‹ PoésiesChapitre 42 sur 150 · LA RENOMMEE · texte numérisé non relu

LA RENOMMEE

Ali roi Henri le Grand, dans le ballet de la ?'ei?ie, dansé au mois de mars 1609.

Pleine de langues et de voix, 0 Roi, le miracle des rois, Je viens de voir toute la terre, Et publier en ses deux bouts Que pour la paix ni pour la guerre Il n'est rien de pareil à vous.

Par ce bruit je vous ai donné Un renom qui n'est terminé Ni de fleuve ni de montagne; Et par lui j'ai fait désirer A la troupe que j'accompagne De vous voir et de vous adorer.

Ce sont douze rares beautés, Qui de si dignes qualités Tii-ent un cœur à leur service, Que leur souhaiter plus d'appas, C'est vouloir avec injustice Ce que les cieux ne peuvent paii.

L'Orient, qui de leurs aïeux Sait les titres ambitieux, Donne à leur sang un avantage Qu'on ne peut leur faire quitter

Sans être issu de parentage Ou de vous ou de Jupiter.

Tout ce qu'à façonner un corps Nature assemble de trésors Est en elles sans artifice; Et la force de leurs esprits, D'oîi jamais n'approche le vice, Fait encor accroître leur prix.

Elles souffrent bien que l'Amour Par elles fosse chaque jour Nouvelle preuve de ses charmes; Mais sitôt qu'il les veut toucher, II reconnaît qu'il n'a point d'armes Qu'elles ne fassent reboucher.

Loin des vaines impressions De toutes folles passions, La vertu leur apprend à vivre.

Et dans la cour leur fait des lois Que Diane aurait peine à suivre Au plus grand silence des bois.

Une reine qui les conduit De tant de merveilles reluit, Que le soleil, qui tout surmonte.

Quand même il est plus flamboyant.

S'il était sensible à la honte.

Se cacherait en la voyant.

Aussi le temps a beau courir.

Je la ferai toujours fleurir Au ranf,' d>'s choses éternelles; Et non moins que les immortels,

fant que mon dos aura des ailes.

Son image aura d£â autels.

Grand Roi, faites-leur bon accueil ; Louez leur magnanime orgueil Que vous seul avez fait ployable; Et vous acquérez sagement, Afin de me rendre croyable, La faveur de leur jugement.

Jusqu'ici vos faits glorieux Peuvent avoir des envieux :

Mais quelles âmes si farouches Oseront douter de ma foi, Quand on verra leurs belles bouches Les raconter avecque moi?

Pour Henri le Grand, sous le nom d'Alcandre^ au sujet de l'absence de la princesse de Coadéy sous le nom d'Oranthe.

Donc cette merveille des cieux, Pour ce qu'elle est chère à mes yeux, En sera toujours éloignée!

Et mon impatiente amour, Par tant de larmes témoignée, N'obtiendra jamais son retour !

Mes vœux donc ne servent de rien!

Les Dieux, ennemis de mon bien, Ne veulent plus que je la voie!

Et semble que les rechercher

tlO ' POÉSIES DE MALflERBE

De me permettre cette joie Les invite à me l'empêcher!

0 beauté, reine des beautés, Seule de qui les volontés Président à ma destinée, Pourquoi n'est comme la Toison Votre conquête abandonnée A l'effort de quelque Jason?

Quels feux, quels dragons, quels taureaux. Quelle horreur de monstres nouveaux, Et quelle puissance de charmes Garderait que jusqu'aux enfers Je n'allasse avecque mes armes Rompre vos chaînes et vos fers?

N'ai-je pas le cœur aussi haut, Et pour oser tout ce qu'il faut Un aussi grand désir de gloire.

Que j'avais lorsque je couvri D'exploits d'éternelle mémoire Les plaines d'Arqués et d'Ivry?

Mais quoi! ces lois dont la rigueur Retient mes souhaits en langueur Régnent avec un tel empire, Que, si le ciel ne les dissout.

Pour pouvoir ce que je désire, Ce n'est rien que de pouvoir tout.

Je ne veux point, en me flattant, Croire que le sort inconstant De ces tempêtes me délivre; Quelque espoir qui se puisse offrir,

n faut que je cesse de vivre, Si je veux cesser de souffrir.

Arrière donc ces vains discours^ Qu'après les nuits viennent les jouis, Et le repos après l'orage.

Autre sorte de réconfort Ne nie satisfait le courage, Que de me résoudre k la icort.

C'est là que de tout mon toormcn' Se bornera le sentiment; Ma foi seule, aussi pure et belle Comme le sajot en est beau.

Sera ma compagne éternelle.

Et me sui>Ta dans le tombeaa.

Ainsi d'une mourante voix, Alcandre, au silence des bois, Témoignait ses vives atteintes; Et son visage sans couleur Faisait comiaître que ses plaintes Etaient moindres que sa douleur.

Oranthe, qui par les zéphyrs Reçut les funestes soupirs D'une passion si fidèle, Le cœur outré de même ennui, Jura que, s'il mourait pour ellop Elle mourrait avecque lui.

Pour Alcandre, sur le même sujet que les pré' cédenles.

Quelque ennui donc qu'en cette absence

Avec une injuste licence

Le Destin nie fasse endurer,

Ma peine lui semble petite

Si chaque jour il ne l'irrite

D'un nouveau sujet de pleurer! ,

Paroles que permet la rage A l'innocence qu'on outrage, C'est aujourd'hui votre saison; Faites-vous ouïr en ma plainte :

Jamais l'âme n'est Lien atteinte.

Quand on parle avecque raison.

0 fureurs dont même les Scythes N'useraient pas vers des mérites Qui n'ont rien de pareil à soi !

Madame est captive; et son crime C'est que je l'aime, et qu'on estime Qu'elle en fait de même de moi.

Rocher oii mes inquiétudes

Viennent chercher les solitudes

Pour blasphémer contre le sort,

Quoique insensibles aux tempêtes,

Je suis plus rocher que vous n'êtes ^

De le voir et n'être pas mort.

Assez de preuves à la guerre.

D'un bout à l'autre de la terre,

Ont feit paraître ma valeur; Ici, je renonce à la gloire, Et ne veux point d'autre victoiTO Que de céder à ma douleur.

Quelquefois les Dieux pitoyables Teiminent des maux incroyables; Mais, en un lieu que tant d'appas Exposent à la jalousie.

Ne serait-ce pas frénésie De ne les en soupçonner pas?

Qui ne sait combien de mortelles Les ont fait soupirer pour elles, Et, d'un conseil audacieux, En bergers, bêtes et satyres.

Afin d'apaiser leurs martyres, Les ont fait descendre des cieux?

Non, non; si je veux un remède, C'est de moi qu'il faut qu'il procède.

Sans les importuner de rien ; J'ai su faire la délivrance Du malheur de toute la France; Je la saurai faire du mien.

Hâtons donc ce fatal ouvrage; Trouvons le salut au naufrage; Et multiplions dans les bois Les herbes dont les feuilles peintes Gardent les sanglantes empreintes De la fin tragique des rois.

Pour le moins, la haine et l'envie Ayant leur rigueur assouvie,

Quand j'aurai clos mon dernier jour, Oranthe sera sans alarmes, Et mon trépas aura des larmes De quiconque aura de l'amour.

A ces mots tombant sur la place, Transi d'une mortelle glace, Alcandre cessa de parler; La nuit assiégea ses prunelles; Et son âme, étendant les ailes, Fut toute prête à s'envoler.

Que fais-tu, monarque adorable?

Lui dit un démon favorable.

En quels termes te réduis-tu?

Veux-tu succomber à l'orage, Et laisser perdre à ton courage Le nom qu'il a pour sa vertu?

N'en doute point, quoi qu'il avienne, La belle Oranthe sera tienne; C'est chose qui ne peut faillir.

Le temps adoucira les choses, Et tous deux vous aurez des roses Plus que vous n'en sauriez cueillir.

Alcandre plaint la captivité de sa maîtresse.

IGOO

Que d'épines. Amour, accompagnent tes roses ! . Que d'une aveugle erreur tu laisses toutes choses

A la merci du sort !

Qu'en tes prospérités à bon droit on soupire !

Et (ju'il est malaisé de vivre en ton empire, Sans désirer la mort !

Je sers, je le confesse, une jeune merveille, En rares qualités à nulle autre pareille,

Seule semblable à soi; Et, sans faire le vain, mon aventure est telle Que de la même ardeur que je bride pour elle

Elle brûle pour moi.

Mas, parmi tout C€t heur, ô dure destinée,

Que de tragiques soins, comme oiseaux de Phinée,

Sens-je me dévorer!

Et ce que je supporte avecque patience, A'.--e quelque ennemi, s'il n'est sans conscience.

Qui le vît sans pleurer?

La mer a moins de vents qui ses vagues irritent Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent

D'un funeste dessein; Je ne trouve la paix qu'à me faire la guerre; Et si l'enfer est fable au centre de la terre,

Il est vrai dans mon sein.

Depuis que le soleil est dessus l'hémisphère.

Qu'il monte ou qu'il descend, il ne me voit rien faire

Que plaindre ei soupirer.

Des autres actions j'ai perdu la coutume ; Et ce qui s'offre à moi, s'il n'a de l'amertume,

Je ne puis l'endurer.

Comme la nuit arrive, et que par le silence Qui fait des bruits du jour cesser la violence

L'esprit est relâché.

Je vois de tous côtés sur la terre et sur l'onde

Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde, Et n'en suis point touché.

S'il m'avient quelquefois de clore les paupières, Aussitôt ma douleur en nouvelles manières

Fait do nouveaux efforts; Et, de quelque souci qu'en veillant je me ronge, Il ne me trouble point comme le meilleur songe

Que je fais quand je dors.

Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparaît à l'autel, oii, comme une victime,

On la veut égorger.

Tantôt je me la vois d'un pirate ravie; Et tantôt la fortune abandonne sa vie

A quelque autre danger.

En ces extrémités la pauvrette s'écrie : Alcandre, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie,

Du malheur où je suis !

La fureur me saisit, je mets la main aux armes : Mais son destin m'arrête; et lui donner des larmes,

C'est tout ce que je puis.

Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure Pour une affection que je veux qui me dure

Au-delà du trépas.

Tout ce qui me !a blâme offense mon oreille; Et qui veut m'affliger, il faut qu'il me conseille

De ne m'affliger pas.

On me dit qu'à la fin toute chose se change,

El qu'av(!fqu(; le temps les b.^aux youx de mon ange

Reviendront m'éclairer.

Mais voyant tous les jours ses chaînes se restreindre,

sta>;ges 117

Désolé que je suis, que ne dois-je point craindre? Ou que puis-je espérer?

Xon, r.on, je Vl^ux mourir; la raison m'y conyie; Aussi bi.'n le sujet qui m'en donne l'envie

Ne peut être plus beau ; Et le sort, qui détruit tout ce que je consulte, Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte

N'aura paix qu'au tombeau.

Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine Faisait, loin de témoins, le récit de sa peine,

Et se fondait en pleurs.

Le flouve en fut ému, ses Nymphes se cachèrent, Et l'herbe du rivage où ses larmes touchèrent

Perdit toutes ses fleurs.

Pour Alcandre, au retour d'Oranthe à Fontainebleau

Revenez, mes plaisirs, ma dame est revenue; Et les vœux que j'ai faits pour revoir ses beaux yeux, Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue. Ont eu grâce des cieux.

Les voici de retour ces astres adorables Où prend mon océan son flux et son reflux; Soucis, retirez -vous ; cherchez les misérables; Je ne vous connais plus.

Peut-on voir ce miracle où le soin de nature A semé comme fleurs tant d'aimables appas, Et ne confesser point qu'il n'est pire aventure Que de ne la voir pas?

Certes, l'autre soleil d'une erreur vagabonde Court inutilement par ses douze maisons; C'est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde Le change des saisons.

Avecque sa beauté toutes beautés arrivent; Ces déserts sont jardins de l'un à l'autre bout; Tant l'extrême pouvoir des grâces qui la suivent Les pénètre partout!

Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle; L'orage en est cessé, l'air en est éclairci; Et même ces canaux ont leur course plus belle, Depuis qu'elle est ici.

De moi, que les respacts obligent au silence, J'ai beau me contrefaire et beau dissimuler; Les douceurs oîi je nage ont une violence Qui ne se peut celer.

Mais, ô rigueur du sort ! tandis que je m'arrête A chatouiller mon âme en ce contentement, Je ne m'aperçois pas que le destin m'apprête Un autre partemcnî.

Arrière ces pensers que la crainte m'envoie ; Je ne sais que trop bien l'inconstance du sort : Mais de m'ôter le goût d'une si chère joie, C'est me donner la mort.

Stances composées en Bourgogne.

Complices de ma servitude, Pensers, où mon inquiétude

Trouve son repos désiré, Mes fidèles amis et mes vrais secrétaires. Ne m'abandonnez point en ces lieux solitaires; C'est pour l'amour de vous que j'y suis retii'é.

Partout ailleurs je suis en crainte;

Ma langue demeure contrainte;

Si je parle, c'est à regret ; Je pèse mes discours, je me trouble et m'étonne, Tant j'ai peu d'assurance à la foi de personne : Mais à vous je suis libre, et n'ai rion de secret.

Vous lisez bien en mon visage

Ce que je souffre en ce voyage

Dont le ciel m'a voulu punir; Et savez bien aussi que je ne vous demande. Etant loin de ma dame, une grâce plus grande Que d'aimer sa mémoire et m'en entretenir.

Dites-moi donc sans artifice,

Quand je lui vou^ mon service,

Faillis-je en mon élection?

N'est-ce pas un objet digne d'avoir un temple, Et dont les qualités n'ont jamais eu d'exemple. Comme il n'en fut jamais de mon affection?

Au retour des saisons nouvelles,

Choisissez les fleurs les plus belles

De qui la campagne se peint; En trouverez-vous une oii ie soin de nature Ait avecque tant d'art employé sa peinture. Qu'elle soit comparable aux roses de son teint?

Peut-on assez vanter l'ivoire

De son front, où sont en leur gloire,

La douceur et la majesté ; Ses yeux, moins à des yeux qu'à des soleils sembtJèîes, Et de ses beaux cheveux les nœuds inviolables, D'où n'échappa jamais rien qu'elle ait arrêté?

Ajoutez à tous ces miracles

Sa bouche de qui les oracles

Ont toujours de nouveaux trésors ; Prenez garde à ses mœurs, considérez-la toute ; Ne m'avoùrez-vous pas que vous êtes en doute Ce qu'elle a plus parfait, ou l'esprit, ou le corps?

Mon roi, par son rare mérite,

A fait que la terre est petite

Pour un nom si grand que le sien; Mais si mes longs travaux faisaient cette conquête, Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tête. Il n'en aurait pas un qui fût égal au mien.

Aussi quoi que l'on me propose

Que l'espérance m'en est close,

Et qu'on n'en peut rien obtenir; Puisqu'à si beau dessein mon désir me convie, Son extrême rigueur me coûtera la vie, Ou mon extrême foi m'y fera parvenii*.

Si les tigres les plus sauvages

Enfin apprivoisent leurs rages,

Flattes par un doux traitement; Par la même raison pourquoi n'est-il croyable Qu'à la fin mes ennuis la rendront pitoyabl\ Pourvu que je la serve à son contentement?

Touli! ma peur est qne l'absence Ne lui duuiie quelque licence

De tourner ailleurs ses appas ; ïît qu'étant, comme elle est, d'un sexe variable, Ma foi, qu'en me voyant elle avait agréable, Ne lui soit contemptible en ne me voyant pas.

Amour a cela de Neptune,

Que toujours à quelque intortune

Il se faut tenir préparé :

Ses infldéles flots ne sont point sans orages ; Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages, Et même dans le port on est mal assui'é

Peut-être qu'à cette même heure

Que je languis, soupire et pleure,

De ti'istesse me consumant.

Elle, qui n'a souci de moi ni de mes lai'mes. Etale ses beautés, fait montre de ses charmes, Et met en sas filets quelque nouvel amant.

Tout beau, pensers mélancoliques,

Auteurs d'aventures tragiques,

De quoi m'osez-vous discourir?

Impudents boute-feux de noise et de querelle. Ne savez-vous pas bien que je brùle pour elle. Et que me la blâmer c'est me faire mourir?

Dites-moi quelle est sans reproche.

Que sa constance est une roche,

Que rien n'est égal à sa foi.

Prêchez-moi ses vertus, contez-m'en des mervedlcs; C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles : Mais pour en dire mal n'approchez point de moi.

AU ROI HENRI LE GRAND

Pour de petites Nymphes, menant l'Amour prisonnier.

A la fin, tant d'amants, dont les âmes blessées

Languissent nuit et jour, Verront sur leur aitteur leurs peines renversées, Et seront consolés aux dépens de l'Amour :

Ce public ennemi, cette peste du monde,

Que l'erreur des humains Fait le maître absolu de la terre et de L'onde, Se trouve à la merci de nos petites mains.

Nous le vous amenons dépouillé de ses armes,

0 roi, l'astre des rois; Quittez votre bonté, moquez-vous de ses larmes, Et lui faites sentir la rigueur de vos lois.

Commandez que sans grâce on lui fasse justice ;

Il sera malaisé Que sa vaine éloquence ait assez d'artifice Pour démentir les faits dont il est accusé.

Jamais ses passions, par qui chacun soupire,

Ne nous ont fait d'ennui :

Mais c'est un bruit commun que dans tout votre empire Il n'est point de malheur qui ne vienne de lui.

Mars, qui met sa louange à déserter la terre,

Par des meurtres épais, N'a rien de si tragique aux fureurs de la guerre Comme ce déloyal aux douceurs de la paix.

Mais, sans qu'il soit besoin d'en parler davantage,

Votre seule valeur.

Qui de son impudence a ressenti Toutrage, Vous fournit-elle pas une juste douleur?

Ne rnêlez rien de lâche à vos hautes pensées ;

Et par quelques appas Qu'il demande merci de ses fautes passées, Imitez son exemple à ne pardonner pas.

L'ombre de vos lauriers admirés de l'envie

Fait l'Europe trembler; Attachez bien ce monstre ou le privez de vie, Vous n'aurez jamais rien qui vous puisse troubler.

Sur la mort de Henri le Grand, au nom du duc de Bellegarde.

Enfin l'ire du ciel et sa fatale envie, Dont j'avais repoussé tant d'injustes efforts. Ont détruit ma fortune, et sans m'ôter la vie, M'ont mis entre les morts.

Henri, ce grand Henri, que les soins de nature Avaient fait un miracle aux yeux de l'univers, Comme un homme vulgaire est dans la sépulture A la merci des vers.

Belle âme, beau patron des célestes ouvrages. Qui fus de mon espoir l'infaillible recours, Quelle nuit fut pareille aux funestes ombrages Où tu laisses mes jours?

C'est bien à tout le monde une commune plaie, Et le malheur que j'ai chacun l'estime sien : Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie Comme elle est dans le mien?

Ta fidèle compagne, aspirant à la gloire Que son afflictijon ne se puisse imiter, Seule de cet ennui me débat la victoire, Et me la fait quitter.

L'image de ses pleurs, dont la source féconde Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n'a taris, C'est la Seine en fureur qui déborde son onde Sur les quais de Paris.

Nulle heure de beau temps ses orages n'essuie. Et sa grâce divine endure en ce tourment Ce qu'endure une fleur que la bise ou la pluie Bat excessivement.

Quiconque approche d'elle a part à son martyre, Et par contagion prend sa triste couleur; Car, pour la consoler, que lui saurait-on dire En si juste douleur?

Pvcvicns la voir, grande âme : ôte-lui cette nue Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison; Et fais du même lieu d'où sa peine est venue Venir sa guérison.

Bien que tout reconfort lui soit une amertume Avec quelque douceur qu'il lui soit présenté, Elle prendra le tien, et, selon sa coutume, Suivra ta volonté.

Quelque soir en sa chambre apparais devant elle, Non le sang à la bouche et le visage blanc, Comme tu demeuras sous l'atteinte mortelle Qui U perça le flanc;

Viens-y tel que tu fus, quand aux monts de Savoie H\Tuen en robe d'or te la vint amener; Ou t.'I qu'a Saint-Denis, entre nos cris de joie, Tu la fis couronner.

Après cet essai fait, s'il demeure inutile, Je ne connais plus rien qui la puisse toucher ; Et sans doute la France aura comme Sipyle Quelque fameux rocher.

Pour moi, dont la faiblesse à l'orage succombe, Quand mon heur abattu pourrait se redresser, J'ai mis avecque toi mes desseins en la tombe; Je les y veux laisser.

Quoi que pour m'obliger fasse la destinée, Et quelque heureux succès qui me puisse arriver, Je n'attends mon repos qu'en l'heureuse journée Où je t'irai trouver.

Ainsi, de cette cour l'honneur et la merveille, Alcippe soupirait, prêt à s'évanouir.

On l'aurait console; mais il feima l'oreille, De peur de rien ouir.

A LA REINE MARIE DE îklEDICIS Pendant sa régence.

Objet divin des âmes et des yeux,

Reine, le chef-d'œuvre des cieux.

Quels doctes vers me feront avouer Digne de te louer?

Les monts fameux des vierges que je sers

Ont-ils des fleurs en leurs déserts, Qui, s'efforçant d'embellir ta couleur, Ne ternissent la leur?

Le Thermodon a vu seoir autrefois

Des reines au trône des rois ; Mais que vit-il par qui soit débattu Le prix à ta vertu ?

Certes nos lis, quoique bien cultivés,

Ne s'étaient jamais élevés Au point heureux où les destins ami?

Sous ta main les ont mis.

A leur odeur l'Anglais se relâchant

Notre amitié va recherchant;

Et l'Espagnol, prodige merveilleux !

Cesse d'être orgueilleux.

De tous côtés nous regorgeons de bien»*

Et qui voit l'aise où tu nous tiens De ce vieux siècle aux fables récité Voit la félicité.

STAKCES 1^7

Quelque discord murmurant bassement

Nous fit peur au commencement :

Mais sans effet presque il s'évanouit Plus tôt qu'on ne l'ouït.

Tu menaças l'orage paraissant, Et, tout soudain obéissant, Il disparut comme flots courroucés Que Neptune a tancés.

Que puisses-tu, grand soleil de nos jours,

Faire sans fin le même cours.

Le soin du ciel te gardant aussi bien Que nous garde le tien !

Puisses-tu voii" sous le bras de ton fils

Trébucher les murs de Memphis, Et de Marseille au rivage de Tjr Son empire aboutir!

Les vœux sont grands : mais avecque raison

Que ne peut l'ardente oraison!

Et, sans flatter, ne sers-tu pas les Dieux Assez pour avoir mieux?

Chantées par les Sibylles, le premier jour des fêtes du camp de la place Royale, données les 5, 6 et 7 avril 1612, pour la publication des mariages arrêtés du roi Louis XIII auec l'infante d'Espagne Anne d'Autriche, et de madame Elisabeth, sœur de ce roi, avec le prince, depuis roi d'Espagne, Philippe IV.

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