que Dieu les a faites <t pour nos besoins; cela doit nous suffire. C'est pour notre « avantage qu'elles savent faire certaines choses, et qu'il leur « est défendu de rien savoir de plus. » Il est bien vrai que , si elles avoient une raison pareille à la nôtie, nous n'en serions plus les maîtres; mais notre empire sur elles, juste ou non n'est pas moins cruel pour elles, si elles pensent : ainsi ce n'est pas répondre à la difficulté. Il est encore vrai que vouloir expliquer en détail le mécanisme qui les fait agir, c'est de la phi-

losophie perdue; mais soutenir que le seul mécanisme les fait agir, c'est parler en bon philosophe.

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Et quel droit avons-nous sur des jours respectables ?

C'est ce que dit aussi le cardinal de Polignac, ant. - Lucr. liv. VI , V. 1188 :

Quo jure imbellem populum et nil taie merentem

Per mare, per terras, uunc vi , nunc fraude malignâ

Inscquerls captans, indefensumque trucidas

Atque voras ? luter lusus et gaudia ruris

Aunumeras belli genus hoc immite , nefandum ,

Ignavumque ? Lupo quare crudelior ipso ,

Cui te rivalem praestas , et quem invidus horres.

Non osor feritatis, at œraulus, omne per œvum

lunocuas occidere oves, mactare juvencos

Non dubitas, fluit uudè tibi tôt copia rerum.

Et quibus est post longam operam uex unica merces ?

Même page.

De ce saint si fameux par son humilité , etc.

Bayle, à l'article de saint François, raille à ce sujet ce saint si respectable. Il n'est pas étonnant qu'une pieuse simplicité, dont une profonde humilité étoit la cause, soit exposée aux railleries d'un homme du caractère de Bayle.

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Nous ingrats , nous souillés du sang de la brebis. Ovide met cette plainte dans la bouche de Pythagore.

Quid rneruistis, oves, placidum pecus?....

Quid meruêre boves, animal sine fraude dolisque,

Innoeuum, simples, natum tolerare labores ?

Métam. liv. xv.

Même page.

Les bœufs qui tous les aus, au laboureur dociles.

Plutarquc, dans la vie de Caton le censeur, témoigne qu'il ne pourroit se résoudre à abandonner un bœuf qui auroit vieilli en labourant ses terres, « parce que, dit-il, nous ne devons « pas nous servir des choses qui ont une ame comme nous nous « servons des souliers quand ils sont usés , ne fut-ce que pour « nous apprendre à aimer les hommes , et dans ces petites « choses faire l'apprentissage de l'humanité. » La dernière raison est très-sage, et la première est vraie dans le système d'un homme qui croit que les bètes pensent.

M. l'abbé Desfontaines, lettre 128, examinant cette question, appelle l'opinion cartésienne la plus msignc extravagance de l'esprit huînain. Le système que, selon lui, la nature enseic^ne à tous les hommes, est celui d'un être pensant, mais mortel, d'une ame bornée dans ses opérations, déterminée invinciblement par les objets, inca[)able de délibération et de liberté. « A l'égard du malheur des bètes, il n "intéresse pa.>, dit-il, la « justice de Dieu. Si quelquefois elles sont malheureuses, ne « sont-elles pas dédommagées par les plaisirs des sens, qu'elles « goûtent peut-être mieux que nous? L'un va pour l'autre. » Certainement l'un ne va pas pour l'autre pour ces malheureux chevaux dont j'ai fait la peinture, ni pour ces bœufs qui vont finir à la boucherie des jours qu'ils ont passés à labourer la terre. ]Mais supposons toutes les bétes heureuses : se peut-il qu'une ame soit mortelle, incapable de délibération et de liberté, soumise à la matière, et que les plaisirs du corps soient son imique félicité? Un pareil système, avancé sérieusement serait la plus insig/ie extravagance des préjuges des se fis. Je veux croire que M. l'abbé Desfontaines ne l'a pas sérieusement avancé, et je ne fais cette remarqiie que pour montrer dans

094 NOTES DES EPÏTRES

ffiiels abîmes on pont se jeter lorsqu'on ab.indonne le système cartésien ; au lieu que par ce système on sauve la gloire de notre ame, et on justifie la Providence. C'est pourquoi j'ai dit au commencement de la première épître :

Oui , c'est de l'homme ici que je plaide la cause ;

et au commencement de celle-ci :

C'est la cause du ciel que je plaide aujourd'iiui.

Que de meurtres commis pour nos goûts détestables !

Pythagore regardoit comme un crime la coutume de se nourrir de la chair des animaux. Ovide lui fait dire,

Heu ! quantum scelus est in viscera viscera coudi, Congestoque avidum pinguescere corpore corpus , Alteriusque animantem animantis vivere Ictho !

Même page.

Un empereur poursuit des insectes volans.

L'histoire rapporte que l'empereur Domitien s'occupoit dans son palais à tuer des mouches.

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Aux yeux d'Asellius.

Savant médecin qui, dans le dix-septième ^ècle, découvrit les veines lactées.

Même page.

Eh quoi ! s'ils en avoient la triste connoissance , etc.

Pour parler 'i)lus sérieusement, il est certain que, si les bétes

paroissent quelquefois donner des marques de pensée , elles donnent ordinairement de grandes preuves de stupidité. Le même animal se laisse prendre plusieurs fois au même piégc. Un troupeau de bœufs se laisse conduire à la boucherie par un enfant.

Même page.

Mais à tant de fureurs dussé-je m'exposer , etc.

Malgré l'esprit philosophique dont se vante notre siècle, le préjugé des sens engage presque tout le monde aujourd'hui à croire que les animaux pensent. Que ceux que les preuves métaphysiques et celles de morale ne peuvent convaincre que les bètes ne sont que des machines connoissent du moins que cette question est très- difficile à résoudre, et qu'ils en concluent que l'homme n'est qu'ignorance : voilà l'utilité la plus certaine qu'on en puisse tirer, en admirant l'Etre suprême qui a créé les animaux , soit qu'on croie qu'ils ont une ame , soit qu'on croie qu'ils n'en ont pas. C'est par cette réflexion que le cardinal de Polignac termine son livre sur cette qTiestion :

Quaî sive carentia sensu , Sive instruota putes, mirare et numeu adora.

Anti-Lucr. liv. \ï, v. i55y.

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