‹ PoésiesChapitre 4 sur 150 · S.\.TIRE · texte numérisé non relu

S.\.TIRE

A M. FRÈRON

Ne prétends plus, Fréron, par tes savants efToits, Détrôner le faux goût qui régne sur nos bords : Depuis que nous pleurons l'innocence exilée, Sous tes mâles écrits vainement accablée. On voit renaître encor l'hydre des sots rimcurs, Et la chute des arts suit la perte des mœurs.

Un monstre dans Paris croît et se fortifie, Qui, paré du manteau de la philosophie,

Que dis-je? de son nom faussement revêtu. Etouffe les talents et détruit la vertu : Dangereux novateur, par son cruel système, Il veut du ciel désert chasser l'Etre suprême; Et du corps expiré l'âme éprouvant le sort, L'homme arrive au néant par une double mort. Ce monstre toutefois n'a point un air farouche, Et le nom des vertus est toujours dans sa bouche. D'abord, de l'univers réformateur discret, Il semait ses écrits à l'ombre du secret : Errant, proscrit partout, mais souple en sa diîgrâee. Bientôt, le sceptre en main, gouvernant le Pïrnasse, Ce tyran des beaux-arts, nouveau dieu des mortels, De leurs dieux diffamés usurpa les autels; Et lorsque abandonnés à cette idolâtrie, La France qu'il corrompt touche à la barbarie, Fidèle à nous vanter son parti suborneur. Nous a fermé les yeux sur notre déshonneur.

a Quoi! votre muse en monstre érige la sagesse! Vous blâmez ses enfants, et leur crédit vous blesse, Vous, jeune homme! Au bon sens avez-vous dit adieu? Je soupçonne, entre nous, que vous croyez en Dieu; Gardez-vous de l'écrire, et respectez vos maîtres : Croire en Dieu fut un tort permis à nos ancêtres; Mais dans notre âge ! allons, il faut vous corriger : Eclairez-vous, jeune homme, au lieu de nous juger; Pensez ; à votre Dieu laissez venger sa cause : Si vous saviez penser, vous feriez quchpie rliose : Surtout point de satire; oh! c'est un genre aflVeux! Eh ! qui put vous aj)prendrc, écolier ténébreux.

Que des mœurs, parmi nous, la porte était certaine ; Que les beaux-arts couraient vers leur chute prochaine? Partout, même en Russie, on vante nos auteurs. Comme l'humanité règne dans tous les cœurs! Vous ne lisez donc pas le Mercure de France? Il cite, au moins, par mois, un trait de bienfaisance. 3> Ainsi le grand Pathos, ce poète penseur, De la philosophie obligeant défenseur, Conseille par pitié mon aveugle ignorance; De nos arts, de nos mœurs garantit l'excellence; Et de son plein savoir, si je réplique un mot, Pour prouver que j'ai tort, il me déclare un sot.

Mais de ces sages vains confondons l'imposture ; De leur règne fameux retraçons la peinture; Et que mes vers, enfants d'une noble candeur. Eclairent les Français sur leur fausse grandeur.

Eh! quel temps fut jamais en vices plus fertile? Quel siècle d'ignorance, en beaux faits plus stérile, Que cet âge nommé siècle de la raison? Tout un monde sophiste, en style de sermon. De longs écrits moraux nous ennuie avec zèle. Et l'on prêche les mœurs jusque dans la Pucelle : Je le sais; mais, ami, nos modestes aïeux Parlaient moins de vertus et les cultivaient mieux : Quels demi-dieux enfin nos jours ont-ils vu naître? Ces Français si vantes, peux-tu les reconnaître? Jadis peuple héros, peuple femme en nos jours, La vertu qu'ils avaient n'est plus qu'en leurs discours. Suis les pas de nos grands ; énervés de mollesse,

Ils se traînent à peino en leur vieille jeunesse; Courbés avant le temps, consumés à'i langueur, Enfants efféminés de pères sans vigueur; Et cependant nourris des leçons de nos sages, Vous les voyez encore, amoureux et volages, Chercher, la bourse en main, de beautés en beautés, La mort qui les attend au sein des voluptés; De leurs biens, prodigués pour d'infâmes caprices, Enrichir nos Phrynés dont ils gagent les vices; Tandis que l'honnête homme, à leur porte oublié. N'en peut môme obtenir une avare pitié : Demi-dieux avortés, qui, par droit de naissance. Dans les camps, à la cour, lèguent en espérance, Quels succès leurs talents semblent nous présager? Ceux-là font de leurs mains courir ce char léger Que roule un seul coursier sur une double roue; Ceux-ci, sur un théâtre oîi leur mémoire échoue, En bouffons apprentis défigurent ces vers Où Molière, prophète, exprima leurs travers : Par d'autres, avec art, une paume lancée Va, revient, tour à tour poussée et repoussée. Sans doute c'est ainsi que Turenne et Viilars S'instruisaient dans la paix aux triomphes de Mars.

La plupart, indigents au milieu des richesses, Achètent l'aboiidance à force de bassesses ; Souvent, à pleines mains, d'Orval seine l'argent; Parfois, faute de fonds, monseigneur est marchand. Que dirai-je d'Airas, quand sa tèle blanchie. En Irembluiit, sur son sein se penche appesantie, Quand son corps, vainement de parfums inonde.

Trahit les maux secrets dont il est obsédé? Scandalisant Paris de ses vieilles tendresses, Arcas, sultan goutteux, veut avoir vingt maîtresses; Mais, en fripon titré, pour avoir leurs appas, Arcas vend au public le crédit qu'il n'a pas : Digne fils d'un tel père, Alford, charge de dettes. Met ses jeunes amours aux gages des coquettes : Plus philosophe encor, d'Orimond ruiné Épouse un équipage en épousant Phryné.

Qui blâmerait ces nœuds? L'hymen n'est qu'une mode, Un lien de foi'tun.% un veuvage commode, Où chaque époux, brûlé d'adultères désirs, Vit, sous le même nom, libre dans ses plaisirs.

Vois-tu, parmi ces grands, leurs compagnes hardies Imiter leurs excès, par eux-même applaudies; Dans un corps délicat porter un cœur d'airain, Opposer aux mépris un front toujours serein; Et, du vice endurci témoignant l'impudence. Sous leur casque de plume étouffer la décence ?

Assise dans ce cirque où viennent tous les rangs Souvent bâiller en loge, à des prix différents, Chloris n'est que parée, et Chloris se croit belle; En vêtements Lgers, l'or s'est changé pour elle; Son front luit, étoile de mille diamants; Et mille autres encore, effrontés ornements, Serpentent sur son sein, pendent à ses oreilles; Ljs arts, pour rcmbellir, ont uni leurs merveilles : Vingt familles enfin couleraient d'heureux jours, Riches dos seuls trésors perdus pour ses atours.

Malgré ce luxe affreux et sa fierté sévère, Chloris, on le prétend, se montre populaire : Oui, déposant l'orgueil de ses douze quartiers, Madame en ses amours déroge volontiers; Indulgente beauté, Zélis la justifie; Zèlis qui, par bon ton, à la philosophie Joint tous les goûts divers, tous les amusements. Rit avec nos penseurs, pense avec ses amants; Enfant sophiste, au fond coquette pédagogue, Qui gouverne la mode, à son gré met en vogue Nos petits vers lâchés par gros in-octavo. Ou ces drames pleureurs qu'on joue incognito ; Protège l'univers, et rompue aux affaires. Fournit vingt financiers d'importants secrétaires ; Lit tout, et même sait, par nos auteurs moraux, Qu'il n'est certainement un Dieu que pour les sots.

Pailerai-je d'Iris? Chacun la prône et l'aime; C'est un cœur, mais un cœur... c'est l'humanité même Si d'un pied étourdi quelque jeune éventé Frappe, en courant, son chien qui jappe épouvanté, La voilà qui se meurt de tendresse et d'alarmes: Un papillon souffrant lui fait verser des larmes, Il est vrai; mais aussi qu'à la mort condamné, Lalli soit, en spectacle, à l'échafaud traîné, Elle ira la première à cette horrible fête Acheter le plaisir de voir tomber sa tète.

Dira-t-on qu'en des vers, à mordre disposés. Ma muse prête aux grands des vices supposés ?

J'aurais pu te montrer nos duchesses fumeuses,

Tantôt d'un histrion amantes scandaleuses, Fières de ses soupirs, obtenus à grand prix, Elles-même aux railleurs dénonçant leurs maris; Tantôt, pour égayer leurs courses solitaires, Imitant noblement ces grâces mercenaires, Qui, par couples nombreux, sur le déclin du jour, Vont aux lieux fréquentés colporter leur amour; Contents d'un héritier, comme eux frêle et sans force. Les époux, très amis, vivant dans h divorce; Vainqueurs des préjugés, les pères bienfaisants, Du sérail de leurs fils eunuques complaisants; De nouvelles Sapho, dans le crime affermies, Maris de nos beautés sous le titre d'amies; Et de galants marquis, philosophes parfaits. En petite Gomorre érigeant leurs palais.

Mais la corruption, à son comble portée. Dans le cercle des grands ne s'est point arrêtée; Elle infecte l'empire, et les mêmes travers Régnent également dans tous les rangs divers.

Il faut voir ce marchand, philosophe en boutique, Qui, déclarant trois fois sa ruine authentique, Trois fois s'est enrichi d'un heureux deshonneur, Trancher du financier, jouer le grand seigneur ; Monsieur, pour ses amis, entretient une actrice ; Madame, des beaux -arts bourgeoise protectrice, En couvent d'esprits- forts transforme sa maison, Et fait de son comptoir un bureau de raison. Partout s'offre l'orgueil, et le luxe, et l'audace. Orgon, à prix d'argent, veut anoblir sa race;

Devenu magistrat, de mince roturier, Pour être un jour baron, il se fait usurier. Jadis son clerc, Mondor, enviait son partage; Tout à coup des bureaux secouant l'esclavage, Il loge sa mollesse en un riche palais. Et derrière un char d'or promenant trois valets, Sous six chevaux pareils ébranle au loin la rue : Mais sa fortune, ami, comment l'a-t-il accrue ? Il a vendu sa femme, et ce couple abhorré, Enveloppé d'opprobre, est pourtant honoré.

Eh! quel frein contiendrait un vulgaire indocile. Qui sait, grâce aux docteurs du moderne évangile. Qu'en vain le pauvre espère en un Dieu qui n'est pas; Que l'homme tout entier est promis au trépas? Chacun veut de la vie embellir le passage; L'homme le plus heureux est aussi le plus sage; Et, depuis le vieillard qui touche à son tombeau, Jusqu'au jeune homme à peine échappe du berceau, A la ville, à la cour, au sein de l'opul.'nce. Sous les affreux lambeaux de l'obscure indigence, La débauche, au teint pâle, aux regards effrontés, Enflamme tous les cœurs, vers le crime emportés. C'est en vain qui?, fidèle à sa vertu première, Louis instruit aux mœurs la monarchie entière ; La monarchie entière est en proie aux Laïs; Leurs vices sont les dieux qu'encense leur pays; Et la Religion, mère désespérée, Par ses propres enfants sans cesse déchirée. Dans ses tein|)l('S déserts pleurant leurs attentats, Le pardon sur la bouche, en vain leur tend les bras :

Son culte est avili, ses lois sons profanées. Dans un cercle brillant de nymphes fortunées. Entends ce jeune abbé, sophiste bol esprit : Monsieur fait le procès au Dieu qui le nourrit ! Monsieur trouve plaisants les feux du purgatoire; Et, pour mieux amuser son galant auditoire, Mêle aux tendres propos ses blasphèmes charmants, Lui prêché de l'amour les doux égarements. Traite la piété d'aveugle fanatisme, Et donne, en se jouant, des leçons d'athéisme.

Voilà donc, cher ami, cet âge si vanté, Ce siècle heureux des mœurs et de l'humanité! A peine des vertus l'apparence nous reste. Mais détournant les yeux d'un tableau si funeste. Eclairés par le goût, envisageons les arts : Quel désordre nouveau se montre à nos regards! De nos pères fameux les ombres insultées. Comme un joug importun les règles rejetées, Les genres opposes bizarrement unis, La nature, le vrai, de nos livres bannis, Un désir forcené d'inventer et d'instruire, D'ignorants écrivains, jamais las de produire; Des brigues, des partis, l'un à l'autre odieux : Le Parnasse idolâtre adorant de faux dieux; Tout me dit que des arts la splendeur est ternie.

Fille de la peinture et sœur de l'harmonie. Jadis la poésie, en ses pompeux accords, Osant même au néant prêter une âme, un corps, Egajait la raison de riantes images,

Cachait de la vertu les préceptes sauvages

Sous le voile enchanteur d'aimables fictions;

Audacieuse et sage en ses expressions,

Pour cadencer un vers qui dans l'âme s'imprime,

Sans appauvrir l'idée, enrichissait la rime,

S'ouvrait par notre oreille un chemin vers nos cœurs,

Et nous divertissait pour nous rendre meilleurs.

Maudit soit à jamais le pointilleux sophiste

Qui le premier nous dit en prose d'algebriste :

Vains rimeurs, écoutez mes ordres absolus;

Pour plaire à ma raison, pensez; ne peignez plus.

Dès lors la poésie a vu sa décadence,

Infidèle à la rime, au sens, à la cadence;

Le compas à la main, elle va dissertant :

Apollon sans pinceaux n'est plus qu'un lourd pédant.

C'était peu que, changée en bizarre furie,

Melpomènc mêlât sur la scène flétrie

Des romans fort touchants; car à peine l'auteur

Pour emporter les morts laisse vivre un acteur.

Que, soigneux d'évoquer des revenants affables,

Prodigue de combats, de marches admirables,

Tout poète moderne, avec pompe assommant,

Fit d'une tragédie un opéra charmant;

La muse de Sophocle, eu robe doctorale.

Sur des tréteaux sanglants professe la morale :

Là, souvent un sauvage, orateur apprêté.

Aussi bien qu'Arouet parle d'humaniie;

Là, des Turcs amoureux, soupirant des maximes,

Débitent galamment Si'ne([ue mis en rimes,

Alzire au desespoir, mais pleine de raison,

En invoquant la mort couuucnle le Pliédon ;

Pour expirer en forme, un roi, par bienséance. Doit extialer son âme avec une sentence ; Et chaque personnage au théâtre produit, Héros toujours souffle par l'auteur qui le suit, Fût-il Scythe ou Chinois, dans un traité sans titre, Par signe interrogé, vous répond par chapitre.

Thalie a de sa sœur partagé les revers :

Peindre les mœurs du temps est l'objet de ses rers :

Mais, lasse d'un emploi que le goût lui confie.

Apôtre larmoyant de la philosophie.

Elle fuit la gaieté qui doit suivre ses pas.

Et d'un masque tragique enlaidit ses appas.

Tantôt c'est un rimeur dont la muse étourdie,

Dans un conte ennobli du nom de comédie.

Passe, en dépit du goût, du touchant au bouffon,

Et marie une farce avec un long sermon ;

Tantôt un possédé, dont le démon terrible

Pleure éternellement dans un drame risible :

Que dis-je? oser blâmer un drame, un drame enfin!

La «médie est belle, et le drame est divin;

Pour moi, j'y goûte fort, car j'aime la nature,

Ces héros villageois, beaux esprits sous la bure.

Et j'approuve l'auteur de ces drames diserts.

Qui ne s'abaisse point jusqu'à parler en vers :

Un vers coûte à polir, et le travail nous pèse;

Mais en prose du moins on est sot à son aise.

Partout le même ton : chaque muse en ses chants.

Aux dépens du vrai goût, fait la guerre aux méchants :

Le plus lourd chansonnier de l'Opera-Comique

Prèle à son Apollon un air philosophique,

Et des vers sont charmants, si peu qu'ils soient moraux.

Mais de la poésie usurpant les pinceaux,

Et du nom des vertus sanctifiant sa prose,

Par la pompe des mots l'éloquence en impose.

Que d'orateurs guindés qui se disent profonds.

Se tourmentent sans fin pour enfanter des sons!

Dans un livre où Thomas rêve, comme en extase.

Je cherche un peu de sens, et vois beaucoup d'emphase.

Un plaisant, à^s dévots Zoïle envenimé,

Qui nous vend par essais le mensonge imprimé,

Des oppresseurs fameux développant les trames,

Met, pour mieux l'ennoblir, l'histoire en épigrammcs.

Chaque genre varie au gré des écrivains,

Et ne connaît de lois que leurs caprices vains.

Sans doute le respect des antiques modèles

Eût au vrai ramené les muses infidèles ;

Eux seuls, de la nature imitateurs constants.

Toujours lus avec fruit, sont beaux dans tous les temps ;

Heureux qui, jeune encore, a senti leur mérite!

Même en les surpassant il faut qu'on les imite.

Mais les sages du jour, ou de fiers novateurs,

De leur goût corrompu partisans corrupteurs.

Ne pouvant les atteindre, ont dégrade leurs maîtres;

Et, protecteurs des sots fietris par nos ancêtres,

0 de la sympathie inévitable effet!

Ils vengent les Cotins des affronts du silïlet.

Voltaire en soit loué! chacun sait au Parnasse Qac Malherbe est un sot, et Quinault un Horace. Daub on long commentaire, il prouve lunguement

Qae Corneille parfois pourrait plaire un moment. J'ai vu l'enfant gâté de nos penseurs sublimes, La Harpe, dans Rousseau trouver de belles rimes : Si l'on en croit Mercier, Racii e a de l'esprit; Mais Perrault, plus profond, Diderot nous l'apprit, Perrault, tout plat qu'il est, pétille de génie ; Il eût pu travailler à l'Encyclopédie.

Boileau, correct auteur de libelle; amers, Boileau, dit Marmontel, tourne assez bien un vers; El tous ces demi-dieux, que l'Europe en délire A depuis cent hivers l'indulgence de lire, Vont dans un juste oubli retomber désormais, Comme de vains auteurs qui ne pensent jamais.

Quelques vengeurs pourtant, armés d'un noble zèle, Ont de ces morts fameux épousé la querelle : De la sur l'Helicon deux partis opposes Régnent, et l'un par l'autre à l'envi deprisés, Tour à tour s'adressant des volumes d'injures. Pour le trône des arts combattent par brochures : Mais, plus forts par le nombre, et vantes en tous keux, Le* corrupteurs du goût en paraissent les dieux : Si Clément les proscrit, La Harpe les protège. Eux seuls peuvent prétendre au rare privilège D'aller au Louvre, en corps, commenter l'alphabet; Grammairiens jurés, immortels par brevet. Honneurs, richesse, emplois, ils ont tout en partage, Hors la saine raison que leur bonheur outrage ; Et le publie esclave obéit à leurs lois. Mille cercles savants s'assembLnt à leurs voix : C'est dAfis tùs tribunaux galanu et domestiques

Que parmi vingt beautés, bourgeoises empiriques, Distribuant la gloire et pesant les écrits, Ces fiers inquisiteurs jugent les beaux esprits. 0 malheureux l'auteur dont la plume élégante Se montre encor du goût sage et fidèle amante; Qui, rempli d'une noble et constante fierté, Dédaigne un nom fameux par l'intrigue acheté, Et n'ayant pour preneurs que ses muets ouvrage6,^ Veut par ses talents seuls enlever les suffrages ! La faim mit au tombeau Malfilàtre ignoré; S'il n'eût été qu'un sot, il aurait prospéré : Trop fortuné celui qui peut avec adresse Flatter tous les partis que gagne sa souplesse! De peur d'être blâmé, ne blâme jamais rien; Dit Voltaire un Virgile, et même un peu chrétien; Et toujours en l'honneur des tyrans du Parnasse De madrigaux en prose allonge une préface! Mais trois fois plus heureux le jeune homme prudeiU Qui de ces novateurs enthousiaste ardent. Abjure la raison, pour eux la sacrifie; Soldat sous les drapeaux de la philosophie, D'kbord, comme un prodige, on le prune partout : Il nous vante! en effet, c'est un homme de goût ; Son chef-d'œuvre est toujours l'écrit qui doit éclorc; On récite déjà les vers qu'il fait encore. Qu'il est beau de le voir de dînes en dînes, Officieux lecteur de ces vers nouveau-nés. Promener chez les grands sa muse bien nourrie! Paraît-il? on l'cnibiasse : il parle, on se récrie; Fût-il un Dorosy, tout Paris l'applaudit. C'cxt un autour divin, car nos damuii l'oul dit :

La marquise, le duc, pour lui tout est libraire ;

De riches pensions on l'accable; et Voltaire ^"^ r^in^^^sy 'A

Du titre de génie a soin de l'honorer O7 i.l^^i:^' ^

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Par lettres qu'au Mercure il fait enregistrer ^^^ '■\&}fv'^'\' t

Ainsi de nos tyrans la ligue protectrice (j^iitm iu.

D'une gloire précoce enfle un rimeur novice :î^î f"

L'auteur le plus fécond, sans leur appui vanté,

Travaille dans l'oubli pour la postérité :

Mais par eux, sans rien faire, un fat nous en impose ;

Turpin n'est que Turpin, Suard est quelque chose.

0 combien d'écrivains languiraient inconnus,

Qui, du Pinde français illustres parvenus,

En servant ce parti conquirent nos hommages !

L'encens de tout un peuple enfume leurs images :

Eux-même, avec candeur se disant immortek,

De leur main tour à tour se dressent des autels :

Sous peina d'être un sot, nul plaisant téméraire

Ne rit de nos amis, et surtout de Voltaire.

On aurait beau montrer ses vers tournés sans art,

D'une moitié de rime habillés au hasard.

Seuls et jetés par ligne exactement pareille,

De leur chute uniforme importunant l'oreille,

Ou, bouffis de grands mots qui se choquent entre eux,

L'un sur l'autre appuyés, se traînant deux à deux;

Et sa prose frivole, en pointes aiguisée.

Pour braver l'harmonie incessamment brisée :

Sa prose, sans mentir, et ses vers sont parfaits;

Le Mercure trente ans l'a juré par extraits :

Qui pourrait en douter? Moi. Cependant j'avoue

Que d'un rare savoir à bon droit on le loue;

Que ses chefs-d'œuvre faux, trompeuses nouveautés,

Étonnent quelquefois par d'antiques beautés;

Que par ses défauts même il sait encor séduire ;

Talent qui peut absoudre un siècle qui l'admire;

Mais qu'on m'ose prôner des sophistes pesants,

Apostats effrontés du goût et du bon sens :

Saint-Lambert, noble auteur, dont la muse pédante

Fait des vers fort vantes par Voltaire qu'il vante;

Qui, du nom de poème ornant de plats sermons,

En quatre points mortels a rime les Saisons;

Et ce vain Beaumarchais, qui trois fois avec gloire

Mit le mémoire en drame et le drame en mémoire ;

Et ce lourd Diderot, docteur en style dur,

Qui passe pour sublime à force d'être obscur;

Et ce froid d'Alembert, chancelier du Parnasse,

Qui se croit un grand homme et fit une préface;

Et tant d'autres encor dont le public épris

Connaît beaucoup les noms et fort peu les écrits;

Alors, certes alors, ma colère s'allume.

Et la vérité court se placer sous ma plume.

Ah! du moins, par pitié, s'ils cessaient d'imprimer.

Dans le secret, contents de proser, de rimer!

Mais de l'humanité maudits missionnaires.

Pour leurs tristes lecteurs ces prêcheurs n'en ont guères

La Harp(! est-il bien mort? Tremblons; de son tombeau

On dit qu'il sort arme d'un Gustave nouveau;

Thomas est en travail d'un gros poème épique;

Marmontcl enjolive un roman poetiiiue ;

Et même Durosoy, fameux jiar des chansons,

Met l'histoire de France en opéras boulions :

Tout compose, et déjà do tant d'auteurs manœuvres, Aucun n'est riche assez pour acheter les œuvres.

Pour moi qui, démasquant nos sages dangereux, Peignis de leurs erreurs les effets désastreux, L'athéisme en crédit, la licence honorée, Et le lévite enfin brisant l'arche sacrée; Qui retraçai des arts les malheurs éclatants, Les ligues, le pouvoir des novateurs du temps. Et l^ur fureur d'écrire, et leur honteuse gloire, Et de mon siècle entier la déplorable histoire; J'ai vu les maux promis à ma sincérité, Et, devant craindre tout, j'ai dit la vérité. Oh! si ces vers, vengeurs de la cause publique. Qu'approuva de Beaumont la piété stoïque. Portes par son suffrage, auprès du trône admis, Obtii^nnent de mon roi quelques regards amis ; S'il prête à ma faiblesse un bras qui la soutienne, On verra de nouveau ma muse citoyenne Flétrir C£S novateurs que poursuivront mes cris; Ils ne dormiront plus... qu'en lisant leurs écrits.

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