‹ Poésies lyriques. Édition complète en deux parties, avec introduction et glossaire publiée sous les auspices de la Faculté d'histoire et de philologie de St-PétersbourgChapitre 282 sur 313 · V. — DES POVRES AMOUREUS · texte numérisé non relu

V. — DES POVRES AMOUREUS

S' n’est d'argent ou de joyaux garni, Celui est fol qui cuide avoir avoir amie Au temps present n’estre appellé ami Pour bien amer, sanz penser vilanie, Car son temps pert et folement varie.

Par moy le say qui bien l’ay esprouvé, Quant ma dame m'a dit : ,, fol, quoy c'on die, Ja povres homs ne sera bien amé ”.

Et quant j'ouÿ ma dame et entendi,

Lors je li di: ,, douce dame jolie,

Je n’ay joiaux n’argent, par saint Remi ”.

Adont dit elle: ,, or fais tu grant folie, Se tu m'aimes journée ne demie

Ne s’en riens es de m’amour enflamé :

Car de moy, voir, en nul jour de ma vie Ja povres homs ne sera bien amé ”.

Dont par ce point je cognu bien et vy

Et voy qu'Amours pert toute seigneurie, Quant povres homs, pour bien qui soit en li Ne loyauté, est nyce, s’il se fie

Qu'il soit amez. Dont ne m’atent je mie,

Se n’enrichi, que soie ami clamé;

Car puis qu’argent vaint amour et mestrie, Ja povres homs ne sera bien amé.

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