‹ Poésies lyriques. Édition complète en deux parties, avec introduction et glossaire publiée sous les auspices de la Faculté d'histoire et de philologie de St-Pétersbourg (volume 2)Chapitre 32 sur 353 · Ms. : Ne instrument · texte numérisé non relu

Ms. : Ne instrument

(fol. 2 vo. a)

Qui seur Musique ne se fonde,

Ne qui ait souffle ou touche ou corde, Qui par Musique ne s’acorde.

Tous les fais plus à point mesure Qui ne fait nulle autre mesure. Elle fait toutes les quaroles

Par bours, par cités, par escoles, Où on fait l'office divin

Qui est fait de pain et de vin.

Puet on penser chose plus digne Ne faire plus gracieus signe,

Com d’essaucier Dieu et sa gloire, Loer, servir, amer et croire,

Et sa douce mere en chantant, Qui de grace et de bien a tant Que le ciel et toute la terre

Et quanque li mundes enserre, Grant, petit, moien et menu,

En sont gardé et soustenu ?

J'ay oy dire que li angles,

Li saint, les saintes, les archangles

De vois delie, saine et clere

Loent en chantant Dieu le pere,

Pour ce qu’en gloire les a mis

Com justes et parfais amis,

Et pour ce aussi que de sa grace (fol. 2 ve. b) Le voient adès face à face.

Or ne peulent li saint chanter

Qu'il n’ait Musique en leur chanter ;

Dont est Musique en paradis. | David li prophetes jadis,

Quant il voloit apaisier l’ire De Dieu, 1l acordoit sa lire | Dont il harpoit si proprement | Et chantoit si devotement

Hympnes, psautiers et orisons, Einsi comme nous le lisons,

Que sa harpe à Dieu tant plaisoit Et son chant qu'il se rapaisoit.

Orpheüs mist hors Erudice D'’enfer, la cointe, la faitice,

Par sa harpe et par son dous chant.

Harpoit si tres joliement

Et si chantoit si doucement

Que les grans arbres s’abaissoient Et les rivieres retournoient

Pour li oïr et escouter ;

Si qu'on doit croire, sans douter, Que ce sont miracles apertes

Que Musique fait ; c'est voir, certes.

Rhetorique versefier

Fait l'amant et metrefier,

Et si fait faire jolis vers,

Noviaus et de metre divers, — L'un est de rime serpentine, L’autre equivoque ou leonine, L'autre croisie ou retrograde, Lay, chanson, rondel ou balade ; Aucune fois rime sonant

Et, quant il li plaist, consonant, — Et li aourne son langage

Par maniere plaisant et sage,

Car Scens y est qui tout gouverne En chambre, en sale et en taverne.

Dous Penser et bonne Esperence Li font avoir douce Plaisence

Et li amenistrent matiere,

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