‹ PoésiesChapitre 8 sur 16 · PAR · texte numérisé non relu

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Un journal me l'a dit : « Prenez- garde, jeune-homme ;

» De satiriques vers soyez plus économe l

« Rien n'est si dangereux qu'un Tartufe irrité i

« Le tigre dans sa rage a plus d'humanité. »

lia dit vrai ; j'ai vu , contre ma poésie

Les cagots déchaîner leur sainte frénésie;

Et , comme je bravais de stupides clameurs ,

Ils ont , sur mes écrits et sur mes chastes mœurs ,

DistiMé les poisons d'une haine mortelle.

On me criait partout : a c'est moi, c'est lui , c'est elle

Que tu désignes , traitre ! « On aurait volontiers

Mis les vers en lambeaux , et l'auteur en quartiers.

Et moi, je leur disais : « Pourquoi prendre la mouche ?

» Vous ai-je cités? Non. Que tout morveux se mouche !

» Messieurs , vous trahissez votre secret penchant.

« Et quoi î Dans le portrait d'un sot ou d'un méchant ,

» Quelqu'un de vous, messieurs, se reconnaît? Oh! diable!

» Tant pis ! Consolez-vous ; c'est irrémédiable.

» Je puis tout avouer sans rougir ; et d'ailleurs

î» Je n'ai fait que répondre à de mauvais railleurs.

» Comme sur un plastron , chacun sur moi s'escrime ;

» Je saisis mon fleuret et je frappe ; est-ce un crime ?

n Je ne serai jamais le premier agresseur ;

» Mais si vous aiguisez, en feignant ia douceur ,

» L'arme du ridicule ou de la calomnie ,

o Je ne laisserai point votre audace impunie .

» Vos projets rancuniers seront bientôt déçus ;

» J'en ai fait le serment ; réglez-vous là-dessus, o

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C'est assez ; abjurons de ridicules haines ,

Et flattons nos regards d'images plus sereines.

Chantons ce beau pays , où je vécus un mois , ( i)

Où T abrupte glacier se dresse , où le chamois

Sur les vieux monts blanchis qu'un vert gazon tapisse ,

Bondit en se jouant au bord du précipice.

(-J) La Suisse.

« Oh ! la nature ici proclame son auteur ! » Disais-je , et de ces rocs la sublime hauteur, Leurs vastes flancs neigeux , leur sourcilleuse crête Mêlaient à mes transports une terreur secrète. Oh ! devant ces tableaux si grands et si divers , Où les arbres en fleurs , défiant les hivers , Opposent aux frimas leur beauté printanière , Pourrais-je secouer ma cinglante lanière ? Non ! Adieu la Satire où souvent je me plus ; Je promets , cette fois , qu'on ne m'y prendra plus.

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