CC
— fi —
Qu un esclave muet baise avec complaisance
L'ornière, qu'imprima le char de la puissance :
Vous, qu'un tyran-soldat n'a jamais ébranlés ,
Vous, que rien n'éblouit , philosophes, parlez!
v< Napoléon s'est cru l'homme des destinées,
» Pour tout perdre en un jour il régna dix années \
« Néant !.... mais quand les rois le détrônèrent, seul,
« De sa pourpre en lambeaux il se fit un linceul ;
« Quand de son avenir s'engloutit le fantôme ,
u Seul il resta debout et voilà le grand-homme !
NAPOLÉON
2®& s& 5>&&<ss "vyaaaDaaa.
NAPOLÉON
§yia na pua©! virooœaii.
Juillet 1833.
Des nains avaient brisé ce colosse de gloire ; Aux pieds de ses vassaux il fui précipité
Celui qui broyait tout sous sou cliar de victoire; La colonne , où Clio burina notre histoire , Veuve de l'Empereur, planait sur la cité.
Mais en vain la horde pygmée , De ce trône guerrier , qu'elle n'abattit pas , Te fit descendre aux yeux de l'Europe charmée ,
Géant de notre vieille armée; Tu brillais d'autant plus.... qu'on ne te voyait pas. (*")
Le voyageur, passant sur la place Vendôme, Du bronze impérial cherchait encor le dôme : « Sans doute, disait-il , en détournant les yeux, n L'astre fatal aux rois s'^sl perdu dans les cieux. n
(*) P<raef ulgeb.it eo ipso, quôd effigies non visebatur. (Tacite.)
Il est vrai qu'un moment l'astre sembla s'éteindre , Quand des héros d'un jour, autocrates-valets , Jaloux de sa splendeur, dressèrent , pour l'atteindre , D'immenses échafauds , des pieux , des chevalets ;
Oui , tel qu'une masse grossière , Napoléon déchu resta dans la poussière !
oWfo
L'Achille , dont le bras secouait l'univers , Dont le souffle de feu pulvérisait les trônes , A vu des Myrmidons , affublés de couronnes , Devenir grands par ses revers.
L'artiste créateur, qui , plein de son modèle ,
IN o us l'a jeté vivant dans un bronze fidèle , Ne Ta point revêtu d'un costume romain ; C'est l'Empereur-Soldat sous un maintien austère , Coiffé de son chapeau , couronne militaire , Droit sur son piédestal , sa lunette à la main. Il est calme , et pourtant on dirait que son àme
Roule quelque vaste dessein , Et qu'un feu dévorant bouillonne dans son sein ; Tel un volcan neigeux couve en secret la flamme.
Sur sa colonne enfin le voilà remonté ! Le voilà!... Calme-toi , peuple trop exalté; Ton Empereur est là; tu chantes, c'est ta règle; L'Empereur t'éblouit sous un soleil d'été ; Mais dans les serres de son aigle
Il étouffa la Liberté.
Il a vu les Français, peuple de rois-esclaves ,
Tout fiers d'embrasser ses genoux , Et, comme une faveur, implorer des entraves ;
Il prodigua le sang des braves ,
Et ce sang retomba sur nous.
11 nous fit manœuvrer sur des monceaux de cendre ,
Comme un troupeau sous le bàtou.
Faut-il chanter encor le moderne Alexandre ? Eh ! que ferions-nous donc , si c'était Washington ?
o-K>io
Napoléon sur nous fit éclater sa foudre ,
Mais cette foudre un soir s'éteignit dans les mers \
Et lui-même expia par des chagrins amers
Tous ses rêves d'orgueil Son malheur doit l'absoudre
Laissons le guerrier souverain
Fouler son grand socle d'airain ; Que ce Napoléon , sublime sentinelle , Fixe encore sur nous son ardente prunelle ; Son monument vengeur nous semblera plus beau. Que dis-je? faisons plus : Que sa cendre exilée Revienne consacrer ce brillant mausolée ; Le corps d'un homme illustre est l'âme d'un tombeau.
Napoléon.
NAPOLEON
Quel est ce jeune homme au teint blême , Aux longs cheveux noirs et pendants ?
Qui sur son avenir fixe des yeux ardents ? Phénomène incarné ! mystérieux problême ! Il ne devra qu'à lui sa gloire et ses revers ; Il fera sur les rois peser sa tyrannie , Et , pour ébranler l'univers , Il tient entre ses mains le levier du génie.
Son manteau , qu'a blanchi la poussière des camps , Flotte sur son cheval dont la sueur ruisselle ; De ses brûlants regards l'électrique étincelle Dans les champs de bataille allume des volcans.
Ses soldats , à longs flots , roulent sur l'Italie.
L'Orient les appelle; en Egypte, Français! Les échos de Memphis proclament vos succès ; Maintenant , que Paris à son tour s'humilie !
Tribuns aux farouches vertus , Fuvez ou courbez-vous sous un bras despotique ;
Plus fort que le César antique , Le César de la France immole ses Brutus. De tes songes d'amour, France , sois détrompée ; Ton héros va régner par le droit de l'épée.